‹ La cagnotte, et autres comédiesChapitre 258 sur 333 · SCÈNE [V · texte numérisé non relu

SCÈNE [V

CHIFFONNET.

Moi ?... rien, si cela était... je vous le dirais !...

COQUENARD

Ce serait d'un ami !... d'un véritable ami... Ce bon Chiffonnet !... Que je suis donc content de vous revoir !...

CHIFFONNET, à part.

Il me caresse ! il va me demander quelque chose !...

COQUENARD

A propos j'ai compté sur vous pour me rendre un

petit service.

CHIFFONNET, à part.

Voilà !... Ça y est !...

COQUENARD

J'ai besoin de quatre mille francs pour un mois... Figurez- vous que j'ai découvert ce matin un cheval qui vaut de l'or... je compte le faire courir à Chantilly... mais, dans ce moment, je ne suis pas en argent comptant, et j'ai pensé à vous !...

AIR de Lantara.

Quand la sainte amitié nous lie, Repousseriez-vous ses accents ?

Un ami, c'est un parapluie Qu'on retrouve dans tous les temps, Et surtout dans les mauvais temps.

CHIFFONNET, à lui-même.

L'image me semble jolie, Mais mon rôle est très affligeant, Car, moi, je recevrais la pluie, Et lui recevrait mon argent.

(Haut et parlé.) Coquenard, comment me trouvezvous ce matin ?

COQl ENARD, à part.

Pauvre homme !... il se frappe ! (Haut.) Voulezvous que je vous parle franchement?... vous êtes frais comme un jeune homme !...

CHIFFONNET.

Merci !... (A part.) Canaille !... canaille !...

COQUENARD

Avez-vous là ces quatre mille francs ?

CHIFFONNET.

Non... j'attends une rentrée... revenez dans une heure !...

COQUENARD

Merci... vous êtes charmant... Mais quelle mine !... Tenez !... vous vivrez cent ans !

Il sort vivement.

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