SALLUSTE, JUg., LXXXIX
une idée de la richesse de Capsa, « trésor de Jugurtha », peuton rapprocher du nom de l’oasis le mot romain employé par Martial et par Pline ! : Capsa le coffre, la case, la cassette où l’on range les fruits.
La nature et l'industrie des hommes avaient assigné depuis longtemps à la ville et à l’oasis de Capsa le seul emplacement où pouvait prospérer une grande cité, dans le long massif montagneux qui forme la limite méridionale de la Byzacène. Les Romains y trouvèrent des sources au débit constant, captées et réglementées, et probablement des citernes pour recueillir l’eau de pluie. Ils n’eurent pas besoin d'y créer, de toutes pièces, comme dans le nord de la Province, des habitations et des installations hydrauliques ?. Mais ils ne négligèrent rien pour améliorer le régime des eaux de la ville, accroître la prospérité de l’oasis et faciliter à ses habitants le séjour du pays.
Les sources de Capsa furent de nouveau soigneusement captées : « Celle de la Kasbab jaillit au fond d'un bassin antique auquel conduit un escalier d'une vinglaine de marches et qui communique par un conduit souterrain avec un second réservoir » ouvert sur la facade sud-est de la citadelle ?. « La source du Dar el-Bey alimente d’abord plusieurs petits bassins séparés, de construction antique, et se déverse ensuite dans deux grandes piscines rectangulaires appelées l’une Termil er-Radjal le « bassin des hommes », l’autre Termil en-Nra, le « bassin des femmes ». La première, construite en blocs de grand appareil, peut mesurer vingt-cinq mètres sur vingt. La profondeur est assez considérable pour que les plongeurs de
1. SALLUSTE, Jug., XCI. MartriaL, Il, 8. PLINE, XV, xvit, XVI, n° 4,
2. GaAuCKkLER, Les Aménagements agricoles el les travaux d'art des Romains en Tunisie, R. G. Se., 30 nov. 1896, p. 996,
3, Tissor, 0p.cil., I, p. 666,
Gafsa puissent, sans inconvénient, s’y précipiter la tête la première, du haut de la terrasse du Dar el-Bey, qui domine le Termil de plus de trente pieds. Un passage voûté fait communiquer ce bassin avec le Termil en-Nra qui porte aussi le nom d’Aïn Zagaïm ou d’Aïn er-Roumi !. Cette seconde piscine est beaucoup moins large et beaucoup moins profonde que l’autre. La muraille qui l'encadre au nord-est à été remaniée plusieurs fois *. Une inscription malheureusement très mal conservée nous apprend que Junius fils de Cneus fit construire de ses propres deniers ce « temple des eaux » de l’oasis ?,
Un passage d’El-Bekri fait supposer que l'enceinte de la grande mosquée contient également une piscine antique, plus considérable encore que celle dont nous venons de donner la description. « Dans l'enceinte de la mosquée Djami, dit le géographe arabe, est une grande fontaine dont le bassin, revêtu en pierre et de construction antique, a quarante brasses tant en longueur qu'en largeur #. »
Enfin sir Grenville Temple * et Pellissier 6 signalent une inscription mentionnant la construction d’une conduite d’eau aux frais du citoyen de la cité Caïus Calenius. Cet empressement des simples citoyens à doter leur cité dechâteaux d’eau et d’ouvrages hydrauliques, indique bien, dans un pays où les fondations publiques étaient ainsi offertes selon l'usage pour le bien du municipe ’, l'importance que les gens de Capsa attachaient à perfectionner leurs moyens d'alimentation en eau.
M. Doumet Adanson a reconnu d’ailleurs à l’est-nord-est de Gafsa, dans le sable du bled, un ensemble de huit puits,
1. Ce nom d’Aïn er-Roumi indique sans doute l’origine européenne des anciens constructeurs de la piscine, ancêtres des chrétiens.
2. 'Tissor, op. cil., II, p. 666-667. SazaDix, Mission Arch.en Tun., Arch. Miss. sc.et lit., XIII, p.101 (3%série).
« Sacrum aquai ». Tissor, p. 667; Corpus, VIII, n° 120. Tissor, 0p. cil., II, 667-668.
Sir GRENVILLE TEMPLE, Excursions in the Mediterranean, TX, p. 321. . PELLSSIER, R. d’Arch., 1847, p. 272, n° 4.
. Touran, Les cilés romaines, p. 162-164. Cacxar, La Tunisie à l'époque romaine, Tunisie au début du XX° siècle, p. 244.
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d’auges et de bassins circulaires ruinés paraissant destinés à fournir et à recueillir de l'eau puisée au moyen de norias : l'importance des fondations de cet établissement, des traces très nettes de chambres, des débris innombrables de poteries et de maçonneries, la nature sulfureuse de l’eau de ces puits, ont fait supposer à M. Doumet Adanson qu'il se trouvait en présence d'anciens thermes, même d'une « station balnéaire très fréquentée », reliée à Capsa par une voie bien entretenue !,
Des puits nombreux devaient achever d'assurer sinon l’approvisionnement publie de Gafsa en eau ?, du moins l’approvisionnement des maisons particulières. Nous serions fixés à ce sujet d'une manière certaine si la ville arabe n'avait couvert peu à peu complètement les débris de la cité romaine et surélevé le sol primitif ÿ.
L'amélioration du régime des eaux potables et de service domestique ne fut pas seule poursuivie à Capsa, sous la domination romaine : des constructions furent entreprises dans l'oasis, et le grand barrage de retenue et de distribution des eaux courantes de Chenini, en grand appareil, nous permet d'apprécier l’importance des ouvrages complémentaires d'irrigation aujourd'hui disparus ou remplacés par des travaux plus récents. Et, s’il est bien difficile de déterminer l'étendue exacte de l’oasis à cette époque, il est très légitime de la supposer plus étendue qu'elle ne l’est aujourd’hui : quel que soit en effet le sens précis de la description de l’oasis donnée par El-Bekri au x1° siècle, la prospérité et la superficie des jardins des « 200 ksours de Kafsa # » étaient la conséquence des travaux et des procédés agricoles de l’époque romaine, soigneusement entretenus et conservés. La surface occupée
1. Doumer ApaxsON, Rapport sur une mission scientifique dans le sud de la Tunisie, Arch. Miss. se. el litt., IST7, p. 363.