SCÈNE III igi
MACHUT
Ah ! dame !... après... je ne sais pas !
CABOUSSAT, à lui-même.
Conseiller général... député ! (Se ravisant, et avec
tristesse.) Mais non, ça ne se peut pas ! j 'oublie que ça ne se peut pas.
MACHUT
Mais il faut commencer par le commencement... être d'abord président du comice... j'ai vu les principaux électeurs... ça bouillonne.
CABOUSSAT.
Ah !... ça bouillonne... pour moi ?
MACHUT
Tout à fait... Par exemple, il y a le père Madou qui vous en veut...
CABOUSSAT.
A moi ?... Qu'est-ce que je lui ai fait ? MACHUT.
Il vous trouve fier.
S'il est possible ! Je ne le rencontre pas sans lui demander des nouvelles de sa femme... à laquelle je ne m'intéresse pas du tout.
MACHUT
Oui... vous êtes gentil pour sa femme... mais pas pour ses choux...
CABOUSSAT.
Comment ?
MACHUT
Il en a fait un arpent pour ses vaches... Il prétend
que vous êtes passé devant dix fois, et que vous ne lui avez jamais dit : « An ! voilà de beaux choux ! » Comme président du comice, il soutient que c'était votre devoir.
CABOUSSAT.
Ma foi ! à te parler franchement, je ne les ai pas regardés, ses choux.
MACHUT
Faute !... faute !... Chatfinet, votre concurrent, a été plus malin, il lui a dit ce matin : « Mon Dieu ! les beaux choux ! »
CABOUSSAT.
Il a dit cela, l'intrigant ?
MACHUT
Vous feriez bien d'aller voir le père Madou, en voisin... et de lui toucher un mot de ses choux... sans bassesse ! Je ne vous conseillerai jamais une bassesse !
Tout de suite ! j 'y vais tout de suite ! (Appelant.) Jean !
JEAN, entrant par le pan coupé de droite.
Monsieur !
CABOUSSAT va à Jean.
Mon chapeau neuf... dépêche-toi !...
Jean sort par la porte latérale, à droite.
MACHUT
Je vais avec vous... je vous donnerai la réplique.
JEAN, apportant le chapeau.
Voilà, monsieur.
CABOUSSAT.
Une idée... Je vais lui en demander de la graine, de ses choux.