‹ La bruyèreChapitre 76 sur 81 · ÉPIGRAMMES · texte numérisé non relu

ÉPIGRAMMES

Sur ce que dans la harangue que le sieur de la Bruyère fit, le i5 juin lôgS, à r Académie française, lorsqu'il y fut reçu, il jr avait un article qui mettait les tragédies de Jean Racine au-dessus de celles de Pierre Carneille *. « Comme ce dernier, tout mort qu'il étoit, avoit encore ses partisans dans l'Académie, et entre autres Thomas Corneille et Rernard Fontenelle, son neveu, cette préférence, donnée si légèrement et si hors de saison, troubla toute cette Compagnie en telle sorte qu'on proposa d'ôter cet endroit de la harangue de M. de la Bruyère, lorsque, selon la coutume, on la feroit imprimer. Racine, ayant su cela, se formalisa de son côté, fit son parti dans l'Académie pour que la harangue fût imprimée comme elle avoit été prononcée. Il pria même Jacques- Bénigne Bossuet, évêque de Meaux, de dire à l'Académie que, si on ôtoit cet article, il n'y reraettroit jamais le pied et s'en plaindroit au Roi. C'est toute cette contestation qui a donné matière aux épigrammes suivantes. »

Racine, ce poëte eu honneur, en crédit.

Dont la dévotion sommeille

Lorsque de sa gloire il s'agit.

Prétend par ses amis, qui pour lui font merveille,

L'emporter sur le grand Corneille :

A quoi s'exposent ses flatteurs !

Déjà dans Capistron, et déjà dans Abeille '

Tout l'orgueil gascon se réveille :

« Contre lui, disent ces auteurs.

Demandons justice pareille !

N'avons-nous pas des protecteurs? »

1. « Le métier de poëte tragique, qu'il dlsoit avoir quitté par dévotion. »

2. La septième des épigrammes qui suivent n'est pas, on le verra, comprise dans ce titre commun.

3. « Gaspard Abeille, poëte tragique. — Capistron [Campistron], poëte tragique médiocre. Capistron étoit domestique du duc de Vendôme ; et Abeille demeuroit chez le maréchal duc de Luxembourg. »

CLxxx NOTICE SUR LA BRUYERE.

Racine, détaché de la gloire du monde, Sachant que la Bruyère avoit dit, quoique mal,

Que Corneille, le grand Corneille, Loin d'être préféré, n'étoit pas son égal :

o Cet éloge est fait à merveille, Dit-ilj qu'on n'ôte rien! Qui vit pour le Seigneur

Doit avoir soin de son honneur, b

« Pour maintenir les dits de la Bruyère, Qui me feroient grand tort s'ils étoient retranches. Je perdrois le grand corps qui s'est, pour ses pêches. Avisé d'écouter une plainte grossière.

Aux dévots tels que moi l'on ne fait point d'affront : Les mots ont été dits, les mots demeureront. » Voilà le fait. Toute l'Académie En est témoin. Comment nommera-t-on Ce sentiment chrétien, d'éviter l'infamie Qui tomberoit sur son grand nom, S'il faisoit à Corneille un parti plus honnête? Voulez-vous que je parle net?

C'est proprement faire dans son bonnet.

Et puis le mettre sur sa tête.

« Mon Dieu ! quelle comparaison ! > Disoit toute bonne cervelle, Quand on faisoit le parallèle Du grand Racine et de Pradon ; Mais quand Racine au grand Corneille Vient se comparer sans raison, Chacun s'écrie à la pareille :

• Mon Dieu! quelle comparaison! »

Quand au grand Corneille on s'obstine De vouloir préférer l'ambitieux Racine,

Je l'avouerai, je prendrois feu Si quelque grand auteur entroit dans la carrière; Mais lorsque je n'y vois que le seul la Bruyère,

Je dis : « 11 m'importe fort peu Que Pascal soit devant ou Pasc:il soit derrière* ».

Ce peintre nouveau la Bruyère, Qui de tant de portraits se croit l'original,

A force d'outrer la matière, Quand il peint ses amis, les flatte et les peint mal.

A l'entendre, le grand Corneille

De Racine fut l'apprentif, Et Despréaux, par un pareil motif.

De nos jours est l'autre merveille.

I. « Vers de Don JapheltT Arménie, comédie de Scarron, devenu prorerite. »

PIECES JUSTIFICATIVES. clxxxi

Quand il parle de Bossuet

En présence de Harlay même ',

C'est le prélat le plus parfait,

Tant il flatte ceux qu'il aime !

Que vous semble de ses portraits?

Les trouvez.-vous équitables?

— Us seroient plus raisonnables, Si Théophraste les eût faits.

Autre épigramme.

