D1YERS GROUPES DE CAMORRISTES
Pour abréger, je réunis sous ce titre des malfaiteurs exerçant des industries diverses, et je renonce à raconter en détail les précédents de chacun pour épargner la patience du lecteur. Qu’il me suffise d’affirmer que tous, sans en excepter un seul, subirent plusieurs condamnations pour vols, escroqueries, assassinats, ou délits semblables. Je dis tous, sans en excepter un seul.
APPENDICE
Je m’en tiens donc aux particularités qui les distinguent.
Yincenzo d’Ascoli et Pasquale Esposito, par exemple, voleurs à la tire et camorristes, faisaient le mouchoir sur la piazza del Casîello , et rançonnaient les joueurs dans le café du Sebeto. Pasquale Carrino et .le fameux Centrella (qu’on n’a pas encore pu arrêter) préféraient le crime en grand et le vol à main armée. — D’autres, Biagio d’Elia, Ignazio Flaminio, Ignazio Mosella, Gaetano Castronuovo, Luigi Riccio, Francesco Cuomo, Vincenzo Totino, toute une bande, comme on le voit, se tenaient sur le pont de la Madeleine, à l’entrée de Naples, et, là, pendant le jour, exigeaient la camorra des conducteurs de charrettes et des marchands de comestibles, puis, pendant la nuit, attaquaient les voitures et détroussaient les passants. L’un d’eux, Francesco Cuomo, se jeta un soir si violemment sur un cabriolet attardé, qu’il tomba sous les roues et s’y cassa le bras; il sera manchot toute sa vie.
Un autre groupe est celui des camorristes politiques, et naturellement bourboniens. Ils firent un moment les libéraux; en 1860 , aspirant à la liberté de faire le mal, mais voyant que le nouveau régime les .gênait
beaucoup plus que l’ancien, ils sont maintenant pour François II et pour le saint-père. Tel est Carminé Schiano, qui s’amusait récemment, pour le compte de la réaction, à jeter des bombes dans les rues. Tel Luigi Curci, qui,condamnésous l’ancien régime à quinze ans de fers, avait allégé sa chaîne et abrégé sa peine en se fanant au bagne l'espion de la police et le tourmenteur des libéraux. Il devint ainsi chef d’escouade comme beaucoup d’autres, puis disparut en 1860, et recommença enfin son métier de voleur et d’assassin jusqu’à sa dernière arrestation, opérée le 18 septembre de cette année. Tel fut encore ce RafTaele Esposito, qui, coupable de sept crimes commis entre 1843 et 1848 : vols, blessures, incendie du commissariat de Saint-Joseph, pillage, homicide, fut cependant absous presque chaque fois par la clémence du souverain, auquel cet ignoble malfaiteur rendait constamment de petits services politiques. Écartons-nous de là : c’est trop monstrueux!
APPENDICE
GIAMBATTISTA DE FÀI.C0, DIT L’ABBARCATORE.
Celui-ci mérite un article à part. C’est le contrebandier de Fuorigrotta . Tout le monde le connaît de Naples à Pouzzoles; tous tiraient le chapeau devant lui ; les douaniers se laissaient désarmer par lui sans résistance. Il était le maître du pays.
Emprisonné de 1835 à 1839, il avait étendu son commerce à l’expiration de sa peine, et, non content d’être contrebandier, s’était fait voleur. On lui attribue les principaux vols commis aux environs de Porlici vers 1860. Il se cacha longtemps, jusqu’à la révolution, puis reparut aux barrières et se remit à la contrebande, passa encore quelque temps en prison, en sortit pour voler et brigander de plus belle, disparut de nouveau lors du récent édit contre les camorristes, et, repris le 8 septembre, a été embarqué le 19 pour Tremiti.