III. — FortiOcatlons
La Bulgarie ne possède actuellement, en fait d'ouvrages défensifs, que ceux qui existaient sous la domination ottomane ; l'article H du traité de Berlin avait bien stipulé la destruction de toutes les fortifications se trouvant sur le territoire de la Principauté, mais les frais du démantèlement devant rester à la charge du nouvel État, on comprend que celui-ci ait reculé devant un travail qui aurait occasionné des dépenses considérables pour aboutir h une diminution de la puissance défensive du pays.
Les frontières du nord et du nord- est sont naturellement les seules qui soient organisées défensivement, puisque les autres se trouvaient autrefois à l'intérieur de l'empire ottoman.
La ligne du Danube a, pendant plusieurs siècles, marqué la limite scptenlrionale.de la région occupée d'une façon permanente par les Turcs, qui, au delà, n'ont jamais eu que des têtes de ponts ; aussi toutes les villes de quelque importance situées sur la rive droite du fleuve ont-elles été pourvues de fortifications plus ou moins sérieuses, renforçant la valeur de la première, défense naturelle de l'empire; à Textrémité orientale de la Bulgarie, au point où se rejoignent la frontière danubienne et la frontière maritime, un système de quatre places fortes, bien connu sous le nom de quadrilatère bulgare, barrait la plus facile des routes d'in-
(1) Les détails donnés dnns ce paragraphe sont, pour la plus grande partie, extraits de Touvrage du colonel Tuma (de l'armce austro-hongroise) : Die ôtlliche Balkan-IIalbintelf 4886.
vasion dans l'empire ottoman, celle qui, venant de Russie par la Bessarabie, franchissait le Danube inférieur et se dirigeait vers la partie la plus basse des Balkans.
Les ouvrages de fortification existant actuellement en Bulgarie remontent généralement h des époques assez éloignées et ne répondent plus aux nécessités de la guerre moderne ; l'insuffisance des maçonneries, le manque d*abris assez résistants, le trop faible éloignement des ouvrages détachés sont leurs défauts communs. Au moment de la guerre de 1877, les Turcs avaient beaucoup travaillé à augmenter la valeur de leurs places fortes, mais ils avaient dû naturellement se borner à des travaux de fortification semi-permanente, dont la plus grande partie, cependant, a été conservée jusqu'à présent.
Depuis 1878 le gouvernement de la Principauté s'est borné à garder les ouvrages existants; cependant une somme de 500,000 francs est, dans le budget de 1891, consacrée aux travaux de défense, mais nous ne savons pas encore de quelle manière elle a été employée.
Parmi les places fortes danubiennes comprises dans la région occidentale de la Principauté, Vidm est la seule qui possède encore une valeur défensive sérieuse; Florentùiy en amont de Vidin, Arlcher-Palauka, Lom- Palanka, Tchibra-Palanka, SvklUov, en aval, n'ont pour toutes défenses que d'anciens chûteaux ou citadelles quadrangulaires, entourés de fossés. Rahovo et Nikopoli, situées entre Tchibra-Palanka et Svichtov et faisant respectivement face aux enjbouchures du Jiu et de rOlt, sont munies d'enceintes permanentes autour desquelles quelques ouvrages en terre ont été con-
slruits en 1877; la seconde de ces places possède en outre une citadelle, ancienne mais placée dans une situation avantageuse.
Vidin, situé en face de Calafat, entre les confluents de la Topolovitsa et de la Svialo-Petra-Rêka, occupe une position relativement élevée, au milieu d'une région basse et marécageuse, qui en rend les abords difficiles. Une enceinte bastionnée, de profil assez fort, entoure la vieille ville; l'ancien chiUeau qui s'y rattache à titre de citadelle n'a aucune valeur défensive. Autour des faubourgs existe une seconde enceinte, en terre^ avec fossé inondable, appuyée à chacune de ses extrémités touchant au Danube, h des redoutes permanentes, et renforcée en avant par plusieurs lunettes.
Pendant les deux dernières guerres dont la Bulgarie a été le théâtre, Yidin a été assiégé, la première fois par les Roumains, en janvier 1878, et la seconde par les Serbes, en novembre 1885; dans les deux cas, les assiégeants se sont avancés jusqu'à l'enceinte, et ont été arrêtés par la cessation des hostilités.
