ACTE II 8t
de mal... mais si le hasard voulait que vous vous cassassiez un bras... je m'estimerais fort heureux, moi, de vous conduire chez un médecin... je ne regretterais pas la course.
COLLADAN, à part.
Bien tapé ! (Haut.) Au moins vous a-t-il soulagé, votre arracheax?
CHAMBOURCY
Oh ! tout de suite ! il m'a brûlé un petit nerf de la gencive... ça ne m'a pas soulagé... alors il m'a extirpé ma dent... ça m'a coûté dix francs !... je les ai pris sur la cagnotte...
CORDENBOIS.
Dix francs !... C'est roide !
BENJAMIN*, rentrant avec une carte encadrée, Voici la carte du jour...
TOUS
Ah!
champbodrct, prena^ t la carte.
Donnez ! ça me regarde !
(Benjamin remonte.)
Ça vous regarde... ça nous regarde tous...
CHAMPBOURCY.
Oh ! si tout le monde veut gouverner... j'abdique...
BLANCHE, à la table, première place à droite. Papa?
LÉONIDA, même position.
Messieurs...
CHAMPBODRCYo
Non!... c'est que M. Cordenbois a la prétention de- nous régenter.
CORDENBOIS.
Moi... je n'ai rien dit I
COLLADAN à part.
Ils sont toujours à s'asticoter. (Haut.) Voyons... chacun dira son petit mot... Voilà!... il faut d'abord expliquer à monsieur (il indique Benjamin**) que nous sommes une société qui est venue à Paris pour se régaler.
* Colladan, Cordenbois, Champbourcy, Benjamin; Léonida et Blanche à la table de droite.
** Benjamin, Colladan, Champbourcy, Goi'denbois; Léonida et Blanche à la table de droite.
CHAMPBOURCY.
Sans faire des folies.
COLLADAN, au garçon.
Monsieur, nous avons une cagnotte à manger .. comme qui dirait de l'argent trouvé, vous comprenez. BENJAMIN, à part et soupçonneux.
De l'argent trouvé !... Qu'est-ce que c'est que ces gensà?...
CORDENBOIS.
Maintenant, vous voilà au tait...
CHAMPBOURCY.
Conseillez-nous...
BENJAMIN
Si ces messieurs désirent des côtelettes à la Royale...
CHAMPBOURCY.
Oh ! non ! pas de mouton !
CORDENBOIS.
Nous en mangeons tous les jours...
COLLADAN.
Moi, j'en vends...
BENJAMIN
Alors nous avons des filets Chateaubriand.
CORDENBOIS.
Oh! pas de bœuf.
CHAMPBOURCY.
Tenez, nous allons vous dire tout de suite notre affaire... aous ne voulons ni bœuf, ni mouton, ni veau, ni volaille.
COLLADAN.
Ni pommes de terre, ni haricots, ni choux.
Diable! ces dames désirent -elles une tranche de
melon !
blanche vivement.
Oh ! oui, du melon.
LEONIDA.
J'en raffole...
benjamin, mouvement de sortie." Trois tranches?
CHAMPBOURCY, vivement.
Attendez ! (à Colladan et à Cordenbois) Voyons le prix... parce que avec ces gaillard-là... (regardant la carte) une tranche de melon, un franc.
CORDENBOIS.
Au mois d"3 février ! c'est pour rien l
ACTED Si
COLLADAN.
C'est pour rien.
champbodrct, au garçon.
Trois tranches de melon (il passe la carte à tWenboia.)
BENJAMIN
Bien, Monsieur... Après
cordenbois, lisant sur la carte.
Terrine de Nérac
Oui... oui... j'aime assez ça... je ne sais pas ce que c'est, mais j'aime assez ça!
CORDENBOIS.
il y a des truffes là-dedans...
BENJAMIN
Oui... oui,,,
chamboorcy, à Cordenbîîls»
Combien?
Deux francs...
CHAMPBOURC?»
Ça n'est pas cher.
COLLADAN.
Ça n'est pas cher...
CHAMPBODRCY, bas aux autres,
j'ai eu bon nez de vous conduire ici... les prix sont trèsraisonnables. (Haut au garçon.) Vous nous donnerez une terrine de Nerac.
BENJAMIN
Bien, Monsieur.., et après?
CHAMBPOURCT.
Après?... il nous faudrait quelque chose d'extraordinaire... d'imprévu.,, de délicat...
COLLADAN.
Oui... oui... pas de charcuterie !
CORDENBOIS , qui consulte la carte. Attendez !... je crois que j'ai trouvé. (Lisant.) Tourne-do» è la Plénipotentiaire.
TOUS
Ah!
CHAMBPOUHCÏ.
Qu'est-ce que c'est que cela?
léonida , elle se lève ainsi que Blanche et se mettent en scène.
Qu'est-ce qu'il y a là-dedans?...
BENJAMIN
C'est un plat nouveau... ce sont des déchirures de chevreuil saisies dans la purée de caille et mariées avec un coulis d'anchois, d'olives, d'huîtres marinées, de laitues, de truffes. .
COLLADAN.
Mâtin ! que ça doit être bon !
CORDENBOIS.
Je vote pour ça !
TOUS
Oui... oui...
champbourcy, au garçon.
Tourne-dos à la Plénipotentiaire... soigné!
BENJAMIN
Bien, Monsieur.
Je demanderai une petite chatterie pour les daines.
BLANCHE
Oh Joui!
COLLADAN.
Et un roquefort !
CHAMPBOURCY.
Qu'avez-vous comme plat sucré ?
BENJAMIN
Je puis vous offrir un Coup-de-vent à la Radetzki ou bien un Froufrou à laPompadour!...
champbourcy, àBlanche.
Qu'est-ce que tu préfères ?
blanche.
Dame!... je ne sais pas, papa.
cordenbois.
Le Coup-de-vent doit être plus léger. . . (Tous se mettent à rire.
CHAMPBOURCY.
Allons, donnez-nous un Coup-de-vent pour cinq... un fort Coup-de-vent. (Tous rient plus fort.) CORDENBOIS.
Une tempête !... (Explosion de rires. Colladan donns des cou de poing à Benjamin.)
benjamin, à part, les regardant.
Ce sont des acrobates !
champbourcy, à Benjamin.
En avez-vous pour longtemps ?
benjamin.
Tout de suite. . . une petite demi-heure. . . (Il sort.)