‹ La campagne francaise et la guerreChapitre 24 sur 46 · QUAND II. FALLAIT PORTER LE LAIT · texte numérisé non relu

QUAND II. FALLAIT PORTER LE LAIT

ferveur lorsque vous vaquerez à la « vaquer à la bataille », comme on offrirez bien toutes vos fatigues en attend pour vous cueillir et orner penser ! Vous heureux que vous posséplus grand que l’on puistre : la vue de vous intercémoi. Je serai cepterai les que Dieu vouvoyer pour le France, et chrétiens, l’espérance trouver dans notre affecnous sera pas

bataille, — (remarquez ce mot magnifique, vaque à l’ouvrage !) — De votre côté, vous union avec mes prières, et là, si Dieu vous son paradis, quel cœur brisé! Je n’ose y

serez plus moi, car derez le bonheur se connaî- Dieu. Mais derez pour forte, j’acépreu ves dra m’ensalut de la aussi, nous nous avons de nous rele ciel, et là, tion ne ravie ».

EN FRANCHE-COMTÉ. I.A VALLÉE DE SALINS DE GRANDES LIGNES DE VALLÉES BOISÉES

Elle a dit ce qu’elle avait de plus grand dans le cœur ; ce qui devait passer le premier, et maintenant elle va dire ce qu’elle a de plus doux. Avec sa fierté de jeune vierge, elle continue ainsi : « Vous pourrez être fier pour moi, dans ma blancheur immaculée. Je vous serai belle et pure comme le lis. 11 me semble que je suis faite pour soutenir les lourdes charges et les grandes responsabilités de l’épouse chrétienne. Oui, prions, aimons, espérons. Je vous nomme l’élu de mon cœur. En attendant, mes doigts effleurent un tendre baiser pour mon Maurice ».

Presque tout de suite il avait été emmené au loin, lui qui devait se battre. Il se battit bien, tant qu’il fallut. Il se sentait menacé à chaque instant et, au commencement de l’année dernière, étant à l’Hartmannswillerskopf, il écrivit ces lignes pour qu’elles fussent retrouvées si jamais la mort le prenait:

« i° De vivre et de mourir en chrétien ;

« 2° Pour me pardonner tous les péchés que j’ai commis, qu’il accepte pour leur entière expiation, toutes les souffrances, misères, épreuves que j’ai endurées et que j’endure pendant cette guerre, et aussi toutes les bonnes actions que j’ai faites dans ma vie;

« 3° S’il m’accorde le bonheur de rentrer et de m’unir à celle que j’aime, de lui élever une famille chrétienne où il sera craint et aimé, et où il sera bien servi. »

Et il y avait plus bas, comme une devise : « Allez devant vous, où Dieu vous mène, et tout sera bien. »

Quand il eut écrit ce testament, il le mit dans la poche de sa vareuse, à côté de la lettre d’amour qu’il avait reçue naguère et qu’il avait tant de fois lue et relue, que les plis du papier en étaient tout usés.

La guerre, la guerre, la guerre a tout brisé ! Au commencement du mois de mai 1916, sur le même sommet de l’Hartmannswillerkopf, comme Maurice était à son poste de guet, un premier obus éclata tout près de lui. 11 se retourna et dit au caporal : « Bigre! j’ai eu chaud! » Et, au même moment un second obus l’atteignit et le broya, et l’âme s’en fut au paradis.

Quel est le temps qui vit de plus grandes choses que le nôtre, et de plus belles âmes? Comment voulez-vous qu’on ne croie pas à l’avenir?

UNE BELLE FONDATION

PARAIS DE I.’lNSTITUT

UNE BELLE FONDATION

16 Juin igiô.

Un des derniers jeudis de mai, j’ai eu un moment de joie. Vous savez qu’elle est rare, en temps de guerre, la joie pleine, assez forte pour écarter les nuages ou les brumes, selon les jours, dont on vit enveloppé. Eh bien ! je l’ai éprouvée, et c’était à l’Académie, en séance, avant le dictionnaire.

Le secrétaire perpétuel se trouvait en Espagne, pour y parler de la France. Celui qui le remplaçait, ayant lu le procès-verbal de la précédente séance, le directeur de l’Académie prit, sur le bureau, une de ces pièces grossoyées, où les marges abondent autour d’un petit écrit, un cahier de lignes espacées, d’une écriture ample, tranquille et sans rature, telle enfin qu’il n’en peut sortir que d’une chancellerie ou d’une étude de notaire. C’était un acte notarié, une donation. Nous en recevons souvent, pour la fondation d’un prix littéraire ou d’un

EN VENDÉE A POUZAUGES

Page 1