ACTE I — SCÈNE
CORDEXBOIS.
Eh bien ?
Oui ; mais dans quel but ? Vous demandiez que la cagnotte fût dépouillée le samedi de chaque semaine et que le produit en fût consacré à des libations de vin chaud et de bichof.
COLLADAN.
J'ai appuyé ça, moi...
CHAMPBOURCY.
D'abord, c'était vulgaire : vous transformiez ma maison en cabaret de bas étage.
Permettez..
CORDEXBOIS.
LÉONIDA.
Et puis c'était injuste... les dames ne boivent pas de liqueurs... Nous étions sacrifiées... comme toujours !
CHAMPBOURCY.
C'est alors que je me suis permis d'élargir, si je puis m'exprimer ainsi... les bases de votre projet... j'ai proposé de laisser accumuler les fonds de la cagnotte pendant un an afin d'avoir une somme plus considérable à dépenser... car enfin, supposons que nous ayons deux cents franc-...
TOUS, incrédules.
Oh!
C'est possible... nous allons le savoir tout à l'heure... à neuf heures et demie, nous procéderons
i6 LA CAGNOTTE
au dépouillement. Supposons, dis-je, que nous ayons deux cents francs...
( OLLADAN.
Quelle noce !
CHAMPBOURCY.
Notre horizon s'agrandit... nous pouvons donner une fête digne de nous, et qui marque dans les fastes de La Ferté-sous-Jouarre.
LÉONIDA.
Voyons ! jouons ! J'ai vu...
CHAMPBOURCY, se levant.
Je n'ajouterai plus qu'un mot... et ce mot... sera un regret... nous regrettons que M. Baucantin, notre ingénieux receveur des contributions...
BAUCANTIN, quittant Sun journal.
Moi?
CHAMPBOURCY.
N'ait pas jugé à propos de partager nos jeux et de subir avec nous les caprices de la déesse aveugle.
BAUCANTIN.
Le jeu est incompatible avec les fonctions publiques.
FÉLIX
Oh ! par exemple !... Je suis notaire et cela ne m'empêche pas de faire ma partie.
BLANCHE
Et papa est commandant des pompiers.