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M. MAHIECX AD BAL DE L'OPÉRA

Le roi y était; le roi, sa famille, des princes, des ministres, des

célébrités russes, anglaises, françaises, à n'en plus finir coup-d'œil

somptueux , ravissant, éblouissant! — Des lumières, des lustres, des feux partout. — L'or et la soie, les fleurs et puis les sons précipités, joyeux de la musique , électrisant les danseurs, enivrant les danseuses,

— les danseuses dont le cou brille de sueur et de diamans , dont le

sein bondit de désirs, dont l'œil noir luit de volupté, , les danseuses

avec des fleurs sur leurs têtes, des fleurs à leur coté blanches

comme leurs robes , fraîches comme leurs bouquets ! Oh ! quel bal !

quelle cohue ! quelle richesse! — ■

Avez-vous pu — bravant coups de pieds, de coudes, de ventre, de dos, affrontant liquides, punchs, glaces, sorbets suspendus sur vos têtes comme jadis l'épée de Damoclès — avez-vous pu vous glisser jusque dans l'intérieur de la salle? — Oh alors, vous avez dû rire et rire aux larmes, car les dames riaient, le roi, tout le monde.

C'était lui, c'était M. Mahieux

Oh! grand petit être!— ô juron fait Christ ! d génie tricorne comme le chapeau de l'homme à la tablature, sublime comme le Coran de Mahomet! — Nul ne t'a compris, — nul ne s'est inspiré à ton âme ,

— car ton âme c'est la poésie — et qu'ils sont prosaïques les malheureux! — Ils t'ont donné des formes vulgaires, ils t'ont vêtu de haillons, ils t'ont fait laid, ignoble, repoussant, stupide, quesais-ie?

Ils t'ont rapetissé, raccourci, mutilé à leur taille, toi géant d'intelligence et de progrès ! — Les profanes ! — Oh ! s'ils t'avaient vu ! —

Tu faisais les délices de cette belle fête nationale! en gants blanc? culottes blanches, bas de soie blancs, gilet blanc, habit "de drap vert pomme doublé de soie, doublé de velours — et puis un claque à plu-

ches, et puis des breloques, des chaînes, des lorgnons et puis, et puis

Tu jures, mais quel parfum! tu pousses, tu renverses, tu sautes, tu déchires, tu mords, tu cries, tu ris, tu bondis — mais que de Prà'ce ! que de pétulance! que de gaité!

.... Dieu de Dieu, baron, quel panorama dehouris! ô vingt dieu, baron, je les adore, je les adore toutes.... Dieu! la belle brune! Oh ' quelle blonde! Elles me usent bon Dieu!!! Oh vin<n dieu!...

Un bond , deux bonds, une suite non interrompue de bonds.

(J oix de femmes ensemble et séparément) : Quelle horreur ! on déchire ma robe... —on m'écrase les pieds... —on me mord les jambes... — aïe ! aïe ! aïe le mollet ! —

M. PrudJwmme à ses voisins : D'où peut venir cette émeute populaire; messtcurs, je vous prends à témoin... je proteste contre toute insurrection pacifique ou non qui aurait pour but la violation de la monarchie et de la brave garde municipale.

Un militaire à M. Mahieux : Corbleu, méchant bossu, finirez -vous de sautiller?

— Dieu de Dieu! on a dit bossu ! — qu'est-ce qu'a dit bossu ! — bossu . — bossu vous-même , militaire ; vous êtes un inconvenant ! —

Eclats de rire : ah ! ab ! ah! oh! oh, oh! hi.

