Shaw, Voyages
tourés de plantations, à Gourbata sur remplacement de TancienneThigès^ Cinquante ans plus tard Desfontainc mentionne plusieurs habitations, des palmiers et des olivettes à Sidi Aïch, mais il est frappé de la stérilité générale du pays jadis couvert de cultures : à peine indique-t-il dans le bled quelques gros oliviers sauvages et quelques cultures de céréales au bord des oueds 2. La description qu'il donne de l'oasis est presque d'hier : « Les jardins de Kafsa, écrit-il, sont plantés d'oliviers, de figuiers, de citronniers, de vignes, de dattiere, etc. On sème Torgc aux environs de la ville; et les champs ainsi que les jardins sont partagés en petits carrés qui communiquent avec des rigoles où Ton conduit les eaux de temps en temps, pour arrosor la terre. Sans ce secours elle deviendrait bientôt aride, parce que les chaleurs de ces climats sont très violentes, et que les pluies n'y tombent que fort rarement. J'ai vu de l'orge en épis vers le mois de janvier, et on en fait souvent la récolte dans le mois de mars. L'huile de Kafsa passe pour la meilleure de toute la Berberie; elle est néanmoins d'une qualité bien inférieure à celle d'Aix. Le pays serait riche si les habitants savaient tirer parti de leur sol. Je suis assuré que la cullure du café, de l'indigo, de la canne à sucre y réussirait ; les plantations de dattiers et d'oliviers, ainsi que les champs ensemencés , ne s'étendent guère "qu'à une lieue de longueur sur une demilieue de large^. Les lieux que l'on ne peut arroser ainsi que les montagnes sont arides et stériles; on n'y trouve que quelques arbrisseaux qui seuls peuvent résister à l'ardeur du soleil. Le comuierce de Kafsa consiste principalement en laines, en barracans, huile, olives, grenades, en dattes beaucoup moins estimées que celles du Djerid. Le peuple y est dans la misère parce qu'il est très paresseux et que la régence de Tunis sait bien le dépouiller du superflu '•. »
L ^11 Aw, p. 270-272.
i, r»KsniMAiNE, Voyage daru la Régence de Tunvi, p. 01-07.
;L C'iîsl'i-dire 8(J(J hectarosjXXJ liectarescio moins qu'aujourd'hui (I78M7i^»).
i tîËSin^TAlNE, p. 0(i-07.
HISTOIRE ECONOmQUK. h:\
Cette situation très précaire, puisque à celte époque eni783- 1786 la superficie de Foasis était de M % moins considérable qu'aujourd'hui*, ne s'améliora pas pendant la première moitié du XI3L** siècle. En 1835, toute trace des villages de Gourbatan — et probablement de Sidi Aïch — avait disparu 2; le montant des contributions levées à Kafsa et au Djerid était inférieur aux dépenses organisées par le camp turc ; et les voyageurs, le consul Marceschau (en 1826) et sir William Temple (en 1835), parlent à peine des jardins de Kafsa et paraissent surtout avoir été intéressés par les manufactures de laine où se fabriquaient de très beaux bataniés, légers et souples, et des barracans aux vives couleurs -^
Il ne restait plus rien de l'antique prospérité agricole du pays : le bled livré aux pasteurs nomades et aux troupeaux était peu à peu redevenu terrain de parcours; l'incurie des hommes avait substitué le pacage dévastateur aux cultures bienfaisantes ; abandonnés les uns après les autres, les ouvrages hydrauliques avaient définitivement cessé d'exercer leur action de protection et de fournir des réserves d'eau : l'eau des orages, roulant des crêtes sans retenue et sans obstacle, avait achevé de dépouiller les plaines où les maigres pâturages de retem et les touffes sauvages d'alfa remplacèrent les riches plantations d'arbres fruitiers. Comme au temps de Marius, Kafsa fut entourée de vastes steppes, de parcours nomades.