ACTE I — SCÈNE X
BLANDINET.
Ah ! merci... tu m'as fait peur.
AUBERTIN
Quoi donc ?
BLANDINET.
Je craignais de ne pas pouvoir te les prêter.
AUBERTIN
Comment ! toi ?
BLANDINET.
Parbleu !
AUBERTIN
Eh bien, non !... non, je ne veux pas !
Pourquoi ?
BLANDINET.
AUBERTIN
Parce que... si mon navire n'arrive pas, je ne suis pas sûr de pouvoir te les rendre...
Où serait le mérite si tu étais sûr de me les rendre? Autant prêter à la Banque de France alors !...
AUBERTIN
Mais...
BLANDINET.
Voyons, mon ami... Gustave!... pas d'enfantillages !
AUBERTIN, souriant.
Gustave !
BLANDINET.
C'est le nom que je te donnais autrefois... à la pension... t'en souviens-tu?... En vieillissant, on perd son petit nom... on a peur d'être ridicule... Mais, quand on se trouve seul... sans témoin...
27o LES PETITS OISEAUX
avec un vieil ami... c'est si bon de s'appeler comme autrefois !... Dis donc... il n'y a personne... appellemoi Edmond... ça me fera plaisir...
AUBERTIN, lui sautant au cou.
Edmond !
BLANDINET.
Gustave ! (ils s'embrassent.) Ah ! ça me rajeunit !
AUBERTIN
Quel ami tu fais !
BLANDINET.
Gustave, ne dis donc pas de bêtises ! Je vais consulter mon portefeuille... et après-demain, à midi, tu auras ton affaire... Quant à ton coton, il arrivera... il passera à la barbe des Américains ! On leur en passera bien d'autres, aux Américains !
I1 sort par la gauche.