Je veux réparation d'honneur, je l'aurai bon dieu! Le militaire hausse les épaules, Mahieux se pend à son bras gauche, il mord ses cuisses. — Le militaire fait un brusque mouvement et lance M Mahieux sur un garçon chargé d'un plateaux de punch, de glaces, de sorbets. Le garçon chancelé , le plateau tombe sur Mahieux."— Ahie ' ahie! j'ai une glace dans la poitrine, ouf! j'ai un punch dans le dos '

On vinert rlien I i*ni .-. .-■ ^ U~ • J 1 . .

oh

! jai

une bavaroise dans mon claque Aïe '

... . y ,■ , -»Hi«: aie: aie: mi-

litaire bon dieu! votre procédé est indélicat, on ne lance pas un galant homme comme une balle, sans le prévenir, vin.^t dieu?

...... (S'inclinant avec grâce.) Scrai-je assez heureux belle dame

pour être votre cavalier à la suivante. - (La demoiselle en se mordant les lèvres) : Avec plaisir, monsieur! - Votre toilette est délicieuse, je suis passionné pour vos rubans. — (En avant deux la chaîne des dames.) Oh vingt dieu ! ce devrai, être la chaîne de toute a vie. -Vous êtes galant monsieur. C'est vrai belle dame! pour la galanterie a nature ne m'a pas tourné le dos, je suis son enfant gâte, moi! j idolâtre les dames, vrai Dieu! -(Il se hisse de volupté

sur la pointe des pieds, et va presqu'à l'épaule de sa danseuse.) Tiens ce gros député qui danse, oh! la bonne charge; délicieuse vingt dieu ! je l'ai vu sauter pour l'ex-roi, le voilà qui saute pour les pauvres; toujours sauteur, bon dieu! — Que vous êtes méchant M. Mahieux. — Vous trouvez belle dame, oh j'adore l'épigramme! adorez-vous l'épigramme, vous ?... Dieu de dieu ! je vois le prince ! je vois les basques de son habit! bon dieu! ce grand diable de commissaire me cache son buste! je vois ses jambes vingt dieu ! elles sont un peu courtes, c'est égal , c'est un bien bel homme ! — Mahieux se penche de tous cotés , prend toutes les poses dans sa pétulance enfantine, et se marche sur la main gauche, il pousse un cri , s'agite, se débat cl se marche sur la droite... Aïe! aïe! aïe! on me foule! — Mouvement, agitation universelle...

M. Prudhomme à ses voisins. — Il paraîtrait que toutes les laves du volcan carliste ne sont point encore éteintes. Mais monsieur, je réitère mes protestations...

Sortie de l'Opéra. — John , mè càleeh. — L'équipage de M. le

comte ! — Voilà une voiture messieurs. — Demandez une voiture.

Mahieux sautillant , grelottant : Cocher ! cocher ! — Voilà monsieur.

— Mène-moi rue de Clichj, cocher! mène-moi rondement bon dieu ! je te donne 35 sous! — ■ Mais monsieur c'est une course de nuit. — C'est égal bon dieu , je ne marchande pas , va , j'ai le moyen , je ne me dédirai pas : 35 sous! — Mais monsieur il me faut 3 francs. — (5'elançanthors delà portière:) 3 francs!!! cocher, tu abuses de ma position, je te signalerai à la police vingt dieu ! — Mais monsieur...

— Pendant cette discussion , un monsieur et une dame entrent dans le fiacre, le cocher fouette et Mahieux reste sur le pavé. — Des voitures se croisent, s'entrecroisent... Cocher ! cocher! — Monsieur c'est pris. ■ — 'Monsieur c'est un équipage bourgeois. — Oh vingt dieu! dieu de dieu! bon dieu! — Un laquais impatienté des cris et du bruit que

fait Mahieux : mais aura-t-il bientôt fini le bossu? Attends crapaud manqué, je vais te placer. Il saisit Mahieux par son infirmité, et d'un tour de main le pose sur l'impériale d'un coupé qui part au grand trot... Mahieux pousse des cris de détresse, des cris lugubres, les chevaux n'en galoppent que plus vite... Au bout de vingt minutes, à cinq heures du matin , la voiture s'arrête dans une rue située près de la barrière d'Enfer.

Alfred Coudretjx.

Imitâmes

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