FÊTE DE BIENFAISANCE
AU BÉNÉFICE DES PAUVRES DU IXe ARRONDISSEMENT
donnée par
la Société de gymnastique et d’escrime L’Amorosienne Sous la présidence d’honneur de Victor Hugo
Le dimanche 9 mars 1884, à 2 heures précises, au Grand Gymnase médical G. Heiser, 34, rue des Martyrs.
Compte-rendu de la fête par le journal Le National du 1 1 mars
« Hier a eu lieu, à 2 heures, au gymnase Heiser, 34, rue des Martyrs, une grande fête de bienfaisance au bénéfice des pauvres du IXe arrondissement, organisée par la société de gymnastique YAmorosienne.
« Deux ministreset deux sous-secrétaires d’Etat, MM. Fallières et l’amiral Peyron, MM. Félix Faure et Durand, avaient pris place sur l’estrade, ayant à leurs côtés : MM. Ferdinand de Lesseps ; MM. Anatole de la Forge et Ranc, députés ; Paul Strauss, conseiller municipal du IXe arrondissement; M. Lesage, adjoint au maire du IXe arrondissement ; MM. Mézières, de l’Académie française ; notre collaborateur Edouard Siebecker, Eugène Paz, Dr Hoffmann, Kock, colonel du 102e de Ligne et Heiser, président de la société. M. Anatole de la Forge a cordialement souhaité la bienvenue aux invités présents. M. Fallières a prononcé ensuite une allocution applaudie, dans laquelle il a dit que sa présence et celle du Ministre de la marine s’expliquaient par l’intérêt que le gouvernement porte aux sociétés de gymnastique. Il a terminé en faisant l’éloge de celui que Gambetta nomma le grand français, et qui
LA BOXE FRANÇAISE
montre avec tant d'éclat ce que peut faire le génie avec la persévérance.
« L’amiral Peyron a succédé à M. Fallières, et, après avoir dit que la gymnastique était l’âme de la marine, il a souhaité succès et prospérité à Y Amorosienne.
« Ensuite la parole a été donnée à M. de Lesseps.
« Le nouvel académicien, avec cette verve et cet entrain qu’on lui connaît a, en quelques mots, fait l’historique du canal de Suez et du canal de Panama, émaillant, çà et là, son récit de détails fort intéressants. Inutile de dire que les applaudissements ne lui ont pas été ménagés.
ce Après ces allocutions, Mme Franc Duvernoy et M. Nicot ont chanté plusieurs morceaux; ils ont été fort applaudis dans le duo de Mireille.
ce M. Edouard Siebecker a dit avec sa chaleur habituelle deux de ses poésies, qui ont eu le plus vif succès, et M. Coquelin Cadet a récité deux de ses monologues désopilants.
« Les jeunes gymnastes ont montré dans leurs mouvements d’ensemble, comme dans les assauts d’escrime, de canne, de bâton et de boxe, de grandes qualités de souplesse et d’agilité. L’assaut de boxe donné par l’excellent professeur Charlemont a été particulièrement remarqué, ainsi qu’une fantaisie sur la boxe qu’il
fit exécuter par huit de ses meilleurs élèves. »
M. Edouard Siebecker termine ainsi son article dans le National :
« Mais le bouquet a été l’assaut de boxe française où les adversaires ont été étonnants de souplesse, d’agilité, d’adresseàla parade et d’originalité dans les surprises.
« Ces jeunes genssont des artisans et des petits bourgeois, des employés d’administration, de commerce, de banque.
« Ce seront de fiers soldats, et dès aujourd’hui, je n’engage pas les rôdeurs de barrière à leur marcher surle pied, car même avec le couteau à la main, ils auraient la mâchoire démolie avant d’approcher ceux qu’ils choisiraient comme victimes. 11 faut qu’un jeune homme aujourd’hui apprenne cela et se sente de force à se faire respecter partout, sur le champ de bataille comme au coin
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d’un carrefour, devant l’attaque d’un assassin, comme devant la mauvaise humeur d'un mauvais sujet.
a L’égalité dans la force prépare à l’égalité des droits. »
En remettant sa médaille à l’un des lauréats, M. de Lesseps lui a dit: « Jeune homme, si je suis encore à mon âge aussi leste et peut être aussi fort que vous, je le dois à la pratique des exercices de corps que je n’ai jamais abandonnés. »
Après une quête faite par les enfants de M. de Lesseps et les enfants de M. Heiser, le président de la société, M. Heiser, aprononcé une chaleureuse allocution de remerciements.
SALLE DU GRAND ORIENT DE FRANCE