A BARODA
« La région du nord de l’Inde comprend, outre la présidence anglaise du Bengale, les états feudataires du Rajasthan, le Pendjaub, et le Bandelenona. Le royaume de Nepaul forme un vaste parallélogramme borné par les Hymalayas, au sud par les Windpyas et le fleuve Nerbradda, à l’est par le Brahmapoutra et à l’ouest par l’Indus, que l’on nomme actuellement le Synd.
« C’est dans ce centre de population indoue qu’est situé Baroda,
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capitale des États de l’un des plus puissants Rajahs de l’Inde, le Guicowar.
« Ce monarque déploie un faste qui rappelle celui des contes des fées et rien n’est plus curieux qu’un sovuari, grande procession militaire, plaisir auquel sont conviées toutes les castes de cet empire indou. A pareille fête, toutes les maisons sont décorées d’oritlammes et de bannières. On voit dans les rues de la ville des costumes qui rappellent ceux du moyen âge. Ici, des paysans revêtus de costumes de toile écrue, s’avançant en se tenant par la main, le nez au vent, les yeux écarquillés, suivant avec admiration un spadassin athlète qui va faire sa partie dans cette représentation ; plus loin des femmes gracieusement enveloppées dans la sarri de soie de Guzarate, des bourgeois de la ville portant une écritoire de cuivre à la ceinture, des mohacaltes aux habits brodés d’or, le cimeterre au côté, des bayadères en pantalons collants, suivies de leurs musiciens, des hérauts d’armes portant des longues trompettes ornées de draperies et qui font faire place à un riche zemindar.
« On voit aussi circuler des rnttes , voitures à formes bizarres surmontées de dômes et voilées par des rideaux, traînées par des bœufs blancs aux cornes dorées, à la bosse peinte en bleu. Ce sont les équipages des dames de la cour qui vont se placer derrière quelque treillis de marbre pour assister à la revue. Des girafes passent conduites par la bride, comme des coursiers du désert.
« Et tout ce cortège pousse des cris, entonne des chants, près desquels le bruit d’une fête parisienne ressemble presque à du silence.
« La revue des troupes du Rajah est splendide, grandiose : il faut avoir vu ce bariolage de couleur, ce miroitement d’acier poli, d’or et d’argent, ce mélange d’étoffes de soie et de laine, cette diversité d’armes de toutes sortes pour se faire une idée de ce qu’est un sowari à Baroda.
« Le palais du Rajah, en bois de construction, est un ensemble très hardi, d’une architecture bizarre à l’extérieur, d’un grand luxe à l’intérieur, ce qui forme contraste avec runiforme du souverain, qui se compose d’un simple vêtement de toile blanche, sans la moindre broderie, ni le plus petit bijou.
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« Le séjour favori du Guicowar est le palais des perles : « Montibangle », où ce potentat entretient un grand nombre de bouffons, personnages drolatiques dont les plaisanteries n’égayent personne, des bayadères, des musiciens, des lutteurs et ds atehlètes. 11 y a aussi, pour les plaisirs du roi, des éléphants de combat, qui, comme les coqs d’Angleterre, se livrent à des assauts de géants, auxquels prennent part les sâtmarivaltahs , sortes de toréadors ou plutôt à’éléphantiadors, dont le costume se compose d’un simple caleçon collant et d’un turban, de façon à ne point offrir de prise à la trompe du pachyderme. Leurs jeux sont les mêmes que dans les courses de taureaux ceux des toréadors.
« Les hourti (lutte) des éléphants du Rajah de Barodasont des spectacles très émouvants. Les animaux se heurtent par le front et il faut que l’un des deux faiblisse et tombe. Lorsque cette lutte est finie, lutte pendant laquelle les Mahouts on cornacs ont couru de grands dangers, le jeu des sâtmarivallahs commence. Uaghur (l’enceinte) est envahie par ces excitateurs des éléphants qui attaquent l’animal à coups de zagaies, l’agacent avec des manteaux de soie rouge et le forcent à se lancer sur l’un ou sur l'autre. La pauvre bête, excitée par la rage, piétine le sol avec fureur, et malheur à celui que la bête affolée peut saisir par une partie du corps à l’aide sa trompe, il est écrasé impitoyablement contre la paroi de l’Aghur.
« Viennent ensuite les cavaliers mallarades montés sur des chevaux à la queue coupée court, afin de ne point donner prise aux attaques de l’éléphant. On sait que ces animaux détestent les chevaux. C’est alors le moment le plus intéressant de la lutte, car il faut que le cavalier déploie son habileté d’écuyer pour harceler le géant et ne point être pris, autrement dit écrasé par lui.
