Résumé historique des opérations
3. Mémoire abrégé du général Duhesme, présenté le 4 août 1810, Arch. G. (28 juillet 1810). Fait caractéristique, Duhesme adopte dans ce travail une division en trois périodes chronologiques, fondées seulement sur les changements survenus dans l'administration de son armée, au lieu de faire reposer ses divisions sur les grands faits de l'histoire de son gouvernement, c'est-à-dire la mise en état de siège et le serment imposé aux autorités
espagnoles. Cf. Duhesme au comte d'Ezpeleta, Barcelone, 42 juillet 1808, Arch. G. : « La subsistance de mon armée... est la première loi. »
riales à Barcelone, c’étaient en partie des circonstances locales, mais surtout la presque totale insuffisance des moyens fournis par l'Empereur à son petit corps d'armée. On ne pouvait plus espérer recevoir en numéraire les fonds pour la solde. Non seulement il n'y avait point d'argent, mais même il n’y avait point de crédits assignés pour organiser les services de l'artillerie, du génie, des hôpitaux militaires, pour les dépenses secrètes, elc.; et on ne pouvait plus se passer de tout cela dès qu’on occupait une place et qu’on était en état de guerre. Où trouverait-on les grosses sommes nécessaires pour la solde, pour les services divers de l’armée, pour l’espionnage, pour les courriers? Napoléon n'avait point fourni de moyens de transport; en cas d'expédition, comment se les procurerait-on? Il fallait surtout pouvoir assurer de façon régulière la subsistance des troupes sans toucher au grain et au biscuit envoyés par l'Empereur pour les forts, car c'était là une ressource suprême en cas de situation très grave ; les autorités espagnoles, conformément aux ordres venus de Madrid, avaient fourni depuis février les rations quotidiennes des soldats impériaux; pour cela, le capitainegénéral et l’'intendant avaient épuisé les ressources des caisses locales et avaient eu déjà recours aux expédients. Pourraient-ils et voudraient-ils continuer à nourrir les troupesfrançaises dans les mêmes conditions? Enfin la population entière de Barcelone était mal disposée, toute prête à s'entendre avec les insurgés du dehors. Comment la surveiller et la contenir, sans une police régulière et dévouée"?
1. Sur cette situation et ces besoins des troupes françaises, Voir Surtout : Duhesme à Berthier, Barcelone, der, 6, 11, 24 juin 1808, Arch. G.; Duhesme à Murat, Barcelone, 3 juin 1808, tbid.; cf. Rapport sur les finances de la province de Catalogne à l’époque du 22 septembre 1808 (du commissaire faisant fonctions d'ordonnateur Augier), Arch. G. (22 septembre 1808); Résumé historique des opérations (et plus particulièrement le Tableau approximatif et raisonné des finances, ressources et dépenses, qui est à la fin) ; Laffaille, Mémoires sur la campagne du corps d'armée des Pyrénées-Orientales, p. 133-136.
Pour satisfaire à toutes les nécessités pressantes, qui apparaissaient dès les premiers temps de linsurrection, le chef des troupes impériales à Barcelone ne pouvait réellement compter que sur les ressources locales en argent, en vivres et en hommes. Il était donc obligé de tirer tout le possible de la ville occupée. Pour cela deux méthodes s’offraient : ou bien s’en remettre à l’imtiative, à l’activité, au zèle très problématiques des autorités espagnoles déjà en fonctions, et escompter le bon rendement des inslitutions existantes; où bien agir en maître, se substituer aux hauts fonctionnaires indécis ou impuissants, et créer au besoin de nouveaux organismes. Il y avait à opter entre la manière douce et la manière forte. Si la première restait inefficace, 1! fallait adopter la seconde : le salut de la place et des troupes en dépendait.
Le gouvernement français en Catalogne ne procéda donc ni de l'Empereur ni du roi Joseph, mais des seules circonstances ; ilne se constitua d’ailleurs que peu à peu et sous la pression des événements.
Fort occupé par les affaires proprement militaires, manquant des auxiliaires les plus indispensables pour laider dans une besogne d'administrateur, craignant dailleurs d'augmenter lirritation des habitants, déjà si mal disposés, ‘par un changement dans le personnel, Duhesme préféra d’abord laisser au capitaine-général, comte d’'Ezpeleta, Fexercice du gouvernement civil, et à l’'intendant Blas d’Azanza le soin de fournir les rations des troupes et de trouver les ressources nécessaires à cet effet'. Ces deux bauts fonctionnaires n'avaient pont des tempéraments
4. Résumé historique des opérations politiques et militaires du général Duhcesme, Arch. G: (première quinzaine de mars 4809).
d'insurgés; et ni lun ni l'autre ne semblent avoir songé à contrecarrer de parti pris les desseins des Français. Mais l’intendant « se disait sans argent et sans crédit! »; le capitaine-général avait la terreur des responsabilités *, Ce dernier, dès le début de l'insurrection, désirait être déchargé du commandement, « parce qu'il pensait que, dans les circonstances présentes, la Catalogne devait être mise en état de guerre ».
Il en parla à Duhesme, qui lui demanda de garder ses fonctions : « Je lui ai dit qu’il devait attendre des ordres et continuer le gouvernement au moins civil, que je me chargeais de toutes les grandes circonstances, où il faudrait prendre un parti... Cela ferait un très mauvais effet, s’il se retirait; c’est un brave homme, mais tout le monde a la terreur dans l’âme et est dans l’indécision. » Duhesme pensait donc alors que le mieux était de maintenir les autorités espagnoles, pourvu qu’elles fussent tenues de « déférer à ses avis * ». Et huit jours après, il se contentait encore, comme on l'a vu, de demander qu'un arrêté lui « transférât une autorité supérieure *. » Il tenait encore. sans doute à n'intervenir que dans les « grandes circonstances »; mais il désirait avoir le droit formel de commander, signe certain qu'il ne comptait plus tout à fait autant sur les résultats d’une simple collaboration. Ë
Le capitaine-général, maintenu en fonctions contre son désir, l'intendant à bout d’expédients imaginèrent alors, pour se décharger d’une partie de leur responsabilité, de former une junte où ils appelèrent les autorités en résidence dans la ville, c’est-à-dire lesmembres de FAudience et ceux de l'Ayuntamiento, parfois aussi des représentants
1. Laffaille, p. 134; cf. Duhesme à Berthier, Barcelone, 11 juin 1808, Arch. CG.