‹ La Capsa Ancienne: La Gaesa ModerneChapitre 75 sur 153 · II. — Fileuse gafsienne · texte numérisé non relu

II. — Fileuse gafsienne

ments de première nécessité, qui sont vendus 28 à 30 francs: ils en fabriquent chaque année 6.000 environ représentant une valeur de 175.000 francs. Ils tissent également près de 6.000 haoulis, pièces d’étoffe que les indigènes s’enroulent autour du corps et qui constituent le seul vêtement des hommes et des femmes de la campagne; leur valeur totale est de 150.000 francs.

À Gafsa et surtout au Djerid sont fabriqués des haoulis, des haïks de laine plus fine ou mélangée de soie et des oussadas (coussins).

Dans tout le pays, on tisse également des étoffes de laine et de poil de chèvre et de chameau pour sacs à grains (ghara), couvertures (hamel), bandes de tissus noirs ou bruns de tentes (félis), besaces doubles de cavaliers ete. 1.

Mais la spécialité des gens de Gafsa est la fabrication des couvertures. Tandis que les couvertures de Tozeur sont légères et mélangées de soie, celles de Gafsa sont généralement tout en laine, lourdes ct très appréciées des indigènes. Leur originalité consiste dans les raies multicolores et surtout dans les dessins variés, croix, poissons, chameaux, hommes, qui les ornent. Soit scrupule religieux, soit naïveté artistique ou manque d’habileté professionnelle, ces dessins sont presque tous triangulaires ou rectangulaires : un chameau est représenté par deux triangles — un pour le corps, un pour la tête — soutenus par cinq barres rigides — les jambes et le cou —; un triangle forme également le bras replié d’un général qui salue militairement en portant la main à son bicorne. C’est le triomphe de la ligne droite et de la ligne brisée.

M. Fleury estimait en 1900 qu’il était fabriqué par an à Gafsa 1.500 frachs (grandes couvertures), 500 frachs moyens et 500 ferrachias (petites couvertures) représentant une valeur totale de 190.000 francs environ *.

1. Feury, op. cil., p. 16, 17, 28. Les haoulis mesurant 5 mètres >< 1", 50 et valent 24 à 30 francs.

2, FLEURY, 0p. cit, p. 13-15. Le frach de Gafsa, grande couverture capable de

Malgré la concurrence des couvertures et des burnous de Djerba, facilitée aujourd’hui par la voie ferrée, le nombre des articles fabriqués ne diminue pas : en baissant légèrement leurs prix, les tisserands gafsiens ont réussi à conserver dans le pays la préférence pour leurs produits moins luxueux et d'un usage plus courant. Ils les vendent facilement aux enchères sur la place du marché, au milieu des cris gutturaux et de la bousculade des acheteurs et des curieux. Ils en exportent mème une certaine quantité hors de Gafsa, particulièrement à Nefta et à El-Oudiane où l’on n’en fabrique pas !. |

Les gens de Gafsa et les Hammama fabriquent en outre, pour meubler et orner leurs maisons et leurs tentes, des tapis (ktifa) semblables À ceux de Kairouan et « analogues aux tapis français dits de la Savonnerie dans lesquels la laine, nouée sur chaque fil de la chaine, forme des boucles que l’on tond ensuite avec des ciseaux ».

Ces tapis valent, suivantleurs dimensions, 250 à 800 francs ?.

Enfin on fabrique à Gafsa une sorte de tapis en poil de chameau, très original et que l’on ne voit pas ailleurs : « C'estun tapis très épais et très lourd, très solide, inusable, au poil très long et très dur. Le dessin est rudimentaire, on peut même dire qu’il n'existe pas : quelques lignes noirâtres qui se détachent sur le fond d'un gris jaune, couleur du poil de chameau. Et ce tapis, très simple, est extrêmement artistique. Le poil n'est pas teint; on choisit de préférence des parties plus ou moins foncées, afin de donner le coloris au tapis: et cette

couvrir unlit entier, mesure de 750 X 2"25 (frach moyen) à 10 mètres X 5 mètres et coûte 99 à 110 francs pièce. La petite couverture (ferrachia) mesure 2025 XX 2"25 et vaut 30 à 40 francs. À Tozeur il faut à trois femmes 15 jours de travail environ pour tisser une couverture de 6 mètres carrés. Un article vendu au maximum 40 francs représente donc outre la laine filée (2 fr. 50 le kilogramme) 40 où 45 journées de travail. Les femmes salariées sont payées 0 fr. 80 par jour. BerrnoLon, Les industries indigènes, R. @.$S., 1806, p. 1100. — Braxe, loc. cil.

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