HENRI
Mais pourquoi ces défiances, ces soupçons ?
BLANDINET.
La vie est une promenade... j'ai reconnu que le chemin était mauvais... et je porte des lunettes !
HENRIETTE
Tu vas te rendre malheureux pour des misères...
BLANDINET.
Du tout !... J'en ai pris mon parti !... je suis très gai !... j'éprouve un plaisir acre à suivre à la piste toutes les petites gredineries de mes semblables... j'étudie les animaux nuisibles.
HENRIETTE
Peux-tu parler ainsi de gens qui t'estiment, qui t'aiment, qui t'ouvrent leurs maisons...
BLANDINET.
Mais l'araignée aussi ouvre ses salons aux bonnes petites mouches qui passent...
HENRIETTE
Oh ! quelle comparaison !
BLANDINET.
Vois- 1 u, jesi rais bien heureux. . . mais bien heun ■ 1 1 \ ! si quelqu'un venait me demander un service...
HENRI] l I i .
A la bonne heure, je te reconnais !
BLANDINET.
Oui... je le refuserais... avec sensualité !
HENRIETTE
Comment !
BLANDINET.
Ah ! je commence à comprendre le bonheur qu'on éprouve à désobliger ses contemporains !
HENRIETTE, riant.
Mais c'est de la férocité !
BLANDINET.
Du tout ! C'est de la civilisation... Tiens ! voilà ton livre de dépenses... (il le lui remet.) Ah ! tu ne sais pas, mon chapelier... c'est un voleur !
HENRIETTE, prenant le livre, le pose sur la table et passe à droite.
Par exemple !
BLANDINET.
Je viens d'en acquérir la preuve... il me compte quatre chapeaux cette année... et je n'en ai pris que deux... un père de famille ! c'est très drôle !
HENRIETTE
Il y en a deux pour toi, et deux pour Léonce.
BLANDINET.
Ah ! tu es sûre ?
HENRIETTE
Certainement.