‹ La captivité de BarceloneChapitre 82 sur 181 · Résumé historique des opérations · texte numérisé non relu

Résumé historique des opérations

et de Lechi, mais encore comme un véritable criminel de droit commun. y. | Saint-Cyr n’avait pu prévoir toutes les conséquences de son intervention. En réalité, on était maintenant réduit à ne plus se servir que des hommes qui, dès le début, s’étaient prononcés pour les Français, que ce fussent des -«< philosophes », des « révolutionnaires », ou simplement des intrigants, des ambitieux ou des faméliques. On ne pouvait plus compter, pour recruter le personnel des administrations et pour servir d’auxiliaires au gouvernement dans les hauts emplois, que sur les personnes dont la hâtive adhésion aux « intrus » avait fait scandale, les Casanova, les Medinabeytia, les Uranx d’Amelin ou les Ferrater du on se condamnait à recourir sans cesse aux Français plus ou moins « marrons » en résidence à Barcelone, gens généralement méprisés pour lirrégularité de leur vie, leur basse extraction ou leur pauvreté?, Ce n'était pas là le moyen de gagner l'opinion publique : et, si le serment assurait des fonctionnaires dévoués à la cause française, il était fait aussi, par ses conséquences immédiates, pour éloigner plus encore la majorité des Catalans de toute adhésion à la monarchie de Joseph-Napoléon,

VIIT

Dès le, 14 avril, Duhesme se retrouvait chef du gouvernement par suite du départ de Gouvion-Saint-Cyr. Au

À. On verra plus loin le récit de l'affaire Canton et l'étude du rôle de la police, qui justifieront cette assertion.

2. « Français depuis qu'ils trouvent de l'avantage à en prendre la qualité », dit l'agent Blondel après avoir indiqué ce que sont les Français qui servent dans les administrations de Duhesme, réfractaires, faillis, repris de justice, contrebandiers, ou vivant de « ces arts mécaniques qui n’exigent que le talent des mains ». Rapport sur Barcelone au 15 décembre 1809, Arch. des Aff. Étr., Mém. et Doc., Esp., vol. 210, fe: 305-316 ; cf. Augereau à Clarke, Girone, 27 avril 4810, Arch. nat., AFrv 1625.

mois de juin, il fut même délivré du contrôle de lordonnateur du 7° corps, celui-ci ayant profité d'un rétablissement momentané des communications pour aller rejoindre le colonel-général, et le commissaire Augier reprit la direction de l’administration militaire et le rôle de directeur de la partie financière ‘. La division Lechi étant partie avec Saint-Cyr, ce fut le général Chabran qui devint commandant de la ville?. Ce dernier vécut fort retiré et ne joua qu’un rôle insignifiant, à la différence de son prédécesseur*.

La ville ne fut plus menacée très sérieusement par l'ennemi extérieur, qui se contenta généralement de la surveiller de loin ; et le plus souvent les miquelets ou les « brigands » se bornèrent à rôder aux environs de Barcelone, armés seulement de poignards et de pistolets, pour tâcher de faire main-basse sur les soldats isolés, pendant que quelques partis tentaient, par leurs menaces aux habitants de la banlieue, d’affamer la ville ou essayaient de la priver d’eau. Pourtant quelques villages des environs obéissaient maintenant, au moins dans une certaine mesure, à l'autorité française. Mais le général continuait à appréhender la disette, en dépit du grand convoi de grains qu'il avait reçu et des razzias qu'il faisait aux environs ; et la découverte d’une vaste conspiration à la fin de mai 1809 ne lui permettait pas de s’abuser sur le calme apparent de la population. Aussi continua-t-il à tout subordonner au

4. Duhesme à Ciarke, Barcelone, 4 septembre 1809, Arch. nat., AFrv 1695 : Tableau approximatif et raisonné des finances, annexé au Résumé historique des opérations ; Tableau des contributions levées par ordre du général Duhesme, Arch. G., 28 juillet 1810. Gouvion-Saint-Cyr avait envoyé ses malades à Barcelone, du 11 au 13 juin 1809; Clarke à l'Empereur, 29 juin 1809, AFrv 4618.

2. Le chef d'état-major Rey à Berthier, Barcelone, 14 avril 4809, Arch. G.; Clarke à l'Empereur, 11 mai 1809, Arch. nat. AFrv 4618.

+ 3. « Les Barcelonais paraissent l’avoir totalement oublié », dit l’auteur (Lautrec) du Petit dictionnaire des hommes qui ont figuré en Catalogne, Arch. nat., F6352; Compte-rendu par l’adjudant-commandant Carrion- Nisas, AFrv 1625. S

même genre de préoccupations : son but principal resta de tirer de l’argent de la ville, des vivres de la banlieue, et de surveiller de près les habitants .

