CHAPITRE II
Dès le début de l’occupation française, des travaux importants ont été entrepris pour protéger l’oasis contre l’envahissement des sables, régulariser le débit des sources et permettre ainsi de développer les cultures des jardins.
Il y a vingt ans déjà le commandant d'armes de Gafsa, s'inspirant du système de défense employé dans les Landes, fit élever, en avant de l’oasis, des talus de terre surmontés d'une palissade en branches de palmier. Le sable apporté par le vent s'amasse en avant de l'obstacle, ou, soulevé par le choc, vient frapper les branches des palmiers et retombe sans envahir les cultures situées en arrière et enfouir un à un les oliviers etles palmiers de l’oasis. Le même système complété par des plantations avancées et profondes de tamarins, a été employé jusqu à ces dernières années : plus de 1.200 Has de terrain ont été ainsi fixés autour de Gafsa et des oasis du Djerid et la barrière de sable a été arrêtée à une distance suffisante des palmeraies préservées !.
En même temps, à l’intérieur de l’oasis, les travaux de captage des sources ont été refaits avec soin; des sources nouvelles ont été captées et utilisées ?; des barrages ont été réparés ou
1. Canar et SaLanin, T'ouwr du Monde, 1886, IT, p. 198. — La Tunisie, p. 232-
2. Rapport au Président de la République, 1902, p. 125. — Statistique des lravaux publics, 1903, p. 28. — Aménagement des sources et piscines en 1899 (1.560 francs). Installation d’une borne-fontaine à Gafsa-gare en 1901. — Perluission à un propriétaire de capter une source située dans sa propriété, etc.
rétablis, notamment le barrage ancien de Chenini et le barrage de retenue de l’oued Lalla qui mesure 17 mètres de développement et dont le débit journalier est de 4.000 mètres cubes au minimum.
L'eau ainsi recueillie par des travaux d'aménagement est répartie dans l’oasis au moyen de canaux d'irrigation. Ces canaux sont généralement formés par les deux talus qui séparent deux jardins voisins l’un de l’autre ; des barrages très simp'es, en terre, graviers et bois de palmiers, sont établis de loin en loin et permettent d'arrêter l'eau courante, si le besoin s'en fait sentir, et de l’emmagasiner selon les besoins des riverains; l'eau pénètre dans le sol par infiltration, on peut la puiser en tout endroit pour l’arrosage des cultures et, de temps à autre, on inonde les rigoles creusées dans les jardins ou le terrain tout entier, en faisant une coupure à la digue?. Les cultures les plus variées prospèrent sur le sol sablonneux, détrempé par l’arrosage, reposant sur une couche argileuse qui empèche l’eau de se dérober à une trop grande profondeur?, et couvert de l’humus accumulé par une végétation séculaire : sous l'ombre des palmiers dont les palmes tamisent les rayons du soleil et les empêchent de brüler le sol et d'en absorber l'humidité, dans une atmosphère de serre chaude, les arbres fruitiers se pressent et protègent eux-mêmes des légumes de toutes sortes.
Le palmier croit facilement sur le terrain à sous-sol argileux de l’oasis de Gafsa où il se trouve véritablement « le pied dans l'eau »; et, s'il a moins « la tête dans le feu » que les palmiers du Djerid, il est sensiblement plus robuste et plus fécond que ceux du nord et de la région du Gabès. Les maraichers de Gafsa, comme ceux du Djerid, prennent le plus grand soin de leurs arbres; outre des arrosages ré-
1. Statistique des travaux publies, 1903, p. 42. — Ce barrage, complété par
une conduite maçonnée de 330 mètres, à coûté 10.000 francs. 2. Tirant et Resarez, Voyage en Tunisie, Tour du Monde, IST, p. 811. — CaGnar et SALADIN, 0p cil., p. 198.