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CHAPITRE II

XXVIII. — Comme nous l’avons dit en terminant la première partie de ce travail, les quatre corps de l’armée française étaient massés sur les rives du Tessin et aux abords de Magenta, bivouaquant sur ce champ de bataille arrosé de leur sang.

Le 6 au matin, l’Empereur avait porté son quartier général à Magenta même.

Le même jour, le maréchal Canrobert recevait l’ordre de s’avancer sur Abbiale Grasso avec son corps d’armée, et si les Autrichiens occupaient encore celte ville, de s’en emparer. — Le corps du général Nid, placé en cas d’al-

laque sous les ordres du maréchal, devait opérer de son côté le même mouvement. — Une fois à Abbiate Grasso, de fortes reconnaissances devaient éclairer la route de Vegcvano et signaler les positions de l'ennemi.

Mais déjà, depuis le point du jour, celui-ci avait évacué Abbiate Grasso et môme Castelletto (1), après avoir détruit tous les ponts du canal. Pressé dans sa retraite par nos tètes de colonnes, le temps lui avait manqué pour faire sauter le pont de Castelletto sur le Naviglio, pont cependant très- important , puisqu’il permettait à un corps d’armée de rejoindre directement la roule de Milan.

Suivant les ordres de l’Empereur, le maréchal fit tôle de colonne à gauche, et le 7, il était à Gogiano (2), à moitié chemin de la capitale, envoyant des éclaireurs sur les routes de Milan, de Pavie et de Vigevano. — Leurs rapports, ceux des espions et les indications des gens du pays , annoncent que l’ennemi est en pleine retraite vers Pavie et surtout vers l’Adda.

« Ces troupes (écrivait le maréchal) paraissent être en proie à une grande démoralisation. »

Le maréchal Canrobert avait raison ; la défaite de Magenta les avait frappées d’un coup terrible.

XXIX. — Pendant que le général Giulay ralliait ses corps d’armée, la nouvelle de la victoire des alliés était

(1) Castellelto, village du royaume lombard-vénitien, & 1 kilom. 1/2 E. d’ Abbiate Grasso, sur le Naviglio Grande.

(2) Caginno, village du royaume lombard-vénitien, & 9 kilom. N. E. de Castelletto , sur le Naviglio Grande.

LIVItE I, CHAPITUE 11.

arrivée à Milan et avait soulevé une grande agitation. Dès le soir de la bataille, des corps autrichiens revenaient de Magenta épuisés de fatigue, s’arrêtaient un instant sur les places, puis s’éloignaient, continuant leur route sur Lodi.

C’était un triste spectacle de voir ces soldats écrasés par toute une journée de lutte sanglante et acharnée, traverser ainsi la ville qu’ils occupaient la veille en vainqueurs orgueilleux. — Sur des charrettes remplies de bagages et d’armes, gisaient pêle-mêle de pâles blessés.

Pendant toute la nuit, ce funèbre convoi, auquel l’obscurité donnait un aspect plus sinistre encore, continua sans relâche. — Aux charrettes qui défilaient en grand nombre , succédaient des chevaux sans maîtres , des soldats isolés appartenant à différentes armes , récits vivants des combats du jour : puis les pavés et les dalles résonnaient sous le pas régulier des bataillons marchant en bon ordre, ou répétaient aux échos le lourd fracas de l’artillerie.

Celte nuit-là, la ville entière fut sans sommeil, impatiente, tumultueuse, pleine de fièvre; — elle veilla, attendant le grand jour du lendemain.

XXX. — Les troupes autrichiennes, entrées à Milan par la porte Vercellina, bivouaquèrent sur la place Castello, et sortirent, soit par la porta Rosa, gagnant le chemin de fer de Naviglio, soit par la porta Romana sur la route postale de Melegnano (Marignan),

Le général de Kellemer qui commandait à Milan,

comprit que toute résistance serait inutile. — A quelques pas de la capitale, l’armée franco-sarde s’avançait victorieuse, et tout autour de lui, une population hostile à la cause autrichienne se soulevait déjà contre ses dominateurs.

Le général donna l’ordre alors aux troupes qu’il commandait de quitter la ville ; mais, avant leur départ, il fit enclouer les canons de la citadelle et ceux du fort de la porta llosa.

Déjà les drapeaux aux couleurs nationales avaient été arborés à toutes les fenêtres, et lorsqu’apparurent les premiers rayons du jour, les régiments autrichiens qui s’éloignaient de Milan virent se balancer au-dessus de leurs têtes les couleurs réunies de l’Italie et de la France.

Depuis combien d’années la grande cité lombarde, courbée sous une domination étrangère, avait-elle rêvé ce beau jour, dans ses heures de deuil et d’abattement!

Toute la population se leva en masse pour acclamer ses libérateurs.

Dès le matin, alors que les échos de Magenta étaient à peine redevenus silencieux, les conseillers municipaux rédigeaient l’adresse suivante au roi de Sardaigne.

* Sire,

« La municipalité de Milan est fière d’user aujourd’hui d’un de ses plus précieux privilèges en se rendant l’interprète des vœux de ses concitoyens, dans les graves circonstances où nous sommes. Elle vient renouveler

LIVItE I, CHAPITRE 11.

vis-à-vis de vous le pacte de 1848 et proclamer de nouveau à la face de la nation, ce grand fait que onze années ont mûri dans les intelligences et dans les cœurs.

« L'annexion de la Lombardie au Piémont, qui a été proclamée ce malin, au moment où l’artillerie ennemie pouvait encore foudroyer la ville, et tandis que ses bataillons défilaient sur nos places, l’annexion est le premier pas fait dans la voie d’un nouveau droit public qui laisse les peuples arbitres de leurs destinées.

« L’héroïque armée sarde et celle de son auguste allié , qui veut l’Italie libre jusqu’à l’Adriatique, achèveront bientôt leur magnanime entreprise.

« Daignez, Sire, agréer l'hommage que Milan vous adresse par notre organe. Croyez que tous nos cœurs sont à vous; notre cri est : Vive le Roi! Vive le Statut de l'Italie! »

XXXI. Des délégués se rendirent au grand quartier impérial et, admis devant l’Empereur, ils lui remirent, au nom de la ville de Milan, une adresse qui exprimait les sentiments unanimes de reconnaissance dont tous les cœurs étaient animés.

Celte adresse est un document qui appartient à l’histoire.

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