Rapport au Président de la République, 1904, p
Mrata, parait contenir 18 millions de tonnes environ de ce phosphate de la qualité supérieure. D’après les conditions de l’adjudication, les produits de ces gisements devront être exportés par le port de Sousse qui en est distant de 310 kilomèetres environ ; sur ce total il reste à construire 260 kilomètres de voie qui seront établis aux frais de l'État dans un délai maximum de einq ans; l'exploitation de la ligne sera concédée à la Compagnie Bône-Guelma dont le réseau comprend déjà la seclion de Sousse à Kairouan. Le prix des transports des phosphates sur cette ligne sera de 9°,05 par tonne.
« Le cahier des charges impose au concessionnaire d'exporter annuellement par la nouvelle voie ferrée un tonnage qui sera au minimum de 50.000 tonnes pour la première année, puis devra atteindre 250.000 tonnes à partir de la quatrième.
« La réunion entre les mains de la Compagnie des concessions d’Aïn Moularès et de Gafsa aura pour elle l'avantage d’éviter une concurrence qui aurait pu présenter quelque danger, car les mines de Moularès et de Redeyeff sont celles qui doivent fournir le phosphate le plus riche parmi tous les gisemenys actuellement connus dans l'Afrique du Nord. Le gisement de Moularès est d’ailleurs jusqu’à présent le seul dans cette région qui, comme ceux de la concession de Gafsa, donne un phosphate à faible teneur en carbonate de chaux, etilimportait de réserver à la Compagnie la spécialité de cette nature de produits qui est particulièrement apprécié des fabricants de superphosphate. La redevance à payer à l’État, 1,52 par tonne, permet en outre de compter sur une exploitation suffisamment rémunératrice, et les dépenses d'établissement se réduiront à celles nécessaires pour la mine elle-même et pour l'embarquement à Sousse.
« L'attribution à la compagnie du gisement d’Aïn Moularès doit enfin, à notre avis, avoir un heureux résultat au point de vue du marché des phosphates; on pouvait redouter que la mise en exploitation à brève échéance, de plusieurs mines nouvelles en Tunisie n’entrainât une surproduction qui eût
déprimé les cours. L'exploitation de Moularès notamment élait susceptible d'avoir à ce point de vue une influence prépondérante en fournissant à elle seule un tonnage élevé. La situation se trouve modifiée par le fait que cette mine a été concédée à notre compagnie qui en possède déjà d’autres en pleine production, tout en observant exactement les conditions de son cahier des charges, nous pourrons éviter de désorganiser le marché par un développement trop rapide; nous sommes convaincus néanmoins que grâce à l'accroissement constant de la consommation, nos nouvelles exploitations atteindront au bout de peu d'années un tonnage importantf. »
D'ailleurs une convention conclue le 20 mars 1906 entre le gouvernement tunisien et lacompagnie de Gafsa donne à celleci le droit de raccorder à ses frais la ligne de Metlaoui au Redeyeff par l’oued Tabeddid à la ligne de Sousse à l'henchir Souatir (embranchement de 20 km.) et d'extraire des gisements de la concession de Gafsa les tonnages de phosphates que la convention de 1905 l’obligeait à exporter d’Aïn Moularès, par la ligne de l'henchir Souatir à Sousse : cette nouvelle convention, en permettant à la compagnie de retarder la mise en exploitation de la concession d’Aïn Moularès et de concentrer sur un même point ses travaux d'extraction, rend sa position plus avantageuse encore, tout en réservant au chemin de fer et au port de Sousse le trafic que leur assurait la concession des gisements d’Aïn Moularès et du Dj. Mrata ?.
1. Rapports,ete., p. 8-10; 1906, p. 5, 9. La Compagnie compte extraire de ses gisements, en 1908, si elle se procure facilement la main-d'œuvre nécessaire, 900.000 tonnes de phosphate, dont 200.000 provenant du Redeyeff. — La consommation ne cesse de se développer, non seulement en Europe, mais en Amérique et au Japon.
?. Rapports, ete., 1909, p. 28 et 39. Cette convention prévoit que l'embranchement de loued Tabeddid à l'henchir Souatir pourrait être gratuitement repris par l'État Tunisien si celui-ci usait de son droit de rachat de la ligne de Sfax à Metlaoui (à partir de 1930); l'État pourrait de mème reprendre en 1956, à l'expiration de la concession de Gafsa, la partie de la ligne comprise entre Metlaoui et loued Tabeddid. En revanche la convention porte de 35.000 à 1.099 francs le chiffre de recette kilométrique à partir duquel la Compagnie devra doubler la voie de Sfax à Metlaoui.
Enfin la région comprise entre Gafsa et Gabès s'ouvre également à l’activité des colons. Il est question notamment d’exploiter des gisements de phosphates et de manganèse dans cette partie du sud de la Tunisie et le gouvernement de la Régence à inscrit au programme des grands travaux de 1906 un crédit de 5.000.000 de fr. pour l'établissement à Gabès d’un port en eau profonde qu'il n'hésiterait pas à construire en même temps qu'une ligne de chemin de fer, si de nouvelles exploitations minières pouvaient être concédées dans le pays.
Ainsi la prospérité industrielle de la région de Gafsa se trouve assurée pour de longues années : l'exploitation de g'isements du Seldja, celle, toute prochaine, des gisements du Redeyeff et d’Ain Moularès, assurent au pays l'exportation abondante de produits qui ne sont pas sujets à souffrir des varations climatiques; elles fournissent des salaires qui suffisent à la subsistance de toute une main-d'œuvre nouvelle et profitent dans une certaine mesure aux agriculteurs et aux marchands gafsiens, fournisseurs naturels des populations campées autour des mines.
Le chemin de fer de Sfax à Metlaoui, bientôt prolongé jusqu'au Redeyelf et à Tozeur, traverse le pays gafsien dans toute sa largeur. IL met la région en communication rapide avec la mer, procure à ses produits une voie de sortie sûre et peu coùteuse et rend facile sa pénétration économique. Dans un an, la ligne de Sousse à l'henchir Souatir et à l'Oued Tabeddid ouvrira dans les mêmes conditions le nord-est du pays gafsien au commerce, à l'industrie et à la colonisation et rattachera directement Gafsa à Kairouan, la ville sainte, et à Tunis la capitale de la Régence.
Non seulement les antiques cultures des oasis et les trou-