‹ La camorra mysteres de NaplesChapitre 12 sur 20 · FELICE DE MEO OU MELE · texte numérisé non relu

FELICE DE MEO OU MELE

Arrêté le 23 mars 1833, pour vol avec agression au préjudice de Raffaele Maïorini, et pour résistance à la force publique; ôcrouê le 23 septembre pour ce fait au bagne de Carminé; relâché le G août 1835, il s’associe avec le fameux voleur Nicandro Mancini, et, après l’avoir aidé dans une longue série de vols, repris le 11 octobre 183G, il figure comme accusé dans le fameux procès où comparurent plus de trente malfaiteurs chargés de délits de toute espèce. Acquitté, Dieu sait comment, et rendu à la liberté le 31 août 1858, il est enfermé de nouveau l’année suivante, le 3 août,

convaincu de vagabondage équivoque et nocturne, et de blessures graves, à main armée, portées à sa bellesœur.

il sort du castel Capuano pendant la révolution, s’enrôle parmi les garibaldiens, puis dans la garde mobile; mais môme alors, sous la chemise rouge et la tunique bleue, il s’associe avec un autre malfaiteur célèbre, Domenico Sole, et continue son métier de voleur. Camorriste très-redoulé , sa dernière arrestation est fôtée dans son quartier comme une délivrance.

LUIGI MAZZOLA.

Dénoncé comme voleur dès le 29 juillet 1844; acquitté, mais accusé du môme délit le 7 mars 1847 ; arrêté pour la troisième fois sous la même imputation, le l <r octobre 1848; pour la quatrièmefois le 17 juin 1849, et, comme voleur incurable, envoyé à Tremiti ; après

trois années de relégation, renvoyé à Naples ; mais,

après deux mois de liberté, pris en flagrant délit de vol, résistant alors à main armée (d’armes défendues) à la force publique, et condamné pour ce fait à six

APPENDICE

années de réclusion. Arrélé pour la sixième fois le 27 mars 1837, comme rôdeur nocturne, — relâché sous caution; — repris le 17 janvier de cette année comme porteur d’armes illicites, et condamné à vingt-huit mois de détention. Hélas! nous ne pouvons beaucoup varier nos rapports; ils se ressemblent tous, ces prétendus chefs du peuple !

ANTONIO MORMILE. — GIUSEPPE SCOLA. — PASQUALE LEGGITTIMO, DIT MOZZONE (LE RACCOURCI). — LEOPOLDO MURAGLIA. — ANTONIO CACCAVIELLO. — NICOLA AC- CURSO. — CIRO COZZOI.INO. — DOMENICO D’ON'OFRIO, DIT rUZZOl.ANO (l)E POUZZOLES). — CARGO DILICHEIl, DIT LE SVIZZERO. — FRANCESCO C ERRONE. — GAETANO ET AI.FONSO GIULIANO. — FRANCESCO SERAPIGLIA. — MICHELE ESPOSITO . — LUIGI MILETTI, DIT PIEDE-DI- PORCO (PIED-DE-PORC). — FERDINANDO FARINA. — CARLO ESPOSITO, DIT LE MARINARIELLO (LE PETIT-MA-

niN). — PASQUALE ANNUNZIATA, DIT CENTO-DENTI (CEN'T-DEXTS)*. — ALFONSO MAÏETTA. — PASQUALE ES- POSITO, DIT CAZZAROLA (CASSEROLE).

Voilà de nos anciens amis; nous les avons vus à l’œuvre, et nous avons lu leurs lettres dans les chapitres ii et in du présent volume. C’étaient eux qui formaient la société du castel Capuano, depuis les dernières rigueurs décrétées contre eux par le cabinet de Turin et la questure de Naples. Voici maintenant leur signalement biographique et moral :

Antonio Mormile, ancien soldat, chassé de l’armée pour sa mauvaise conduite (1857), emprisonné un an après pour faux (9 juin 1858); condamné aux fers par la cour criminelle de Naples; relâché quelque temps après, la sentence ayant été cassée pour je ne sais quel défaut de forme; — mais bientôt repris, à cause de ses brutalités et de ses extorsions de camorriste. Il est maintenant à Florence, aux Murale.

Antonio Caccaviello avaiL été condamné fort jeune à l’ergaslolo (dès 1848); or, je rappelle que c'était la peine la plus dure après la peine de mort. Dans l’ergastolo même, il avait tiré le couteau, nouveau délit dont

APPENDICE

il était venu sc défendre à Naples. Enfermé de nouveau en 1861, il s’était évadé violemment; il a été repris cette année, le 18 mai, avec de jolies recommandations : ancien forçat libéré, condamné de nouveau, puis évadé: enfin, camorriste !

Michèle Esposilo a été condamné trois fois pour vol : en 1855, en 1857, en 1859; à sa troisième arrestation, muni d’un couteau défendu, il a résisté à la force publique.

Pasquale Leggittimo, arrêté, le 4 janvier 1849, pour vol avec agression, s’est évadé en brisant les barreaux de sa prison ; repris le 2 décembre 1850, il a été envoyé dans la prison d’Aversa. Sa peine expirée, il a été repris le 22 mars 1860 ; relâché le 17 juillet, il a été remis en prison le 15 août 1861, comme voleur, cambrioleur et camorriste.

Francesco Cerrone a commencé par l’ergastolo, comme son noble compagnon Caccaviello. Il s’en est évadé violemment, et depuis lors a joué l’un des rôles principaux parmi les sectaires. C’est lui qui, emprisonné de nouveau le 3 août de cette année, avaitconçu, préparé et dirigé la fameuse évasion du 24 septembre, qui a fait tant de bruit dans les journanx. On sc sou-

vient que vingt-neuf camorristes, enfermés à San-Lazzaro, avaient tenté de s'échapper par le conduit qui descend dans les égouts de Naples. Le complot fut déjoué par la garde nationale, les carabiniers et les agents de la questure, qui ne craignirent pas d’aller arrêter les fuyards dans la fange (j’adoucis le mot), à travers laquelle ils espéraient s’enfuir.

