‹ La Campagne de 1796 en ItalieChapitre 36 sur 75 · BONAPARTE SE TOURNE CONTRE QUASDANOWITCH · texte numérisé non relu

BONAPARTE SE TOURNE CONTRE QUASDANOWITCH

Lonato, reconnaît qu'il a affaire au gros des forces françaises; il n'attend pas l'arrivée d'Augereau à Monlechiaro, et se retire à Gavardo.

Bonaparte marche toute la nuit du 31 au 1®' avec les divisions Augereau et Despinois sur Brescia ; il y arrive à 8 heures du matin et en chasse sans peine les Autrichiens.

Ce dernier mouvement a quelque chose d'excentrique et d'extraordinaire. Bonaparte a probablement cru trouver là un corps autrichien important qu'il surprendrait et couperait de la Chiese. Il se trouva que ce fut un coup d'épée dans l'eau ; dès lors, il ne laissa que la division Despinois et revint le 2 août à Montechiaro avec la division Augereau (I).

(1) La première chose à faire, pour Bonaparte, était de remettre la main sur sa communication et âes magasins. Son avant-garde seule est arrivée à Brescia. Le reste de la colonne s*est couché sur place, exténué, le long de la route de Montechiaro à Brescia. Quasdanowitch était d'ailleurs à Brescia avec des forces sérieuses ; mais il a disparu à rapproche de Bonaparte. Si i*on avait tourné sa gauche en se portant d'abord sur Gavardo, il aurait rejoint Wurmser par Marcaria en écrasant la division Sérurier.

Le 2 août, Bonaparte se concentre sur la Chiese, entre Desenzano, Castiglione et Mezzane, prêt à faire face au Nord ou à l'Est. Il ne peut, sans danger, s'engager dans la montagne à la suite de Quasdanowitch.

Wurknser passe le Mincio.

Le 1" août, pendant que Bonaparte marche sur Brescia, que Quasdanowitch se reforme vers Gavardo et Salô, Wurmser arrive sur le Mincio et entre dans Mantoue délivrée. Il prend position avec une partie de ses troupes le long de la rivière, envoie son avant-garde a Goïlo avec Liptay et une partie de la garnison de Mantoue à la poursuite des deux brigades de Sérurier sur les routes de Marcaria et Borgoforte.

Wurmser a dû croire l'armée française en pleine déroute ; le siège paraissait avoir été levé avec beaucoup de précipitation et dans une grande confusion ; lartillerie de siège et tous les attirails étaient abandonnés, le général Sérurier en re^ traite. On eût dit une chambre dont le propriétaire vient de s'enfuir précipitamment et où l'on trouve tout dans le désordre où il Ta laissé. La joie et l'étonnement se partageaient le cœur des Autrichiens. Wurmser pensait que c'était le résultat de sa supériorité numérique, de son attaque enveloppante, et de ses heureux combats du 29 à Rivoli et Salô ; il croyait tenir une victoire complète et pensait avoir atteint son but. En conséquence, il resta tranquille le 2 à Mantoue et se contenta de faire continuer la poursuite du vaincu par Liptay, de Goïto sur Castiglione. Ce ne fut que dans la soirée du 2 qu'il apprit avec étonnement que Quasdanowitch avait été attaqué sur tous les points et rejeté sur Gavardo avec des pertes considérables. Le retard que ce renseignement mit à lui parvenir s'explique par le fait que les Français étaient entre Quasdanowitch et lui.

Bataille de Lonato, le 3 août.

Bonaparte avait bien repoussé le général Quasdanowitch, mais il ne l'avait pas battu à fond, et ne lui avait pas, a fortiori^ infligé une défaite qui le mît définitivement hors de cause. Les avantages obtenus n'étaient certes pas à mettre en balance avec la perte des parcs de siège. Les choses ne pouvaient en rester là; il fallait encore frapper un coup décisif; restait seulement à Bxer si ce serait d'abord contre Wurmser

ou une seconde fois contre Quasdanowitch.

Premier combat de Caatiglione, 2 août

On en était là quand, le 2 août, les arrière-gardes de Masséna et d'Augereau furent délogées. Celle de Masséna, sous le général Pigeon, attaquée près de Peschiera, se retire en bon ordre sur Lonato. Au contraire, le général Valette est chassé de sa position de Castiglione dans un tel désordre qu'il plante là la moitié de ses troupes et porte la frayeur à Montechiaro. Il fut cassé sur-le-champ par Bonaparte.

Cette défaite du général Valette annonce le retour de Wurmser ; d'après le rapport de Bonaparte au Directoire sur la bataille de Lonato, livrée le 3 août, on croirait que l'armée française fit face en arrière ce jour-là sur ses positions et se battit contre des divisions isolées de Wurmser. La chose n'est pas aussi simple. Le 3 août, il y eut deux combats principaux, à Castiglione et à Lonato, et beaucoup d'autres moins importants sur toute la ligne de Brescia à Salô ; mais on ne les a

i34 CHAPITRE XXXIX.

pas encore tirés de la confusion extraordinaire dans laquelle les a laissés le premier bulletin de victoire du général français ; la relation du journal militaire autrichien s'arrête à la retraite dans le Tyrol, et d'ailleurs personne n'est jamais arrivé à dissiper un doute quelconque avec des documents officiels autrichiens. Le général Jomini, dans son Histoire des guerres de la Révolution, a composé un récit qui diffère de la relation ofRcielle française sur ce point obscur, sans cependant y mettre une limpidité parfaite. En particulier, on ne sait ni mieux ni plus mal contre qui Bonaparte s'est battu à Lonato, si c'est contre une fraction du corps de Quasdanowitch ou de celui de Wurmser (1).

Nous nous contenterons d'exposer la chose telle qu'on , la connaît à l'heure actuelle, sans nous perdre en discussions inutiles ; il surgira certainement dans l'avenir quelques renseignements tirés des archives autrichiennes qui viendront dissiper la confusion sur les points essentiels. D'après Jomini, les choses se seraient passées de la façon suivante :

Deuxième combat de Lonato.

Deuxième combat de Caatiglione, le 3 août.

Bonaparte pense, le 2, que Quasdanowitch a été repoussé, mais qu*il faut le rejeter plus loin encore dans les montagnes. Il consacre à cette mission S,000 à 6,000 hommes sous le général Despinois. Ils doivent s'avancer le 3 : Guyeux sur Salô ; Despinois, de Brescia sur Gavardo ; Dallemagne, par Piétro, formera la liaison entre les deux ; l'adjudant général Herbin, passant par Saut'Osetto, menacera le flanc droit de l'ennemi. Telles sont les dispositions contre Quasdanowitch.

(1) Clause witz sait cependant bien que c*est la brigade Ocskay, faisant partie de la division de Quasdanomtch, qui s*est battue le 3, à Lonato, contre Masséna. Il le dit dans le récit qui va suivre. Ocskay était arrivé devant Lonato dès le 2 au soir, passant inaperçu entre Guyeux et Despinoy, et ne les voyant pas.

Page 1