ACTE I, SCÈNE I II
fassent recouvrer son amoureux, comme s'il était perdu, et tantôt m'envoie, tantôt envoie Samia, sa servante, complice de l'affaire, transmettre ses prières, ses cadeaux, avec promesse de donner pour femme à son fils Sautilla, si jamais advient que celle-ci se retrouve ; et elle fait tout si bien que son mari, s'il ne tenait pas plus de l'animal que de l'homme, s'en serait déjà aperçu ; or, toute la ruine tomberait sur moi, ce qui fait que j'ai besoin de bien m'escrimer. A moi seul, je fais l'impossible. Nul homme ne peut servir deux maîtres, et j'en sers trois : le mari, la femme et mon patron, de sorte que je n'ai pas un repos au monde. Je ne m'en plains pas, parce qu'en ce monde qui ne fait rien est un mort vivant ; mais s'il est vrai qu'un bon serviteur ne doive jamais avoir de loisir, j'en ai si peu que je ne pourrais pas m'en curer les oreilles, et s'il me manquait quoi que ce soit, il m'est tombé entre les mains une autre intrigue amoureuse dont il me dure mille années d'en conférer avec Lidio, lequel voici justement venir. Mais, oh ! oh ! oh ! avec lui est ce benêt de Polinico, son précepteur : le dauphin s'est montré, la tempête va venir. Je veux me tenir un peu à part, et entendre ce dont ils causent.