Domenico d’Onofrio a été relégué à Ponza dès le mois d’août 1836, puis condamné au prcsidio, d’où il s’est évadé ; puis arrêté de nouveau le 3 novembre 18(50 pour celte évasion et pour un homicide.

Carlo Esposito, dit le Marinariello (le petit marin), condamné pour la première fois en 1846, a été trois fois galérien et trois fois galérien évadé. Réintégré pour la quatrième fois au castel Capuano, il vient d’être relégué à Tremiti.

Pasquale Annunziala,'dit Cento-Denti , a déjà subi deux condamnations pour vols qualifiés : l’une, en 1847, à six ans de réclusion; l’autre, en 1833 (aussitôt après l’expiration de la première peine), à vingt ans de fers. Il s’est évadé de 3a prison et s’est remis aussitôt au double métier de voleur et de camorriste. Il a été repris cette année, le 3 janvier.

APPENDICE

Pour abréger, je ne dis rien des autres, à peu près pareils à ceux-ci. Qui plus, qui moins, ils sont tous meurtriers ou larrons; le plus souvent l’un et l'autre.

PASQÜALE SCARPATI.

Ici encore, je demande à citer textuellement les rap-

ports déposés à la questure :

« Il était le plus hardi matamore de la camorra à Porlici, Résina, San-Sebastiano et dans les environs. Gare à qui refusait d’obéir à ses ordres 1 Les récalcitrants s’exposaient à un châtiment terrible : l’assassin affilait contre eux son poignard. Scarpati avait pour compagnon de crimes Carminé Minieri et un frère, nommé Ferdinand, qui rivalisait de férocité avec lui, et qui, s’imposant par la terreur à la garde nationale de San-Sebastiano, réussit à s’en faire nommer capitaine; pilla, d’accord avec les brigands, l’habitation du malheureux Miccli, et, se mettant à la tête d’une bande de malandrins, séquestra sur la montagne de Somma

LA CAMORllA.

M. Cuocolo, riche marchand de cuirs, dont il exigea pour rançon l’énorme somme de douze mille ducats (51,000 francs). Aujourd’hui que le sanglant capitaine est obligé de vivre caché et que son frère Pasquale est arrêté, les honnêtes habitants de cette contrée respirent en paix; mais beaucoup d’entre eux la quitteraient aussitôt si l’un de ces deux scélérats y revenait.

» Outre le témoignage des concitoyens de Pasquale Scarpati, si l’on invoque sur son compte celui des registres des prisons*, ces informations suffiront à donner une idée de ce que peut tramer de criminel l’âme de cet homme. Le 4 juillet 1849, il était accusé, pour blessures et balafre ( sfregio ) sur la personne d’Antonio Abruzzese, délit de compétence correctionnelle. Le 12 juillet 1850, il fut soumis à un deuxième jugement pour des faits semblables exécutés, avec armes prohibées, au préjudice de Marie Savarese. La grande cour ayant décliné sa compétence dans cette affaire et renvoyé la cause au tribunal correctionnel, Scarpati fut relâché. Trois mois après, le 27 novembre 1850, il

1 . Le lecteur n’aura peut-être pas oublié une lettre sentimentale de Cette bête fauYe, insérée dans une note du présent volume, chap. h.

APPENDICE

était prévenu de tentative de meurtre et condamné à deux ans de prison.

» A l’expiration de sa peine, il n’était point corrigé ; s’enorgueillissant, au contraire, de l'effroi qu’il inspirait autour de lui, il s'adonna entièrement et ouvertement au brigandage, courant les campagnes, dévastant les propriétés, attaquant les voyageurs, dévalisant les voitures et fatiguant à sa poursuite les agents de la force publique jusqu’au commencement de 1837. 11 fut alors arrêté, traduit devant la justice pour nombre de vols qualifiés commis par lui au préjudice de Vincenzo Russo et de beaucoup d’autres, et condamné à dix-neuf ans de fers. Dirigé avec deux autres bandits vers le bagne de Brindisi, il eutlç courage, en chemin, de briser ses menottes, d’attaquer et de désarmer les gendarmes qui l’escortaient et de reparaître dans la malheureuse région dont il avait été le fléau.

» Et cependant ce camorriste effréné, dont notre langue serait impuissante à rendre la perversité; cet homme, dont chaque jour de liberté était marqué par un crime, Pasquale Scarpati, pour l’appeler par son nom, grâce aux protecteurs qu’il s’était faits sur les sièges les plus hauts de la magistrature et dans les

charges intimes de la cour, trouva clémente l’âme des Bourbons, qui, livrant à l’oubli les vols, les meurtres, les actes môme de rébellion contre les agents de la force publique, en un mot, tous les délits de ce misérable, commuèrent pour lui la peine des fers en une

villégiature à l’ile d'I.-chia.

» Survint l’été de 1860 et la révolution. La surveillance de l’autorité se ralentit, les événements politiques absorbaient toutes les préoccupations ; le moment parut propice à Scarpati pour reprendre le cours de ses aventures. Il sortit de 1 île sans obstacle et revint parcourir à main armée les campagnes natales, associé à une bande de malfaiteurs.

» 11 était donc de nouveau sous l’imputation de rupture de ban et d’association à une bande armée, le jour où les agents de la force publique purent le prendre et le mettre enfin en lieu de sûreté. »

APPENDICE

Page 1