‹ La cacomonadeChapitre 21 sur 21 · S CT B PAPIER DE HOLLANDE ET 6 SUR PAPIER DE CHINE · texte numérisé non relu

S CT B PAPIER DE HOLLANDE ET 6 SUR PAPIER DE CHINE

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SUR LA GAGOMONADE.

Le livret dont nous donnons une réimpression, exécutée avec soin, parut en 1766, fut remis sous presse l’année suivante et reparut à Cologne (c’està-dire à Paris), en 1797, grâce aux soins de Mercier de Compiègne, libraire peu intelligent et littérateur des plus médiocres. Ces diverses éditions, d’un aspect disgracieux (la dernière surtout), se rencontrent aujourd’hui difficilement.

L’auteur est bien connu ; c’est le fécond et turbulent Simon-Henri-Nicolas Linguet, avocat et publiciste, né en 1756, mort à Paris sur l’échafaud, le 27 juin 1794. Le tribunal révolutionnaire le trouva coupable d’avoir encensé les despotes de Vienne et de Londres , et cependant Linguet s’était attiré, par la témérité de sa plume, les rigueurs du gouvernement royal ; forcé de s’expatrier, d’errer dans les diverses contrées de l’Europe, il avait été enfermé, pendant deux ans, à la Bastille. C’était jouer de malheur.

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Oublié aujourd’hui, il fit du bruit pendant quelque temps. Ses nombreux écrits, dont on trouve la liste dans la Biographie générale et dans la France littéraire de M. Quérard, sont délaissés ; la Cacomonade ne fut qu’une débauche d’esprit, une distraction entre un traité sur la Théorie des lois civiles, et une Histoire des Jésuites, entre une traduction du Théâtre espagnol et un Essai sur les impôts.

L’idée de ce livret est prise dans Candide, mais tout le monde a lu ce chef-d’œuvre de l’ironie malicieuse et du rire sardonique de Voltaire ; il est donc inutile de s’étendre à cet égard.

Nous n’avons d’ailleurs nullement envie de dis7 cuter sérieusement les questions que Linguet effleure en passant et en se jouant. Ces questions sont surtout au nombre de deux :

La syphilis a-t-elle été connue des anciens ? Il faut répondre négativement ; quelques accidents, tristes fruits des excès de la débauche, ne sauraient constater l’existence, chez les Grecs et les Romains, du mal immonde si répandu de nos jours. Ce sujet a été traité, avec une érudition à laquelle aucun texte n’a échappé, dans le livre du docteur Julius Rosenbaum : Die Lustscuche im Alterthum, Halle, 1859, in-8° (traduit en français par Santhus, Bruxelles, 1847, in-8°). On peut aussi, indépendamment des traités généraux sur la matière, consulter quelques écrits spéciaux, tels que ceux de C. Patin : Oratio lueni vencream non cssemorbum novum, Patavii, 1687; deF. Alliotet J.-F. Leaulte,

SUR LA CACOMONADE.

Quœstio medica an morbus antiquus syphilis ? Paris, 1717 ; de J. -Z. Platner, De morbo Campano Horatii , Lipsiæ, 1752 (et dans ses Opuscules , II, 21-28); d’E. Mainwaring, De lue venerea mysterium, Hamburgi, 1675; de P. de Jurgeraer, Dissertatio sistens luis venereœ apud Veteres vestigia. Dorpat, 1826, in-8°.

On a cité quelques vers de Pacificus Maximus, né vers 1400, et qui, dans son Hecatelegium , imprimé pour la première fois à Florence en 1489, parle en détail de quelques indispositions qui ne sont pas le résultat de la continence ; mais ces témoignages sont toujours bien vagues. C’est en 1494, aux environs de Naples, dont les Français et les Espagnols se disputaient la possession, qu’on voit le mal éclater avec force, exercer de grands ravages, se répandre rapidement en France et en Allemagne.

La coïncidence de date avec les découvertes de Colomb a fait croire à bien des savants que c’est du nouveau-monde que vient ce fléau ; des syphililogues, tels que Fallope, Astruc, Girtanner et bien d’autres ont soutenu cette opinion; mais elle a trouvé un rude adversaire dans A. -N. Ribeiro Sanchez : Dissertation sur l'origine de la maladie vénérienne, dans laquelle on prouve qu'elle n’a point été apportée de l'Amérique et qu'elle a commencé en Europe par une épidémie. Paris, 1752, 1 765, in-1 2; traduit en allemand, 1775, et en espagnol, 1785. C’est également l’opinion d’Hensler : Histoire (en allemand) de la syphilis. Altona, 1755. D’autres

