SCÈNE VII
Les Mêmes , PICPUS , en grande toilette d'homme du peuple , chapeau à haute forme , habit mal fait , gilet de couleur, pantalon orange- noué à la cheville, souliers couverts à grandes boucles : parapluie rouge à la main. Il est un peu gai.
PICPUS , criant.
Aïe! les moeurs!
DUMONCEL.
Il n'y a pas de mal , monsieur Picpus.
PICPUS
Je sais bien que ça ne fait pas de mal... ça fait même plaisir : mais les mœurs!
DUMONCEL.
Je vais vous expliquer...
PICPUS
Je n'ai pas besoin qu'on m'explique ce jeu-là... Je sais ce que c'est qu'un baiser... un doux baiser!.. J'en ai donné , dans mon temps, à mon Éléonore , mon épouse, et à pas mal d'autres... à un tas de blondes...
DUMONCEL.
Écoutez donc , monsieur Picpus ! c'est en tout bien , tout honneur.
PICPUS
L'honneur est comme une île escarpée, c'est comme les souterrains de la salubrité, on n'y peut plus rentrer quand l'échelle est ôtée.
DUMONCEL.
Mais , papa Picpus , quand il s'agit de mariage...
PICPUS
Bien, le mariage! (avec malice.) Pas la noce ! Nous avons la noce sans mariage... Il y en a qui font la noce !
CAMILLE
Ah! mon oncle...
PICPUS
Ce n'est pas pour toi que je tiens ce propos... c'est une observation générale sur les mœurs de mon siècle.
DUMONCEL.
Monsieur Picpus, il n'y a qu'un mot qui serve. Je suis honnête homme, et je vous demande la main de votre nièce.
PICPUS, lui donnant la main.
Voici la mienne, je te l'accorde... mais il faut arroser quelque peu les autels de l'hyménée... (Il appelle.) Garçon ! un litre !.. (Se ravisant.) Non, non, garçon, deux litres !
DUMONCEL.
Vous consentez ?
CAMILLE
Mon bon petit oncle!
(On entend la ritournelle de l'air suivant. Bibollon paraît sur sa porte, avec Madeleine.)
RIBOTTON.
Eh ! v'ià la bande joyeuse !..
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