Sur ce que François-Séraphin Régnier des Marais, secrétaire perpétuel de V Académie française, avait fait entrer dans cette compagnie le sieur de la Bruyère.

Grand Cardinal, plains ton Académie :

Elle a reçu dans son sein un serpent

Dont le venin sur elle se répand,

Et dont le choix la couvre d'infamie.

De l'avoir fait la folle se repent ;

A tout le monde elle en fait ses excuses :

« C'est, lui dit-elle, à mon perpétuel,

Cet homme droit, intègre, ponctuel,

Oui, c'est hélas! à ses soins, à ses ruses.

Qu'on doit ce choix odieux et fatal.

Que puisse-t-il ètj-e un jour aussi mal

Auprès du Roi qu'il est auprès des iMuses! »

Inventaires faits après le décès de la Bruyère^. 1° A r hôtel de Condé a Versailles.

« L'année mil six cent quatre-vingt-seize, le quatorzième jour de mai, deux heures de relevée, à la requête de M" Robert-Pierre de la Bruyère, clerc du diocèse de Paris, et demeurant à Saint-Denis dans l'enclos des Annonciades, étant ce jour d'hui en cette ville, tant en son nom que comme se faisant et portant fort de damoiselle Elisabeth-Marguerite de la Bruyère, sa sœur, fille majeure, et encore comme procureur et tonde de procuration spéciale de dame Claude-Angélique Targas, veuve de Louis de la Bruyère, sieur de Romeau, conseiller du Roi, receveur général et payeur de rentes du clergé, en qualité de tutrice des enfants mineurs dudit défunt sieur son mari, passée devant Raymond et Junot, notaires au Cbâtelet de Paris, le 12 du présent mois, de-

1. « François de Harlay, archevêque de Paris, duc et pair de France, et aussi de l'Académie trançoise, assista à cette harangue. La Bruyère, en louant l'évéque de Meaux, ne dit pas un mot de ce prélat, ce qui fut trouvé très impudent. »

2. Voyez ci-dessus, p. clxv. — IN'ous avons pris copie de ce document à Versailles, dans l'étude de M" Pichard, qui est aujourd'hui celle de M' Bigault.

CLXXxii NOTICE SUR LA BRUYERE.

meurée annexée à la présente minute* pour y avoir créance, après avoir été parafée dudit sieur de In Bruyère, et à sa réquisition, des notaires soussignés, lesdits sieurs Robert-Pierre et damoiselle Elisabeth-Marguerite de la Bruyère de leur chef, et lesdits mineurs par représentation dudit défunt sieur leur père, habiles à se dire seuls héritiers de défunt Jean de la Bruyère, écuyer, gentilhomme de S. A. S. Mgr le Duc, les notaires garde-notes du Roi à Versailles soussignés se sont transportés à l'hôtel de Mgr le prince de Condé, à Versailles, à l'effet de faire inventaire et description des biens meubles, effets, livres, deniers comptants et autres choses, demeurés après le décès dudit défunt sieur Jean de la Bruyère, trouvés en une chambre et un cabinet et garde-robe qu'il occupoit audit hôtel, où étant, en la présence de M* Charles Laboréde Beaupesche, aumônier de S. A. S. Mme la Duchesse, et de Pierre Boivin, du sieur du Monteil, écuyer de la Duchesse, témoins à ce requis et appelés par ledit sieur de la Bruyère, et après que le cachet du sieur Louis Hugiiet, valet de chambre de S. A. S. Mgr le Prince et son concierge dudit hôtel, qui avoit été posé sur la serrure de la porte d'entrée de ladite chambre pour éviter la dissipation desdits biens, attendu l'absence «les présomptifs héritiers dudit défunt, a été levé et ôté par ledit sieur Huguet, pour ce présent, du consentement dudit sieur de la Bruyère comparant: a été par lesdits notaires procédé audit inventaire et description desdits meubles et autres effets, qui ont été représentés et mis en évidence par Jacques Pailiot, dit Diii)lessis, et par Françoise Savaris, serviteur et servante, domestiques dudit défunt sieur de la Bruyère, après serment fait es mains desdits notaires de tout enseigner sans en omettre ni cacher aucun, ce qu'ils ont promis de faire. Lesquels meubles et bardes et autres effets ont été prisés et estimés par Claude Mercier, huissier audiencier au bailliage de Versailles, qui a serment en justice, qui a fait ladite estimation en sa conscience et selon le cours du temps, le tout ainsi qu'il ensuit, en la présence de noble homme M' Roland-Charles Fresson, avocat en Parlement, conseiller du Roi, son procureur au bailliage de Versailles, pour l'absence et conservation des droits d'Élisabeth-Marguerite de la Bruyère. Et ont signé, fors ledit Duplessis, qui a déclaré ne savoir écrire ni signer, de ce interpellé.

a FRESso^f, Laborets de Bospeche, de la Bruyère, Françoise Savaris, du Monteil, Mabile, Lamy, L. Huguet.

