‹ La campagne d'Italie de 1859Chapitre 57 sur 326 · LIVRE I, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III

Majesté, avait été laissé à Yerceil; mais celte place ayant perdu toute son importance, par suite du mouvement des troupes, le général de Béviile fut appelé à Milan pour y exercer les mêmes fonctions, qu’il conserva jusqu’à la fin de la campagne.

C’est aussi à Milan qu’eurent lieu les premiers essais d ascensions aérostatiques appliquées à l’armée. L’Empereur, se rappelant les services que des ascensions semblables avaient rendus aux armées de Sambre-et- Meuse sous la République (1), et notamment à la bataille de Fieurus, où un ballon était resté constamment en observation, avait fait venir M. E. Godard. — Cet aéronaute distingué arrivait à Milan le 7 juin, mais son matériel était malheureusement incomplet, du moment qu’il s agissait de suivre une armée en mouvement (2). Il eût

(I) Le colonel Coutelle a fait un récit très-curieui de ces ascensions au point de vue militaire.

« Le comité de salut public (dit le colonel Coutelle), avait réuni auprès de lui uue commission de savants. Cette commission proposa dp faire servir les aérostats aux armées, comme moyen d’observation. — Cette proposition fut acceptée par le gouvernement, sous la condition de ne pas employer l’acide sulfurique, le soufre étant nécessaire à la fabrication de la poudre. — La commission arrêta alors d’employer la décomposition de l’eau.

« L’expérience faite par le célèbre Lavoisier réussit, et les membres de la commission qui avaient été témoins de l’opération, furent si satisfaits que, dès le lendemain, je reçus l’ordre d’aller en posteà Maubeuge proposer au général Jourdan l’emploi d’un aérostat à son armée.... »

(2) Le matériel de M. E. Godard se composait de quatre aérostats à gaz , de quatre mongolfières et de deux parachutes.

Un instant on pensa aussi pouvoir, par la photographie, compléter les utiles renseignements que fourniraient en pays ennemi les ascensions aérostatiqnes , et M. Nadar devait dans ce but se rendre à l’armée d’Italie; mais, avant son départ, il voulut par quelques essais

CAMPAGNE D’ITALIE

fallu, pour obvier aux difficultés que présentaient des marches continuelles, avoir pu de longue main, préparer les moyens d’exécution.

Le 13, le 3' corps a pris ses campements en deçà du Serioà Mozzanica (1).

Le 2' corps franchit à son tour l’Adda, en face d’Albignano, et s’établit à mi-chemin de Garavaggio (2).

s’assurer des résultats qu'il lui serait possible d’espérer. Ces essais faits, par ascensions captives, à la fin du mois de mai, ne furent pas selon M. Nadar assez satisfaisants, et ce conciencieux artiste ne consentit point à partir , sans être certain d’avance des services réels qu’il pouvait rendre.

L’insuffisance du matériel, l’impossibilité de se procurer du gaz hors des grandes villes, rendaient à peu prés impossibles les aérostats à gaz h la suite d’une armée en marche, le gaz ne pouvant sc conserver dans l’intérieur du ballon que trois jours, au maximum.

Un lûllon tout gonflé fut en effet conduit de Milan à Gorgonzola.

Mais le lendemain matin, il avait perdu la plus grande partie de sa force ascensionnelle.

La question de conduire un aérostat tout gonflé était résolue, celle d’imperméabililé restait seule.

La construction d'un ballon i double enveloppe, susceptible de conserver son gaz pendant trois semaines et peut-être un mois, fut immédiatement arrêtée, et lo ballon commandé & Paris. En attendant son arrivée, M. E. Godard mit en état ses mongolfières, afin d’en tirer le meilleur parti possible.

Les mongolfières , on le sait , sont des ballons en coton que l’on gonfle en raréfiant l'air au moyen de paille enflammée. Ces ballons atteignent , par un certain degré de chaleur intérieure, une force ascensionnelle qui naturellement se trouve épuisée quelques instants après par le refroidissement de cette chaleur.

(1) Moiianica, village, à 2G kil. S. E. d'Albignano.h 9 kil. S. F. de Triviglio et à 23 kil. S. S. O. de Bergame.

(2) Carataggio, ville à S kil. S. E. de Triviglio et à 20 kil. S. de Bergame, sur la route de Milan A Brescia, 6000 habitants. Célèbre par la victoire que remporta Sforza sur les Vénitiens en 1446. — Patrie du célèbre Michel-Ange.

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