ACTE II, SCÈNE
hin, moi, tandis que vous, vous êtes Mme la comtesse d'Arondel...
rose, avec humeur.
Encore ! ... Eh ! mais, mon Dieu, laisse-moi tranquille avec ta nouvelle manie de m'appeler mylatly et Mme la comtesse ! Appelle-moi donc tout bonnement Alice comme autrefois. Est-ce que je suis changée?
ROBIN
Assurément. Autrefois vous étiez petite, et je vous faisais sauter dans mes bras, ni plus ni moins que ma cousine Rose. Mais à présent) voyez-vous, les familiarités me rendraient tout honteux, tout je ne sais comment. Et quand vous venez encore me faire des niches, me taper gentiment sur les deux joues... ça m'amuse toujours, ça m'agace agréablement, mais d'une autre façon ; ça n'est plus la même chose.
ROSE
Et pourquoi? Tu vois bien que je ne suis pas fière, que je m'habille comme Rose, et que je ne m'embarrasse guère des belles robes que tu m'as apportées de Londres. Enfin, je suis la même. Et toi, tu me dépites par les cérémonies et tes révérences. Oh! si la pauvre Hélène était dans son bon sens, je te ferais gronder.
ROBIN
Oh ! vous n'aurez jamais ce plaisir ! Pauvre femme ! sa raison s'embrouille chaque jour un peu plus.
Oh! tu as beau dire, j'ai quelquefois de l'espoir. Elle prononce des mots qui ont de la suite et qui annoncent une certaine intelligence.
ROBIN
Ah ! oui, quand elle se cache pour espionner. Elle lime les mystères, les cachoteries, voilà son plaisir; m;.is le moment d'après, bon soir, ça recommence, tout e>t confus dans sa tête : nos visages, nos voix, nos véritables noms. Ne voyez-vous pas qu'elle s'obstine à vous appeler Rose au lieu d'Alice, et à nommer sa fille Alice au lieu de Rose?... Et puis, vous savez bien, j'ai fait pour la guérir une epreuvo bien forte. Le jour où
nous apprîmes que votre père n'était pas mort, j'accourus en criant : Hélène!... holà!... cousine!... monseigneur est sauvé! il ne fut que blessé!... un navire français recueillit la barque!... il reviendra peut-être! nous reverrons mylord!... Elle me répondit : Bonjour, M. Cromwel ! oh! que vous êtes laid!... Vous voyez qu'elle est folle à n'en pas revenir.
ROSE
Hélas! j'aurais pourtant bien désiré qu'elle me présentât àmon père, si Dieu nous le ramènejamais. Quand je songea celte entrevue, j'ai toujours peur de déplaire à mylord, et de n'avoir pas les manières des nobles familles.
ROBIN
Nous avons fait le mieux possible. Mon père était rusé, nous avions de l'argent, il se fit des amis parmi les têtes- rondes, et trouva le moyen de vous tirer de Londres pour se charger de vous. On vous mit avec Rose chez une bonne dame du voisinage qui a soigné votre éducation; et quant à monseigneur, s'il revient en Angleterre, je mettrai bravement mon habit des dimanches ; je vous prendrai par la main, et je lui dirai : Voyez, mylord, et dites-moi si vous n'avez pas la plus jolie fille des trois royaumes.
ROSE
Et moi je lui dirai : Voilà Robin, mon père, et le meilleur ami que j'aurai de ma vie.
ROBIN
Voilà. Et maintenant, allez, préparez-vous pour notre voyage; je vais voir le troupeau, et puis je suis à vous.
ROSE
Sans adieu, mon petit Robin.
ROBIN
Sans adieu, ma petite Alice.
rose, contente.
Ah ! enfin, t'y voilà ! et sans façon comme autrefois ?
ROBIN
Ah! pardi ! ça reviendrait bien vite!