Résumé historique des opérations ; ef. Laffaille, p
4. Résumé historique des opérations (Arch. G., première quinzaine de mars 4809): Résumé des opérations militaires. déc. 1808, Arch: "nat; AFiv 4621 ; Rapport de Lechi sur la situation de Barcelone, 12 juillel 1808. Mrch. G.: cf. Blanch, Hisloria de la çuerra de la Independencia en el anliquo principado, L. Le, p. 163.
5. Ferrer, Barcel. caut., &. ler, p. 235 (texte de la lettre en note). Le marquis de Villel alla siéger à la junte centrale de régence comme représen-
tant de la Catalogne ; voir la liste des membres de la junte, dans Oman, A hislory of the peninsular war, t. Le, p. 630-651.
pale ne craignaient point, quand l’occasion s’en offrait à eux, de protester contre les procédés des Français, peu en harmonie, faisaient-ils remarquer, avec la promesse de Napoléon qu’on ne toucherait point aux « privilèges, coutumes et fueros des peuples et provinces d'Espagne * ».
Ainsi, au moment où Duhesme s’éloignait pour la seconde expédition de Girone (15 juillet 1808), il avait déjà donné souvent des avis, des conseils qui ressemblaient fort à des ordres ; il avait usé, à plusieurs reprises, des procédés d’intimidation vis-à-vis des autorités espagnoles; mais il avait essayé de sauvegarder les apparences aux yeux du publie et de ménager, dans la restreinte mesure du possible, l'amour-propre du formaliste comte d’Ezpeleta; quand il avait eu à prendre des mesures d'ordre gouvernemental, il avait tantôt invité Ezpeleta à signer des édits, tantôt publié de simples « ordres du jour » ; il n’avait pas toujours imposé entièrement sa manière de voir, et avait consenti à des transactions; il avait beaucoup menacé, mais en somme peu réprimé ; enfin il ne s'était mêlé de l'administration locale: que pour obtenir de l'argent et des vivres, sans s’occuper lui-mème, sauf d’une manière très imprécise, des « voies et moyens » pour les trouver. Il s'était conduit en soldat exigeant, point en dictateur. Mais aussi n’avait-il obtenu que des demi-résultats, et il ne le cachait pointen écrivant à Berthier de son camp sous Girone : « Ma position sera aussi très difficile à Barcelone où je n’aurai ni grain, ni argent, ni viande et un peuple à contenir, que le besoin mettra au désespoir”. » Le général n'avait trouvé en somme, dans les hautes autorités espagnoles, ni un esprit d'opposition décidée, ni l'énergie patriotique que manifes-
1. L'Ayuntamiento à l'Audience royale, Barcelone, 7 et 8 juillet 1808 (à propos des projets de Duhesme pour là réorganisation de la police), Arch. mun. Barcel., Representaciones, 1808 ; le mème à Ezpeleta, 15 et 21 juillet 1808. ibid. ; ete.
2. Duhesme à Berthier, camp sous Girone, 42 août 1808, Arch. G.
taient en ce moment la plupart des Catalans *. Mais il n'avait guère constaté non plus le zèle, le bon vouloir, le désir de mériter les faveurs du nouveau roi. Il s'était heurté à l’indécision, à la lenteur, à la peur des responsabilités et à la force d'inertie des gens en place; les insti- tutions existantes mêmes ne lui avaient point offert de ressource. Tout l’acculait à la nécessité pénible de la dictature.
Resté seul à Barcelone avec le titre de commandant supérieur de la ville et des forts, Lechi ne craignit pas d'adopter immédiatement la politique dictatoriale et de pratiquer la méthode recommandée par l'Empereur ‘un mois auparavant. Ce général semble avoir eu l’absence de serupules moraux ou légaux, l'indifférence sur le choix des movens, l’avidité, la soif de jouissances, le goût de la froide cruauté des chefs de bande de Ftalie de la Renaissance ?. Sa situation était difficile. Duhesme lui confiait la place pour un temps indéterminé et lui laissait tout au
1. Ferrer, Barcel. caut., t. Ier, p. 212, exprime au fond la même idée quand il remarque qu'Ezpeleta et l'Audience cherchent à apaiser les hôtes de la ville, et à empêcher le peuple de provoquer des rigueurs par ses imprudences. Plus loin, t. ler, p. 264, Ezpeleta est qualifié d’ « ange de la paix ».
