‹ La cagnotte (volume 2)Chapitre 5 sur 97 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

CHAMPBOURCY, se levant.

J'en demande" pardon à M. Cordenbois, notre spirituel pharmacien... Vous nous avez proposé de fonder une cagnotte... c'est-à-dire de nous imposer d'un sou à chaque brelan.

CORDENBOIS.

Eh bien?

CHAMPBOURCY.

Oui; mais dans quel but? Vous demandiez que la cm gnotte fût dépouillée le samedi de chaque semaine et que le produit en fût consacré à des libations de vin chaud et de bichoff.

COLLADAN.

J'ai appuyé ça, moi...

CHAMPBOURCY.

D'abord, c'était vulgaire, vous transformiez ma maison en cabaret de bas étage.

CORDENBOIS.

Permettez...

LÉONIDA.

Et puis, c'était injuste... les dames ne boivent pas de liqueurs... Nous étions sacrifiées... comme toujours!

- CHAMPBOURCY.

C'est alors que je me suis permis d'élargir, si je puis m'esprimer ainsi... les bases de votre projet... j'ai proposé de laisser accumuler les fonds de la cagnotte pendant un an afin d'avoir une somme plus considérable à dépenser... car enfin, supposons que nous ayons 200 francs. TOUS, incrédules.

Oh!

CHAMPBOURCY.

C'est possible... nous allons le savoir tout à l'heure... à neuf heures et demie, nous procéderons au dépouillement. Supposons, dis-je, que nous ayons 200 irancs...

COLLADAN.

Quelle noce !

CHAMPBOURCY.

Notre horizon s'agrandit... nous pouvons donner une fête digne de nous, et qui marque dans lç3 fastes de la Ferté-sous-Jouarre.

LÉONIDA.

Voyons! Jouons! J'ai vu.,.

CHAMPBOURCY, se levant.

Je n'ajouterai plus qu'un mot... et ce mot... sera un regret... nous regrettons que M. Baucantin, notre ingénieux receveur des contributions...

BAUCANTIN, quittant son journal.

Moi?

CHAMPBOURCY.

N'ait pas jugé à propos de partager nos jeux et de subir avec nous les caprices de la déesse aveugle.

BAUCANTIN.

Le jeu est incompatible avec les fonctions publiques

FÉLIX

Oh ! par exemple !... Je suis notaire et cela ne m'empêche pas de taire ma partie.

BLANCHE

Et papa est commandant des pompiers.

BAUCANTIN.

Ce n'est pas la même chose... Monsieur votre père n'est pas à proprement parler un fonctionnaire... CHAMPBOURCY, se levant.

Comment! mais qu'est-ce que je suis donc alors? Il me semble que j'ai fait assez pour mon pays pour qu'on ne me chicane pas sur mon titre !

BAUCANTIN.

Messieurs, loin de moi cette pensée...

champbourcy, lui coupant la parole.

On paraît oublier bien vite que si la commune a une pompe... c'est moi qui l'en ai gratifiée!

COLLADAN.

C'est vrai ! mais on ne s'en sert pas... Elle se rouille, votre pompe !

CHAMPBOURCY.

Ce n'est pas ma faute s'il n'y a pas d'incendie ! Je ne peux pourtant pas mettre le feu aux quatre coins de la ville...

léonida, frappant sur la table avec colère. Ah! çà, joue-t-on, oui ou non?

champbourcy, se rasseyant.

Moi? je vous attends.

Je vois...

COLLADAN, à part.

Je parie qu'elle a beau jeu. (Haut.) Je passe.

AC'ïE PREMÏbtt *

CORDENBOIS, à Champbourcy.

/otre îampe baisse.

champboubcy, se levant.

C'est la mèche qui charbonne... pardon... voulez-vous me tenir le gioùe? ( Il le donne à Cordenbois qui se lève aussi. 11 prend le verre et le donne à Colladan qui se lève également, il arrange la mèche.) Je disais bien... la mèche charbonne. (Il reprend le verre à Colladan, le pose sur la lampe, mêmejeu pour le globe.) Pardon... Merci! (Tous trois se rasseoient.) LÉONIDA.

Y sommes-nous enfin? Je vois.,.

COLLADAN.

Passe !

CORDENBOIS.

CHAMPBOURCY.

Passe !

LÉONIDA, vivement.

Quatre sous ! Je fais quatre sous !

Tout le monde a passé !

LÉONIDA.

C'est agréable ! J'ai quarante en main. (Regardant les jeux qu'on a jetés sur la table.) Comment, M. Colladan... vous passes avec vingt et un et as?

COLLADAN.

Mademoiselle... Je ne respirais pas ce coup-là.

CHAMPBOURCY.

Avec vingt et un et as on risque deux sous.

CORDENBOIS.

Un fermier ! un richard ! fi ! c'est de la carotter

COLLADAN.

Quand on ne respire pas un coup...

LÉONIDA.

C'est à moi de faire. (Elle donne les cartes.)

COLLADAN.

Je suis carré... Parlez!

cordenbois, à Ohampbourcys Votre lampe file !

CHAMPBOURCY, se levant.

C'est la mèche... (A Cordembois.) Prenez le globe... (A Colladan.) VOUS le verre... (Même jeu que la première fois.)

ÎO LA CAGNOTTE

COLLADAN, à part.

II est embêtant avec sa lampe... J'aimerais mieux une chandelle.

CHAMPBOURCY, arrangeant sa lampe.

C'est la mèche qui charbonne... (Reprenant le verre.) Pardon... (Reprenant le globe.) Merci... (Tous trois se rasseoient.) CORDENBOIS.

Voyons... jouons sérieusement. (Un domestique paraît au fond avec deux lettres.)

BLANCHE, se levant.

Ah! le courrier de Paris qui arrive. (Elle prend les deux lettres. Le domestique sort.) Une lettre pour ma tante, non affranchie. (Elle la lui remet.)

LÉONIDA, étonnée et se levant.

. Pour moi?

BAUCANTIN, qui après ses derniers mots a gagné la cheminée. Moi, les lettres non affranchies, je les refuse.

BLANCHE

Et une pour M. Colladan. (Elle regagne sa place.) •

LÉONIDA, à part, après avoir jeté les yeux sur l'adresse. Cette écriture... Grand Dieu!... (Elle met vivement la lettre dans sa poche et vient se rasseoir.)

CHAMPBOURCY.

Qui est-ce qui t'écrit, ma sœur?

LÉONIDA, troublée.

Personne... c'est-à-dire si... ma marchande de modes... Voyons? à qui à parler?

COLLADAN, qui a mis ses besicles et regarde sa lettre. '

Ah ! c'est de mon fils... deSylvain... que j'ai mis à l'école de Grignon pour apprendre les malices de l'agriculture... Il voulait être photographe... alors, je lui ai fichu une giffle et je lui ai dit; Tu seras fermier... parce qu'un fermier...

Oui... nous savons çà... allons !... soyons au jeu!.e0

COLLADAN.

Attendez que je lise ma lettre...

CHAMPBOURCY, à

Ah ! saprelotte !

CORDENBOIS.

C'est insupportable !

COLLADAN, lisant.

« Mon cher papa, je vous écris pour vous dire qu'on est

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