« Le combat des éléphants se termine toujours par la mise au feu de fusées qui effraient le pachyderme et l’affolent au plus haut degré. Lorsque l’éléphant est enfin rendu, c’est le moment choisi par le roi pour récompenser les vainqueurs. Ceux-ci reçoivent soit une pièce de soie, soit une bourse de 500 roupies.
« 11 y a également à Baroda des combats de rhinocéros qui ont leur originalité. Les deux animaux qui doivent combattre sont enfermés dans des casemates aux deux extrémités de l’arène ;
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l’un est peint en noir, l’autre en rougé, afin que l’on puisse les reconnaître. A un moment donné on ouvre les barrières et les deux rhinocéros se lancent au petit trot, se rencontrent et s’attaquent avec rage.
« Corne contre corne, ils font des séries de tierces, quartes, quintes, absolument comme avec une épée, jusqu’à ce que l’un d’eux reçoive un coup sous la mâchoire inférieure. Ces combats durent souvent une heure, et, pendant ce temps-là, des valets leur jettent sur le corps des seaux d’eau pour les rafraîchir et leur permettre de continuer la lutte.
« Enfin le Rajah ordonne que le combat cesse, et on y met fin au moyen d’une fusée.
« La passion du Guicowar pour ces batailles entre animaux se porte aussi sur celles d’athlètes qu’il entretient à sa cour pour cet objet. Ces pehlwhans sont recrutés dans toutes les provinces de l’Inde, mais c’est particulièrement au Pendjaub et au pays de Travancère qu’on les trouve.
« Qu’on se figure deux hommes nus, taillés en hercules, qui, les mains armées de griffes de fer (sortes de coups de poing comme ceux à l’usage des nations modernes de l’Europe), se livrent à une lutte nommée le nucki kakousti. Ces gantelets armés de pointes sont des armes terribles, et la mort de l’un des lutteurs est certaine.
« Enivrés de bâng — sorte d’opium liquide, — ils se ruent, en chantant, l’un sur l’autre. Leurs figures et leurs corps sont bientôt ensanglantés, et leur frénésie ne connaît plus de bornes. L’arène se couvre de sang, et lorsque l’un d’eux tombe, le vainqueur reste souvent debout, la peau du front en lambeaux, la poitrine défoncée, pouvant à peine s’avancer jusqu’au roi, qui lui donne pour récompense soit un collier de perles fines, soit des habits précieux.
c< 11 arrive quelquefois que l’un des lutteurs, épouvanté à la vue de son adversaire, veut fuir, ou bien demande grâce. Maisalors le roi vocifère : Maro ! maro ! (ce qui veut dire: frappe), et celui des deux adversaires qui n’a pas peur assène quelques violents coups d’assommoir à son infortuné confrère, lequel tombe mort ou mourant sur le sable.
« Ces spectacles barbares sont les plus chers au Rajah de Ba-
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roda, chers en ce sens qu’il les adore au-dessus de tous les autres; chers, d’autre part, car il se montre toujours très généreux pour le vainqueur. On assure que ce souverain distribue souvent, en colliers et en argent, plus de cent mille franes dans chacune de cçs occasions.
« Bénédict-Henry Révoll. »
18 septembre 1881.
Rouy, Auguste, professeur à l’école d’escrime, fut blessé sous l’aisselle par une épée cassée, en faisant assaut avec M.Paul Sohège. Il mourut quelques jours après, le 9 novembre 1881.
Notre sympathique et regretté élève, Eugène Cuvillier, artiste peintre, fut blessé grièvement et de la même manière quelques années plus tard, par un fleuret cassé, en faisant assautavecM. Horace Hervegh, ingénieur civil, à la salle Mimiague, directeur M. Large. Il n’en mourut pas, mais il resta pendant quinze jours entre la vie et la mort, couchant dans une pièce attenant à la salle d’armes. Cinq mois après il reprenait ses leçons d’armes et de boxe.
La même année, M. Hervegh fut transpercé aux reins par un fleuret cassé, en faisant assaut avec M. Porlier ; il n’y eut pas de suites graves car il fut rétabli peu de temps après.
Au mois de mars 1882, Charlemont est appelé à diriger une Société d’armes et de boxe qui s'était formée au café Coquet, place Blanche, boulevard de Clichy.
Les cours avaient lieu le soir, de 8 h. à 11 heures.
Il y donnait aussi des leçons particulières dans la matinée. 11 y organisa quelques petits assauts intimes très intéressants.