Les places du quadrilatère bulgare sont, comme on sait, Rouslchouk et Silistrie, sur le Danube; Varna, sur la mer Noire, et Choumla entre le ruisseau de Pravady et le Grand-Kamtchik : ces quatre villes dessinent presque un losange, dont les côtés ont une longueur moyenne de 100 kilomètres.
Romtchouk a, comme ville, une grande importance, en raison de sa population, de son industrie et de son commerce, de sa situation au point de départ du chemin de fer de Varna et de plusieurs grandes routes. C'est aussi l'une des places fortes les plus sérieuses de la Bulgarie ; elle est fermée du côté de la terre par une
enceinte bastionnée, complétée du côté du Danube par cinq batteries isolées. A 800 ou 900 mètres de l'enceinte existe une première ligne d'ouvrages détachés, de construction médiocre, mais notablement renforcés en 1877; l'un d'eux, le fort de Levcnt-Tabia, situé sur une hauteur, à l'ouest de la route de Choumia, peut être considéré comme le réduit de la position.
Une seconde ligne, formée d'ouvrages en terre a été construite à 1 kilomètre de la première, et sur certains points se trouve elle-même précédée d'une troisième ligne.
Silistrie, placée à l'extrême frontière de la Principauté (l'un de ses forts, celui d'Arab-Tabia, devrait, si la délimitation adoptée avait été observée, se trouver en Roumanie), est entourée d'une enceinte bastionnée, existant du côté du Danube aussi bien que vers l'intérieur du pays, et d'une double ligne de forts détachés; l'enceinte continue, située dans un terrain dominé à faible distance, n'a pas une très grande valeur; par contre, les forts, éloignes du noyau central de 1500 et de 1900 mètres, sont pour la plupart des ouvrages de fortification permanente; cinq d'entre eux constituent d'assez sérieuses défenses.
Varna, dont nous connaissons l'importance comme port de commerce, est la seule place forte maritime de la Principauté. Elle est défendue par une enceinte d'assez médiocre valeur, qui, sur les fronts sud et est, se réduit à un mur crénelé, et dont une partie a, du reste, été rasée pour faire place h de nouveaux quartiers, et par une ligne extérieure d'une dizaine d'ouvrages de fortification permanente ou semi-permanente répartis par moitié sur les deux rives du lac de Devno.
Enfin le quadrilatère est fermé à l'intérieur du pays
par la place de Clioumla, la plus importante de toutes et autrefois Tune des principales forteresses turques, qui peut ôtre considérée comme le réduit de tout le système.
La position de Choumla est déjà forte par la configuration même du terrain ; c'est un plateau isolé s'élevant au-dessus de la région environnante, dont il est en outre séparé par les vallées de plusieurs affluents du Grand-Kamtchik ; Taccès de ce plateau, partout très difficile, est presque impossible du côté du sud et de l'ouest, à cause de la nature rocheuse et de la rapidité des pentes qui descendent vers la plaine.
En raison de la disposition du terrain, l'enceinte de la ville n'est pas continue et s'étend seulement sur les fronts est et nord. De même, les forts détachés se trouvent principalement en avant de ces deux fronts et du front sud; h l'ouest de la position n'existent que quelques retranchements en terre. Les forts, au nombre de iC, dont 6 sont des ouvrages permanents, de type relativement récent, sont placés à des distances du noyau central variant de 1 h 4 kilomètres ; ils constituent un camp retranché que les Turcs considéraient comme imprenable.
Sous la domination ottomane, Choumla était le quartier général d'un corps d'armée et le siège d'une nombreuse garnison ; c'est encore aujourd'hui le centre militaire de la Bulgarie orientale.
Pendant la guerre de 1877, le quadrilatère bulgare n'eut aucun rôle à jouer; Roustchouk fut seulement bombardé par les batteries établies sur la rive roumaine, bien que des troupes russes eussent opéré à peu de distance au sud-ouest pendant toute la durée de la guerre.
Sur la frontière serbe, nous n'avons h citer que le fort de Dêlogradtchik, situé sur un rocher presque inaccessible, au pied duquel se trouve la petite ville du même nom; il commande les routes venant de Serbie par les cols de Kadibogaz et de Saint-Nicolas.
Nous devons aussi mentionner pour mémoire les travaux de fortification passagère exécutés pendant les dernières guerres en divers points du territoire bulgare, notamment autour de Pleina et de Sofia en 1877, à Slivnitsa en 1885; les restes de ces travaux, s'ils ne sont pas immédiatement utilisables, pourraient cependant, au besoin, faciliter la remise des positions en état de défense.