ACTE IV, SCENE III
Sylvain, à fart. En voilà un qui épluche ses invités !
CoCAREL. Vous passerez au vestiaire ... on vous en remettra un.
Sylvain, à part. Tiens ! on est racommodé !
CoCAREL. Je n'ai pas besoin de vous recommander 5 de la tenue, de la réserve ... un langage châtié, pas de mots équivoques, d'allusions grossières...
Sylvain. Oui . . . faut pas dire de bêtises aux dames.
CocAREL. Autre chose ! on passera des glaces . . . des bonbons assortis . . . vous n'y toucherez pas. lo
Sylvain, étontié. Ah !
CocAREL. Vous n'avez droit qu'à une brioche et à une tasse de thé.
Sylvain. Je n'aime pas le thé. . . c'est fadasse!
CoCAREL. Fadasse ! voilà un mot que je n'aime pas ... 15 dites : " Le docteur me le défend ..." Soyez homme du monde, palsembleu ! ^ attendez !
// va à la table et pretid une paire de gants dans le tiroir.
Sylvain, à part, et passant. Ah! bien! voilà un drôle de bonhomme ! il fait passer des glaces et il défend à 20 ses invités d'en prendre !
CoCAREL, revenant avec une paire de gants blancs. Tenez . . . voici vos gants ...
Sylvain, surpris. Des gants !
CocAREL. Ayez-en soin ... il faut que ça fasse deux 35 fois . . . n'en mettez qu'un . . . vous tiendrez l'autre à la main . . . {Lui donnant de P argent.) Plus vos cinq francs.
Sylvain. Comment ! cinq francs ?
CocAREL, Ne discutons pas, je vous prie ! . . . cinq francs les cavaliers et trois francs les dames . . . c'est ce 30 que je donne . , . c'est l'usage !
Sylvain, mettant l'argent dans sa poche. Si c'est
78 LA CACJNOTIK
l'usage... {A piir/.) Cinq et dix-sept (\uc j'ai... c^ fait vingt-deu.\ . . . .Après le bal de l'Opéra, je nrotïrirai à souper.
CoCAREi,, refermant le tiroir de la table. Vous direz à 5 Anatole que je ne suis pas content de lui ... il au<2;niente ses prix.
Sylvain. Qui ^a, Anatole .^
CocAREL. Eh bien, votre ami . . .
Sylvain. Je ne connais pas d'Anatole. 10 CocAREL. Comment . . . mais, alors, qui est-ce qui vous envoie ?
Sylvain. C'est papa... il m'a dit de venir chez vous ... je suis venu.
Cocarel. Ah! je comprends! Monsieur votre père 15 de'sire vous marier . . .
Sylvain. Je ne sais pas . . .
Cocarel. C'est évident! .. . je vous demande mille pardons. Je vous ai pris pour un de mes . . . Vous êtes un client ... un fils de famille . . . 20 Sylvain. Je suis le fils à papa.
Cocarel, lui reprenant le gant que Sylvain est en train de mettre. Rendez-moi les gants et les cinq francs !
Sylvain. Ah! il faut rendre... {Rendant les gants et les cinq francs. A part.) Quelle drôle de soirée! 25 Cocarel, le faisant passer. Asseyez-vous ... Je vais vous inscrire sur mon grand-livre ... là se trouvent les plus beaux partis de France.
Cocarel ouvre le cadenas de son grand-livre qui fait un cric-crac très bruyant.
30 Sylvain. Faudra graisser ça!
Cocarel. Veuillez avoir l'obligeance de me donner vos noms et prénoms.