ACTE III — SCÈNE V
TIBURCE
C'est trop juste ! (Posant un papier sur la table.) Le
voilà !
FRANÇOIS, le prenant.
Qu'est-ce que c'est que ça? une reconnaissance
du mont-de-pirtr ! (Marchant sur lui avec menace.) Misérable ! Ah ! tu mets au mont-de-piété !
TIBURCE, résolument.
Oui, mon père, les jours où j'ai faim !
FRANÇOIS
Quoi ? faim !... et tes leçons? tes répétitions?
TIBURCE
Je vous ai trompé... je n'en ai pas [
FRANÇOIS
Alors, de quoi as-tu vécu depuis deux ans ?
TIBURCE
Ah ! ça, je n'en sais rien... mais il y a des jours où je me suis couché sans avoir... je buvais ma carafe...
Comment ! Ah ! mon Dieu !... (A part, très ému.) Mon pauvre enfant ! mon petit Tiburce ! sa carafe !... (Le regardant.) Comme il est maigre! (Haut.) Tiburce !
TIBURCE
Papa ?
FRANÇOIS, lui ouvrant ses bras.
Viens donc !
TIBURCE, l'embrassant.
Oh!
tee entre.
LÉONCE
Tiens !
FRANÇOIS, pleurant.
C'esl bien mal de ne pas ni 'avoir écrit... Léonce!...
LÉONCE
Mon oncle ?
FRANÇOIS
Pourrait-on se procurer tout de suite trois ou quatre biftecks et une bouteille de bordeaux ?
LÉONCE
Très facilement... si vous voulez passer dans la salle à manger... Joseph va vous servir...
Ce n'est pas pour moi... je n'ai pas faim.
TIBURCE, ému.
Oh ! moi non plus !
FRANÇOIS
C'est possible... mais je veux que tu manges! je veux que tu te refasses !
TIBURCE
Pour vous obéir !...
FRANÇOIS
Donne-moi le bras... je veux te regarder manger... Pauvre enfant ! (Lui tâtant le bras, et à part.) Comme tout cela est maigre, mon Dieu ! que tout Cela est maigre !... (Il le regarde, l'embrasse, puis le prenant par-dessous le bras.) Viens !
11 sort avec lui par la gauche.