SCÈNE IV
LENGLUMÉ
Comment, ce que je demande ?... Que faites-vous
là... dans mon lit ?...
MISTINGUE.
Votre lit?... (Regardant autour de lui.) Tiens!... OÙ suis-je donc ici ?
LENGLUMÉ
Chez moi, monsieur ! rue de Provence.
MISTINGUE, sautant vivement à bas du lit. Il a un pantalon.
Rue de Provence ?... et moi qui demeure près de l'Odéon !
LENGLUMÉ
Voyons, parlez !
MISTINGUE.
De quel droit, monsieur, me retenez- vous prisonnier ?
LENGLUMÉ
Ah ! je trouve ça joli, par exemple !
MISTINGUE.
J'espère que vous allez m'expliquer comment je me trouve dans vos oreillers ?... Je ne vous connais pas, moi !
LENGLUMÉ
Ni moi non plus! (A part.) D'où tombe-t-il, cet animal-là ?
MISTINGUE.
Sapristi, que j'ai soif !
Il va à la carafe et boit à même.
LENGLUMÉ
Eh bien, monsieur !... ne vous gênez pas !... (Tout
! quelle idée !... Pardon, jeune homme... n'auriez vous pas banqueté hier chez Véfour?
MISTINGUE.
( >ui... Qu'est-ce que ça vous fait ?
UENGLUMÉ.
Alors, vous ôtcs un labadens... Moi aussi ! MISTINGUE.
Ah bah !
LENGLUMÉ
Deux labadens !... tout s'explique ! Lenglumé !... Oscar Lenglumé !
MISTINGUE.
Ah ! oui, une grosse bête !
LENGLUMÉ
C'est ça !... il me reconnaît !
Et moi, Mistingue !
LENGLUMÉ
Ah ! très bien : un piocheur !... Il me semble que j'y suis encore : premier prix de vers latins, l'élève Mistingue, né à Chablis ?
MISTINGUE.
C'est pourtant vrai !... Est-on bête quand on est jeune !
LENGLUMÉ, à part.
Un prix de vers latins !... Il doit être dans une très bonne position, ce gaillard-là.
SCÈXE IV 433
MISTINGUE, à part.
Il est crânement meublé !
LENGLUMÉ, lui tendant la main.
Comment te portes-tu ?
MISTINGUE.
Pas mal. Et toi ?
LENGLUMÉ
Ce brave Mistingue !
.MISTINGUE.
Ce brave Lenglumé !
LENGLUMÉ, à part.
C'est singulier comme il a le nez rouge f
MISTINGUE, de même.
Vrai, je ne le reconnais pas du tout !
Ce brave Mistingue !
MISTINGUE.
Ce brave Lenglumé !
LENGLUMÉ, à part.
C'est drôle, quand on ne s'est pas vu depuis vingt-sept ans et demi... on n'a presque rien à se dire. (Haut.) Ce brave Mistingue !
MISTINGUE.
Ce brave Lenglumé !
i;,| L'AFFAIRE DE LA RUE DE LOURCINE
LENGLUMÉ
Mais explique-moi comment tu te trouves dans alcôve ?
MISTINGUE.
Ça... je n'en sais rien... Je ne te cacherai pas qu'à partir du turbot, j'étais dans les brindezingues...
LENGLUMÉ
Moi, ça ne m'a pris qu'à la salade.
MISTINGUE.
Ou'avons-nous fait pendant ce laps ?
LENGLUMÉ
On ne le saura jamais. Tout ce que je sais, c'est que j'ai perdu mon parapluie... surmonté d'une tête de singe...
MISTINGUE, gaiement.
Comme moi, mon mouchoir... Nous avons peutêtre commis des atrocités !
Moi, d'abord, j'ai le vin tendre... j'ai le falerne tendre !... comme dit Horace... Horatius !...
MISTINGUE.
Coclès...
LENGLUMÉ
Non... Flaccus ! Tu dois connaître ça, un prix de vers latins !
MISTINGUE.
Faiblement !... faiblement !...
LENGLUMÉ
Sapristi ! que j'ai soif !...
Il prend la carafe et boit à même.