« Premièrement dans ladite chambre. — Deux chenets, une pelle et une pincette de fer poli, un soufflet de cuir rouge; prisé le tout ensemble à la somme de quatre livres. Ci iv 1.

« Item un miroir d'un pied et demi de glace ou environ, avec sa bordure de bois noirci ; un autre petit miroir de toilette ; une petite table de bois de noyer, couverte d'un tapis de drap vert, avec une peau de cuir par-dessus ; prisé et estimé le tout ensemble à la somme de six livres. Ci. . . . vi 1.

« Ftem trois fauteuils de commodité de bois de noyer, dont deux couverts de serge verte, et l'autre de tapisserie ; un autre fauteuil de pareil bois, garni de paille; prisé et estimé le tout ensemble à la somme de seize livres. Ci. . xvi 1.

a Item un portrait garni de cadre doré, représentant Mgr l'Évêque de Meaux, prisé et estimé à la somme de quinze livres. Ci xv 1.

I. Nous n'en donnons pas le texte, qui ne contient aucune indication nouvelle.

PIECES JUSTIFICATIVES. clxxxiii

c Item ane couche à hauts piliers, garnie de ses enfonçure ' et dossier, un matelas de laine, un tour de lit, et housse de serge verte, un grand rideau de moquette; prisé et estimé le tout ensemble la somme de cinquante livres. Ci. . 1,1.

« Dans le cabinet à côté de ladite chambre.— Item une table de bois de chêne et de sapin, garnie d'un tiroir fermant à clef, couverte d'un tapis vert ; un pupitre à lire monté sur son pied; trois chaises de bois de noyer, garnies de paille ; une petite cassette de cuir noir à plaques de cuivre ; prisé et estimé le tout ensemble à la somme de trois livres. Ci lu 1.

« Item deux petits morceaux de tapisserie de bergame verte, et une guitare avec son étui; prisé le tout à six livres. Ci vi 1.

* Item onze jetons de l'Académie, une chaîne, crochet et plaque de manchon, un petit flacon de vermeil, le tout d'argent ; prisé le tout ensemble à a somme de quinze livres. CL xv 1.

« Item, dans ledit tiroir s'est trouvé la somme décent vingt-huit livres et douze sols, en trente-six écus de nouvelle espèce ayant cours. Ci. . cxxviii 1. xii s.

« Item la quantité de cent quarante-cinq volumes, tant petits que gros, de divers auteurs, traitant de plusieurs matières, prisé le tout ensemble à la somme de cent livres*. Ci cl.

« Item plusieurs plats et assiettes de fayence, et trois cartes de géographie ; une épée de deuil, et une canne à petite poignée d'argent; prisé le tout ensemble à la somme de huit Uvres. Ci vin 1.

a Dans la garde-robe. — Item onze chemises fines, trois chemises de nuit et une toilette, quatre nappes, deux peignoirs, vingt serviettes, neuf mouchoirs, une camisole de toile double, quatre taies d'oreiller, six cravates à dentelle, douze cravates de mousseline, deux cravates effilées, cinq paires de manchettes plates de deuil, huit paires de manchettes à dentelle, dix paires de chausses, cinq coiffes de nuit, deux paires de draps fins, un drap de grosse toile, six torchons, une paire de bas de toile grise, un rabat de deuil et cinq chauÊfoirs'; prisé le tout ensemble à la somme de cent livres. Ci cl.

« Item un manteau de drap rouge, bordé d'un petit bord d'or ; un mauiteau de camelot, doublé de velours rouge passé ; une casaque de camelot, doublée de drap rouge, garnie de boutons et passe-poil d'argent*..., et une robe de chambre ; deux vestes, l'une de chamois garnie de galon d'or, et l'autre de gros de Tours à fleurs d'argent; une autre veste de drap bleu, garnie de boutons, boutonnoires [sic) et agréments d'or ; prisé et estimé le tout ensemble à la somme de cent dix livres. Ci ex 1.

« Item deux chandeliers de cuivre jaune et une plaque ^ ; prisés à trois livres. Ci ml.

« Item deux vieux chapeaux, dont un de Caudebec et l'autre castor; prisés à trente sols. Ci xxx s.

< Ce fait, et après qu'il ne s'est plus rien trouvé dans lesdits lieux, ce que dessus inventorié est demeuré en la garde et possession dudit sieur de la

1. Assemblage des aïs placés dans un bois de lit pour soutenir les matelas.

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