GRAND ORIENT DE FRANCE SAMEDI 1er AVRIL 1882, A 8 H. 1/2 PRECISES DU SOIR
GRAND ASSAUT ANNUEL
DE BOXE FRANÇAISE ET ANGLAISE, CANNE, BATON
Donné par J. Charlemont,
Professeur au Cercle artistique et littéraire
LA BOXE FRANÇAISE
Avec le concours de
MM. John, Jackson, Georges Brown, boxeurs anglais ; Pénicault, Paul Chêne, professeurs à Reims ; Leclerc,' Nord,, Michau, Madur et Charlemont fils, professeurs à Paris ; Jost, Princhet,
Colin Raoul, Perré, Léon Charnacé, Colin Léon, Charles F. Gaston, Jouanneau, Lescure Félix, Kappler,
Frédéric et Michel Victor, amateurs.
MM. Kappler, Michel.
MM
MM
Colin, L. Lescure
Michau, Colin R.
Pénicault, Michau.
Charlemont fils. Chêne.
Perré, Charles Flagella.
Jackson, Brown.
Charlemont, Ch. Charnacé
Pénicault, Charlemont.
Marchant, Grimaud.
Jost, Princhet.
Michau, Chêne.
Chêne, Leclerc.
Colin R. j Perré
Nord, Charlemont fils.
Charnacé., Jouanneau.
Pénicault, Jost.
Leclerc, Nord.
Gaston, Collin R.
Nota. Les personnes qui désireraient retenir des places à l’avance les recevront à leur domicile en s’adressant à M. Charlemont, 164, rue Legendre.
Légende des assauts : Boxe française B. F. ; Boxe anglaise B. A. ; Bâton B. T. ; Canne C. A.
UN ASSAUT DE BOXE
« La boxe, la canne, la lutte, ce sont là nobles jeux qu’il ne faut point dédaigner pas plus qu’aucun exercice du corps. Rappelons-nous que les Grecs s’assemblaient des journées entières pour contempler des luttes d’athlètes, etque l’éloge des vainqueurs était confié tout simplement à de grands poètes. Après cela, j’aurais mauvaise grâce à ne pas constater avec plaisir les exploits de nos boxeurs émérites.
« M. Charlemont, l’organisateur de la séance d’avant- hier, à la salle du Grand Orient, rue Cadet, s’est fait remarquer par sa garde irréprochable, comme par des coups d’attaque bien préparés et exécutés prestement, avec décision et à propos.
« M. Charlemont joint la théorie à la pratique; il y a été de son petit traité de boxe, cette année même ;
« Le livre est d’ailleurs intéressant.
« J’ai remarqué encore comme boxeurs, MM. Perré, Michau. Le premier, un amateur, a été très applaudi pour ses attaques à la jambe et ses ripostes à la tête. M. Michau, un professeur, joint aux qualités de M. Perré une plus grande sûreté de parade.
« A citer encore un assaut de canne très applaudi entre MM. Marchant et Grimaud, deux professeurs.
« Malgré la rapidité de leurs coups, ils ont su arriver près du corps de leur adversaire, retenir leur arme à propos et la poser à peine, délicatement.
« Les autres tireurs auraient dû prendre le même soin, même dans les assauts de boxe. Ils ne l’ont guère fait; au demeurant, ils avaient la peau très dure, et recevaient d’énormes coups de poing et de pied, le sourire sur les lèvres.
« Emile André. »
Le Voltaire, mardi 4 avril 1882.
ASSAUT DE BOXE
« Le professeur Charlemont a donné samedi soir, dans la salle du Grand Orient, un assaut de boxe française et anglaise, de canne et de bâton, qui a obtenu un plein succès.
« L’assistance était extrêmement nombreuse : nous y avons remarqué bon nombre des notoriétés de l’escrime.
« C’est l’éminent professeur Lecour qui présidait la séance, MM. Chêne, Leclerc, Nord, Michau, Colin et Charlemont fils ont fait de bons assauts, applaudis à juste titre.
« On a fait une véritable ovation à M. Charlemont qui a fait deux assauts de boxe excellents.
« L’assistance entière a témoigné à l’organisateur, par d’unanimes bravos, tout le plaisir qu’elle avait pris à le voir tirer.
« Charlemont a montré dans ces deux luttes une incontestable supériorité.
« Spada . »
24 avril 1882.
« Un intéressant assaut de boxe, canne et bâton a été donné, hier soir, par le professeur Charlemont, devant un public fort nombreux. Parmi les assauts les plus remarquables, il convient de citer ceux de MM. Charlemont fils et Chêne et de MM. Michau
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et Perré qui ont prouvé, par leur agilité et leur souplesse, combien la boxe française était plus pratique et plus intelligente que la boxe anglaise.
« Nous plaçons au-dessus de tout éloge M. Charlemont père, qui, dans son assaut avec M. Pénicault, s’est montré digne de la réputation qu'il s’est acquise. »
La Lanterne, mardi 4 avril 1882.