ACTE ÏV
COCAREL®
Je n'ai pas besoin de vous recommander de la tenue, de la réserve... un langage cnâtiéjjpas de mots équivoques, d'allusions grossières..,
SYLVAIN
Oui... faut pas dire de bêtises aux dames.
Autre chose! on passera des glaces... des bonbons as sortis... vous n'y toucherez pas.
SYLVAIN, étonné.
Ah!
COCAREL.
Vous n'avez droit qu'à une brioche et à une tasse de thé.
SYLVAIN
Je n'aime pas le thé... c'est fadasse!
COCAREL.
Fadasse! voilà un mot que je n'aime pas... dites : Le docteur me le défend... soyez homme du monde, palsembleu ! attendez ! (Il va à la table et prend une paire de gants dans le tiroir *.)
* SYLVAIN, à part et passant.
Ah! bien! voilà un drôle de bonhomme! il fait passer des glaces et il défend à ses invités d'en prendre! COCAREL, revenant avec une paire de gants blancs. Tenez... Voici T'os gants...
SYLVAINj surpris.
Des gants !
COCAREL,
Ayez-en soin.,, il faut que ça fasse deux fois... n'en mettez qu'un... vous tiendrez l'autre à la main... (lui donnant de l'argent.) plus vos cinq francs.
SYLVAIN
Comment, ., cinq francs?
Ne discutons pas, je vous prie!... cinq francs les cavaliers et trois-francs les dames... c'est ce que je donne.,, c'est l'usage!
SYLVAIN, mettant l'argent dans sa poche.
Si c'est l'usage... (A part.) Cinq et dix-sept que j'ai... ça fait vingt-deux... Après le Ml. de l'Opéra, je m'offrirai ? souper.
* Cocarel, Sylvain.
COCAREL j refermant le tiroir de la table. Vous direz à Anatole que je ne suis pas content de lui... il augmente ses prix.
SYLVAIN
Qui ça, Anatole?
COCAREL.
Eh bien ! votre ami...
SYLVAIN
Je ne connais pas d'Anatole.
COCAREL.
Comment!... mais alors, qui est-ce qui vous envoie?
SYLVAIN
C'est papa... ïl m'a dit de venir chez vous... je suis venu.
COCAREL.
Ah! je comprends!... Monsieur votre père désire vous marier...
Je ne sais pas...
COCAREL.
C'est évident ! . . . je vous demande mille pardons. Je vous ai pris pour un de mes. . . Vous êtes un client. . . un fils de famille...
SYLVAIN
Je suis le fils à papa.
COCAREL, lui reprenant le gant que Sylvain est en train de mettre. Rendez-moi les gants et les cinq francs !
SYLVAIN
Àh ! il faut rendre. . . (Rendant les gants et les cinq francs. A part. ) Quelle drôle de soirée.
COCAREL, le faisant passer. * Asseyez-vous ... Je vais vous inscrire sur mon grandlivre ... là se trouvent les plus beaux partis de France (Coearel ouvre le cadenas de son grand-livre qui fait un cric»crac très-bruyant.)
SYLVAIN
Faudra graisser ça !
COCAREL.
Veuillez avoir l'obligeance de me donner vos noms et prénoms.
SYLVAIN, à part.
Qu'est-ce que je risque? (Haut.) Sylvain-Jérôme Colladan...
* Sylvain, Coearel.