LIVRE I, CHAPITRE
— C’est l’homme du combat, l’homme d’action insensée on raisonnable, qu’importe, ne marchandant ni avec la possibilité, ni avec les dangers. — Toute sa vie s’est passée à côté de la mort qu’il a sans cesse affrontée avec autant de courage que de bonheur. — Proscrit, poursuivi, traqué comme une bète fauve, il a connu avec quelques rares partisans qu’il entraînait à sa suite les jours sans espoir, les rêves sans lendemain. Partout où la révolution italienne a levé un drapeau, il s’est trouvé le sabre au poing, disant à ceux qui marchaient avec lui : « Voici ce qui vous attend: la chaleur et la soif pendant le jour, le froid et la faim pendant la nuit. — Point de solde, point de repos, point d’abri, mais en revanche une misère extrême, des alertes et des marches continuelles, des combats à chaque pas. — Que ceux qui aiment l’Italie, me suivent ! »
Garibaldi est tout entier dans cette proclamation que, le 2 mai 1849, en quittant Rome, il adressait à ses soldats.
Jamais il n’a désespéré du triomphe de sa cause; et un an après, presque jour pour jour, il se trouvait investi d’un commandement régulier, et à la tète d’un corps d’armée qu’il formait lui -même pour la guerre de l’indépendance italienne.
XXIV. — U n’entre point dans le cadre de ce travail d’apprécier la vie politique ou révolutionnaire de celui qui associait son nom à la campagne d'Italie de 1859. Garibaldi n’est point pour nous un héros, c’est un
CAMPAGNE D’ITALIE
vaillant soldat, un chef de partisans intrépides, dont le rôle était tout tracé dans les opérations militaires qui allaient s’ouvrir.
Dès le lendemain de son arrivée à Varèse, les habitants de la ville et de la province se constituent à la hâte en bataillons de volontaires, formant ainsi une sorte de garde mobile aux ordres du général ; car de tous côtés la nouvelle arrive que les Autrichiens se massent à Gallarate (1), coupent la ligne du Tessin à Varèse, et s’avancent sur cette ville en forces considérables.
En effet, le 25, à quatre heures du matin, les troupes autrichiennes se présentent; mais Garibaldi a déjà organisé la défense avec ce sang-froid et cette activité sans égales que donnent à celui qui les a éprouvées, les grandes épreuves de la vie.— Les rues sont barricadées, les maisons crénelées, et les chasseurs des Alpes secondés par la population armée, sont prêts au combat. Aussi le premier choc de l’ennemi vint se heurter vainement contre la résistance des défenseurs; la lutte fut courte. Les Autrichiens se replièrent sur leurs réserves, mais revinrent le même jour, vers deux heures, en forces plus imposantes et ayant, cette fois, de l’artillerie avec eux.
XXV. — Ils mettent deux pièces en batterie, et commencent sur l’entrée principale de la ville un feu vio-
(1) Gallarate, ville du royaume lombard-vénitien, à 18 kilom. S. O. de Varèse et. 31 kilom. N. N. O. de Milan. 5700 habitants.