‹ La BretagneChapitre 32 sur 36 · LES FLEURS DE MAL · texte numérisé non relu

LES FLEURS DE MAL

Si vous aviez vu .lefT passer sur le rivage , Avec ses yeux brillants, avec son frais visage,

VA vu Jeff au pardon danser, belle d'ardeur, Vous en auriez été réjoui dans le cœur.

Mais de pitié votre âme aurait été pressée, A voir la pauvre fille en son lit affaissée;

Le mal avait rongé ses membres affaiblis, Et sa joue était pâle, oh ! pâle comme un lis.

Ses compagnes venaient s'asseoir près de sa couche ; Or, elle leur disait, d'une voix (pii les touche :

— « Mes compagnes, cessez, si vous m'aimez un peu, De répandre des pleurs, cessez, au nom de Dieu.

H A la mort, vous savez, on ne peut se soustraire : Dieu lui-même est bien mort^ en croix, sur le Calvaire! »

lï.

A la fontaine, un soir, j'allais puisser de l'eau, Le rossignol de nuit chantait sur un rameau :

— « Voilà le mois de mai qui passe, et sur les routes Voilà que des buissons les Heurs s'effeuillent toutes ;

a Les regrets sont moins vifs à l'aurore des ans : Heureuses celles-là qui meurent au printemps!

« De même qu'une rose abandonne la branche. Ainsi vers le tombeau la jeunesse se penche ;

« Avant huit jours passés celles qui vont mourir. Des plus nouvelles (leurs on viendra les couvrir,

« Et du sein de ces fleurs, ouvrant de blanches ailes, Elles s'élèveront aux sphères éternelles; »

■-^'■•'^ LA BRETAONK.

.leffîk, le rossignol chantait hier au soir ; Jeffik, ce qu'il disait, voulez-vous le savoir?

— « Voilà le mois de mai qui passe, et sur les roules Voilà que des buissons les ileurs s'effeuillent toutes. »

Lorsque la pauvre fille entendit cette voix,

Elle mit ses deux mains sur sa poitrine, en croix :

— « Pour que Dieu, votre fils, ait pitié de mon âme, Je vais en votre honneur, Marie, ô sainte Dame,

« Je vais dire un Ave, pour (pie j'aille bientôt Attendre auprès de m>us mes compagnes, là-haut. »

La prière venait, — sur sa lèvre muette. — A peine de finir, ({u'elle pencha la tète :

Elle pencha la tête et puis ferma les yeux j Alors on entendit un son mélodieux :

Dans le eourtil c'était le rossignol encore :

— « Heureuses, disait-il en sa langue sonore,,

tt Les vierges qu'au printemps le bon Dieu fait mourir, Et que de fraîches fleurs on se plaît à cou\rir ! »

A la pièce charmante que l'on vient de lire, et que signerait un vrai poëte, nous en joindrons une autre d'un caractère différent, et où, à défaut de l'élégance du langage, dit le P. A. Martin {Pèlerinage de Sainte- Anne d'Auratj), des marins bretons ont su laisser une empreinte de la mâle énergie de leur foi. C'est un cantique composé par des matelots de la paroisse d'Arzon qui eurent le bonheur d'échapper presque seuls au massacre de l'équipage , grâce à leur confiance en sainte Anne.

« Ce cantique, dont Tair caractéristique est de ceux que les peuples n'oublient jamais, est encore solennellement chanté par la paroisse entière, lorsque au jour anniversaire de la délivrance de ses anciens enfants, elle vient en pèlerinage renouveler à la sainte ses sentiments de reconnaissance et d'amour. »

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