Duhesme jouait maintenant le rôle de capitaine-général et cela, paraît-il, l’occupait beaucoup : « Il fut obligé de se charger de tout le fardeau du gouvernement; tout pesa sur lui, finances, affaires politiques et militaires. La place de capitaine-généralse trouvait d’ailleurs investie de grands pouvoirs par l’ancien ordre de choses espagnol: et, en cette qualité, le général Duhesme donna, suivant les formules

espagnoles, les brevets de toutes les places auxquelles lui et le général Saint-Cyr avaient nommé ?. » Les arrêtés pris par le commandant en chef, toujours contresignés par Guinard, devenu « secrétaire général du gouvernement », furent transcrits à partir d'août sur les registres de l’'Audience *. Enfin Duhesme avait pris la place de Vilalba comme président de la junte ; celle-ci comprenait maintenant l’intendant, le commissaire général de police, les magistrats de la nouvelle Audience, les nouveaux régidors et quelques négociants dévoués. « Cette junte administre comme toutes les juntes. On y parle beaucoup, on y discute beaucoup sur les attributions et le degré d'autorité de chacun, et hors de là chacun cherche à entraîner à son avis le général français qui fait la loi, sans

1. Pour tout ceci, Duhesme à Berthier, Barcelone, 19 sept. 1809 (la lettre arriva à Schœnbrunn le 48 octobre), Arch. nat., AFrv 1621; Duhesme à Clarke, Barcelone, 4 septembre 1809, AF1v 4625. Duhesme revient sur les mêmes faits dans une lettre à Berthier, Barcelone, 14 novembre 1809, Arch. nat., AFiv 1625. Il y constate qu'une dizaine de villages sont « apprivoisés ». Voir encore Duhesme à Clarke, Barcelone, der décembre 1809, Arch. Nat., AFrv 1621.

2. Résumé historique des opérations (Arch. G., première quinzaine de mars 1809).

3. Jusque-là on se contenta de les transerire sur les registres de la junte (que nous n'avons pas, mais la formule d'enregistrement figure au Diario à la suite des arrêtés ; nes du 26 juin, du 2 juillet, du 4 août, etc.) Le premier arrêté au bas duquel figure la formule d'enregistrement de l’Audience est celui du 148 août, dans le Diario du 23 : cf. arrêté du 12 octobre, dans le Diario du 24, etc.

s’embarrasser de tromper sa religion, toutes les fois que l'intérêt y sollicite ‘. » sa

Bref, à partir d'avril 1809, Duhesme, par son attitude extérieure, se posa en représentant du roi d'Espagne ; mais il redevint en fait ce qu’il avait été de septembre à décembre 1808, le véritable souverain de Barcelone. Il continua à user de son autorité à peu près de la même façon que la première fois, toujours dans un intérêt immédiat, sans souci de rien préparer ou de rien transformer pour des raisons générales ou abstraites. Les tribunaux pouvaient juger comme ils le voulaient, condamner ou acquitter, laisser traîner les procès s’ils en avaient ou ne pas juger du tout * : peu importait, puisque les délits ou crimes qui portaient atteinte à l’ordre public passaient devant des commissions militaires. La municipalité pouvait gérer à sa guise les moulins de la ville“: peu importait, pourvu que le peuple fût tranquille. Une mesure financière était bonne, quand elle assurait de l'argent ; un arrêté politique valait par son effet sur la tranquillité de la ville *. Tout restait subordonné aux intérêts de l’armée et à la sûreté de la place, et à peine peut-on citer un ou deux arrêtés qui, en bonne analyse, ne soient pas inspirés par eux°. « Sans doute, il en coûtait au général comman-

1. Rapport sur Barcelone au 15 décembre 1809, Arch. des Aff. Étr., Mém. et Doc., Esp., vol. 240, fos 305-316.

2. D’après Ferrer, t. IV, p. #1, en juillet l'Audience a « peu ou rien à faire ». Le Rapport sur Barcelone au 15 décembre 1809 fait la mème constatation.

3. Les arrêts des commissions militaires pour es faits de complot, embauchage, vol à main armée, brigandage, etc., sont insérés dans le Diario de Barcelona, nes des 22 avril, 4, 23 et 29 mai, 4 juin, 2 et 12 août, 16 et 25 octobre, etc. .

4. Dans le Compte-rendu par Pelletier (Arch. G., 14 février 1811), celuici montre que la Commission administrative constata une absence totale de surveillance sur la gestion financière de la municipalité.

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