2. Sur Lechi, Petit dictionnaire des hommes qui ont figuré en Catalogne depuis le mois de février 1808, Arch. nat., F*6352 : «objet éternel de haine et de mépris pour la Catalogne et l'armée... ce monstre... »; Renseignements sur Barcelone, Arch. nat., F16554 : « Cetofficier, issu d'une maison illustre d'Italie, cache sous des traits et des formes agréables le cœur le plus corrompu, l'âme la plus mercenaire... ». Les faits recueillis en 1810 par la Commission administrative, faits dont nous parlerons plus loin, et plus particulièrement les renseignements relatifs à l'affaire Canton, confirment ce jugement. Voir surtout le Compte-rendu par Pelletier, secrétaire de la Commission administrative, Arch. G. (14 février 1811) ; cf. Clarke à l'Empereur, 20 mai 1809, Arch. nat., AFrv 1621, etc. Carrion-Nisas écrit à Clarke, Girone, 30 juillet4810, Arch. nat., AF1v 1625 : « Le cri qui s'élève contre le général Lechi est universel et terrible; toutes les bouches s'ouvrent pour l'accuser, pas une pour le défendre, ni dans le pays ni dans l'armée... »
plus 4 000 hommes pour garder plusieurs kilomètres de remparts et deux grands forts et pour contenir une cité populeuse. Duhesme ayant dû emporter avec lui une grande partie des vivres disponibles, les approvisionnements étaient tout à fait insuffisants ; et. presque immédiatement après le départ de la division française, le fournisseur, vis-d-vis de qui la junte était de plus en plus arriérée, cessait ses livraisons. On commençait à peine les visites domiciliaires pour découvrir les armes cachées, et la populace était frémissante. Le mouvement d’émigration s’accentuail, et notamment Don Pablo de Sichar, évèque désigné de Barcelone, s’enfuyait à Majorque le 30 juillet ‘. Le bruit courait dans la ville que les Français
allaient établir la conscription * ; l'Ayuntamiento, sommé
de donner des garanties formelles sur la conduite des habitants en cas d’alarme, se refusait à le faire *. Enfin la junte, au lieu de trouver les moyens propres à régler l’arriéré du fournisseur des vivres, temporisait toujours, nommait des commissions et n’aboutissait point. Le capitaine-général, plutôt sans doute par scrupules de forme et de légalité que par véritable malveillance, « traversait » toutes les « demandes pour les troupes et les hôpitaux * ».
Lechi était au fond fort inquiet? ; mais il sut ne point + 1. Duhesme à Berthier, camp devant Girone, 3 août 180$, Arch. G.; Mémoire abrégé du général Duhesme, ibid. (28 juillet 14810): Ferrer, Barcel. caut., L. Le, p. 209-210, 268; Rapport de la division italienne du 45 juillet au 20 août 4808 (de Lechi), Barcelone, 21 août 1808, Arch. nat,., AFiv 1621 (curieusement emphatique, apologétique, peut-êtré peu véridique, au moins par omission. Nous en citons néanmoins de longs frag- ‘ments, moins à titre de document sur les faits que de document sur l'auteur). : è 2. Ferrer, Barcel. caut., t. Ier, p. 251 ; avis à ce sujet dans le Diario de Barcelona du 19 juillet 1808. Cf. Chapitre If, section 1v. 3. Lechi à Ezpeleta, Barcelone, 22 juillet 1808, Arch. mun. Barcel., of. recib., 1808 ; Ezpeleta à l’Ayuntamiento, même jour et date, ibid. 4. Procès-verbaux de la junte en juillet-août 1808, séances des 19 et 29 juillet, Arch. mun. Barcel., of. recib., 41808 ; Rapport de la division italienne du 15 juillet au 20 août 1808.
5. Duhesme à Berthier, camp devant Girone, 3 août 1808, Arch. G.
le montrer et se tira d'affaire en inspirant aux Barcelonais une véritable terreur, qui en vint, paraît-il, à leur faire désirer le prompt retour de Duhesme *. « Mon premier soin », écrivait le général, « fut de déployer une fermeté résolue et de régler un service multiplié par une activité infatigable, et de faire connaître ma résolution de périr plutôt que de céder ; mais de périr avec une vengeance fatale à la ville et aux habitants *?. » C’est ce qu’un compatriote de Lechi appelait, huit ans après, imprimer « à toutes les branches du service de l’armée cette activité qui entraîna l'oppression des Espagnols et le salut de l’'armée*». Duhesme s’applaudit plus tard d’avoir laissé à Barcelone ce général « dont la vigueur y était essentielle ». Mais Lechi devint « l'horreur du peuple catalan, au point qu’on menace de son nom les petits enfants »; et depuis ce temps, nous dit Laffaille, il évita très soigneusement toute occasion de tomber aux mains des Espagnols".
Afin d'assurer le désarmement total des habitants, les visites domiciliaires et perquisitions furent continuées avec persévérance, non sans beaucoup de vexations, d'abus et de friponneries*. Pour empêcher l’émigration, on eut recours à des arrestations préventives, et, pour la châtier, on prit quelques mesures préparatoires à la confiscation des biens des absents". La police, grâce au nou-
1. Laffaille, Mémoires sur la campagne du corps d'armée des Pyrénées- Orientales, p. 118.