Acte il. Se. vil -*8 La Camaraderie
sions qui nous désunissent et nous font du tort?... Il n'y a ici que des camarades, des amis ! l'amitié n'a qu'une opinion... et elle en aurait deux et même plus, cela n'en vaudrait que mieux. On a appui et protection dans tous les partis ; on se 5 soutient mutuellement et avec d'autant plus d'avantages que l'on a l'air de combattre dans des camps opposés... (A Edmond.) Vous êtes pour l'empire, (à Montai car) vous pour la royauté, mon ami Dutillet pour la république, 10 et moi pour tous ! Union admirable et d'autant plus solide qu'elle a pour base ce qu'il y a de plus respectable au monde... notre intérêt ! {Prenant la main de Montlucar qui se laisse faire ï) Allons, votre main. {A Edmond?) La vôtre !... 15
Edm., la retirant avec force. Jamais ! j'ignorais ce que je viens de voir et d'entendre. J'ignorais que, pour être de vos amis, la première condition fût de mettre son opinion et sa conscience au service de vos intérêts... Non, je ne donne point 20 de pareils gages, et n'accorde à personne le droit de m'en demander.
Bern. Un traître parmi nous !
Dut. Un traître à l'amitié !
Edm. Ah ! n'outragez pas un pareil nom ! l'amitié 25 s'avoue et se proclame, elle ne se cache pas, elle ne conspire pas, elle ne rougit pas de se montrer. Car la véritable amitié n'existe que pour de louables actions. Hors de là, il n'y a que complots, [66]
La Camaraderie B* Acte n. Se. viii.
coteries et coupables manœuvres, que le succès peut couronner d'abord, mais dont le temps fera bientôt justice. Oui, qui s'est élevé par l'intrigue tombera par l'intrigue, car rien ne reste ici-bas que le talent, l'intrigue peut le retarder, mais non 5 l'empêcher d'arriver ; et quand viendra son jour, quand brillera sa lumière, dès longtemps vous serez rentrés dans l'obscurité natale qui vous attend et vous réclame. (77 sort.)