‹ La cagnotte, et autres comédiesChapitre 243 sur 333 · ACTE III — SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE III — SCÈNE VIII

AUBERTIN

Mais, vois-tu, Blandinet... non, Edmond ! (ils se serrent la main.) mon vieil Edmond !

BLANDINET, gêné.

Gustave ! mon vieux Gustave !

AUBERTIN

Les revers de fortune nous éprouvent quelquefois bien cruellement... mais ils ont un bon côté... c'est de nous faire connaître nos vrais amis...

Il tient sa lettre de la main droite qu'il pose sur lYpaule droite de Blandinet.

BLANDINET, étendant la main.

Oui... ma lettre !

AUBERTIN retire sa main et la pose sur l'autre épaule.

Aussi, jamais... jamais, entends-tu, je n'oublierai ce que tu as fait pour moi !

BLANDINET, même jeu.

Ne parlons pas de ça !

AUBERTIN

Et nos enfants ! nos chers enfants ! vont-ils être heureux ! Hier, Léonce m'a demandé la main de ma fille...

Oui... ie sais...

AUBERTIN

Mais tu comprends que, dans la position où je me trouvais... mon navire perdu... j'étais ruiné ! je n'ai pu lui répondre qu'une chose : « Attends, mon ami... fais comme moi... espère ! »

BLANDINET.

Comment ?

AUBERTIN

En bonne conscience, je ne pouvais pas donner à ton fils une fille sans dot.

BLANDINET, lui serrant la main.

Ah ! Gustave.

AUBERTIN

Mais aujourd'hui... je suis riche... plus riche que toi peut-être, et j'ai l'honneur, monsieur, de vous demander la main de votre fils...

BLANDINET.

Trop heureux... certainement ! (Haut, s'oubliant.) Ma lettre... si je pouvais...

11 veut la prendre.

AUBERTIN

Ou'as-tu donc ? Ah ! ta lettre !

BLANDINET, s'efforçant de sourire.

Elle est inutile ! rends-la-moi !

Du tout... je veux savoir ce que tu m'écrivais..

BLANDINET.

Non!

AUBERTIN, ouvrant la lettre.

Ah ! mon Dieu !

BLANDINET, à part.

Ça y est ! que lui dire ?

Joseph entre du fond, s'arrête aux premiers mots d'Aubertin et écoute la scène.

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