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écrivains ont prétendu que les Maures expulsés de l’Espagne avaient fait circuler cette maladie en Europe (voir Gruner, Morbi gallici origines niara nicœ. Jena, 1795, etP. Thiene, Letterc sulla storia dc'mali venerei. Venezia, 1825); on a aussi signalé les Bohémiens comme les coupables (voir Schaufuss : Découvertes (en allemand) relatives à l’origine et à la diffusion de la syphilis , Leipzig, 1805). Le Bengale, patrie du choléra, a également été incriminé Le conflit de ces diverses opinions laisse le problème insoluble. Parmi les écrivains qui l’ont exposé, nous mentionnerons Werner : De origine ac progrcssu luis venereœ, Lipsiæ, 1819; Choulant, Prolegomena ad Fracastorii carmcn de Syphilide ; Tœrnberg, Dissertatio sistens sententiarum devera morbi gallici origine synopsin, Jenæ , 1807; F. -A. Simon, Essai (en allemand) d’une histoire critique de la syphilis et de ses rapports avec la maladie qui se montra à la fin du quinzième siècle, Hambourg, 1850 ; Gauthier, docteur à Lyon, Æccherches nouvelles sur l’histoire de la syphilis, 1842, in-8°.

Les écrits publiés à la fin du quinzième et au commencement du seizième siècle sont en assez grand nombre, et curieux à bien des égards. Les éditions originales sont introuvables, mais les textes ont été reproduits dans des recueils spéciaux, tels que celui d’A. Luisinus : De morbo gallico omnia quœ extant , Venetiis, 1 566-67. 2 vol. infolio, réimprimé en 1599 et à Leydeen 1728, avec des notes de Boerhaave. Gruner y a joint un sup-

SÜR LA ÇACOMONADE.

plément en 1789 (Jenæ, in-fol.)et il a de rechef, en 1793, élucidé ce sujet en mettant au jour un volume in-8°, intitulé : De morbo gcillico Scriptores medici et historici, partim inédit i, partira rari et notationibus aucti.

Le plus ancien de tous les écrivains qui aient traité exprofesso les questions relatives à la cacomonade, est George Sommaripa , de Vérone , dans un traité adressé au docteur Barthélemy Niger : Nar ratio de qualitate et origine morbi gallici exccrandi et de curatione ejusdem. De graves ecclésiastiques écrivirent sur le même sujet ; l’évêque G. Torella publiait successivement trois écrits de pudendagra seu morbo g allico (Rome , 1497, 1300 et sans date); ces trois ouvrages sont dédiés à César Borgia, si célèbre par ses vertus. La continence de Scipion est indiquée comme étant une des belles qualités du fils d’Alexandre VI. Un de ces traités renferme une double dédicace à un évêque. Pareil hommage serait aujourd’hui regardé comme la plus révoltante des inconvenances. On n’en jugeait pas ainsi au seizième siècle, carie docteur Thierry deHery présentait à Diane de Poitiers un exemplaire sur vélin de sa Méthode curative de la maladie vénérienne, vulgairement appellée grosse vairolle, et de la diversité de ses symptômes ; Paris, 1332. La Bibliothèque impériale possède ce volume, dont la reliure porte le chiffre et les emblèmes de cette célèbre favorite.

Parmi les plus anciens auteurs qui se sont occupés de la syphilis, nous signalerons Joseph Grun-

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beck (lequel joignait à son traité De pestilentiali scorra sive mal de franczos, un prognostion , où il annonçait, d’après la conjonction de Saturne et de Jupiter, la prochaine apparition de l’Antéchrist); Jean Weidmann, Nicolas Leonicenus, Conrad Schelling, Marcellus Cumanus, Simon Pistor, Antoine Scanarolus, Nicolas Scillati, Julien Tanus, Martin Pollichius, Pierre Pintor, Barthélemy Steber, Jean Maynard, Gonsalvus Ferrandus, Coradinus Gelinus, Barthélemy Montagnana, Nicolas Massa, Sébastien d’Aquila, François Lopez- de Villalobos et bien d’autres. N’oublions pas l’espagnol Jean Almenar, qui, dans son Libellas ad Lucam de-morbo gallico (Venise, 1502, réimprimé en 1516, 1528, 1536, 1539), affirme qu’il faut croire pieusement ( pie credendum est que lorsque le morbus attaque des prêtres et des religieux, c’est l’effet de la corruption de l’air.

Un des auteurs que nous venons de signaler dédie son écrit au pape Alexandre VI, et dans son épître, il émet le vœu que Sa Sainteté ne soit point atteinte du vilain mal dont il s’agit.

On peut signaler aussi, au point de vue de l’étrangeté, le volume de Conrad Reitterius, intitulé : Mortilogus , imprimé à Augsbourg en 1508. Ce poète adresse une prière à la sainte Vierge, afin que, par son intercession, il ne soit point atteint du morbus gallicus.

Il serait assez piquant de retracer , en laissant de côté les écrits des médecins, ta bibliographie des ouvrages ayant rapport à la Caco-

SDR LA CÀCOMONADE.

monade ; nous ne placerons ici qu’une bien imparfaite esquisse :

Le Trhimphe de très haulte et puissa?ite dame Verolle , royne du Puy d’Amours, nouvellement composé par l’inventeur des menus plaisirs honnestes. (Lyon, François Juste, 1339.) Livre trèssingulier, dont on ne connaîtque deux exemplaires. Il a été réimprimé à Paris, sans date (vers 1311), et on n’a constaté également l’existence que de deux exemplaires de cette édition (un d’eux, incomplet, à la Bibliothèque impériale). Les amateurs pourront d’ailleurs retrouver ce texte, grâce à la reproduction que M. Anatole de Montaiglon en a donnée dans le recueil d 'Anciennes poésies françoises (Paris, Jannet) en y joignant des notes fort curieuses.

La Patenostre des vérolez , opuscule en vers, imprimé à Paris vers 1 320, extrêmement rare aujourd’hui, mais dont il a été fait, en 1847, une réimpression à fort petit nombre.

Les Sept marchands de Naplesy c’est ass ivoir Ladventurier, Lescolier, Laveugle... en vers (de 1320 à 1330); réimprimé en 1838 dans la Collection de poésies , romans , chroniques , publiée par M. Silvestre (in-16, caractères gothiques) et dans le second volume du Recueil de M. de Montaiglon.

Des Capitoli in Iode del mal francese ont été composés par Demi et par Molza ; on les trouve

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dans divers recueils, notamment dans les Rime piacevoli (Venetia, 1627, in-12).

Lamenti di quel tribulato di Strascino Campana Senese sopra il male incognito (il male francese), Venetia, 1523.

El vanto délia cortigiana Ferrarese , con el lamento per esser réduit a in la caretta per el mal francese. Vinegia, 1532.

Cicalamenti del Grappa. Mantova, 1545. Livret facétieux, aussi rare que singulier; l’auteur examine s’il est vrai que la belle Laure ait donné il mal francese à Pétrarque.

Syphilis, sive morbus gallicus , par Fracastor.

La première édition, Vérone, 1530; il existe des traductions italiennes et françaises ; celle en vers, publiée à Paris, 1847, in-8 ’, est précédée d’une étude historique et scientifique sur Fracastor, et accompagnée de notes par M. Prosper Yvaren.

Terminons en signalant le poëme resté inédit de Robbé.

Nous ignorons s’il est perdu, mais nous savons que Palissot ne l’a point oublié dans la Dunciade. J

Est-ce donc vous que j'aperçois ici.

Mon cher Robbé, chantre du mal immonde,

Vous dont la muse en dëgoûioit le monde ?

SUR LA CACOMONADE.

Nous serons très-sobres dans les observations que pourraient provoquer quelques passages du livre de Linguet : un long commentaire serait ridicule.

Le passage emprunté au livre de Job (fin du chapitre IV) est traduit d’une manière fort libre, ainsi qu’on peut s’en assurer en recourant au texte tel que nous le montre la version d’un savant bébraïsant, M. Cahen : « Lorsque mes pas se bai- « gnaient dans le lait et que le rocher répandait « près de moi des ruisseaux d’huile; quand en sor- « tant je passais par la porte pour monter vers la « ville, que sur la place je faisais préparer mon « siège , les jeunes gens me voyaient et se reti- « raient, et les vieillards se levaient et restaient « debout (chap. XXIX, v. 6-8). Si mon cœur a été « séduit par une femme et si j’ai guetté à la porte « de mon prochain, que ma femme serve à la vo- « lupté d’un autre etque d’autres la déshonorent. » Les statuts donnés par la reine Jeanne à un couvent de filles, à Avignon ont été, à diverses reprises, cités comme sérieux par des auteurs graves (notamment par Papou, Histoire de Provence, t. Il, p. 344, et par Merlin, Répertoire de jurisprudence, t. I, p. 761', mais en réalité, ils sont de l’invention de quelques Avignonais, qui s’amusèrent à les composer en vieux langage et à les adresser au

docteur Astruc, qui les imprima comme authentiques. Un article de M. Corblet, inséré dans la Revue archéologique , donne à cet égard de piquants détails (2e année, 1845, p. 158).

M. K., dont il est parlé au commencement du chapitre XIII, est M. Kayser, médecin fort en vogue à Paris, à cette époque, pour le traitement de la cacomonade.

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