LA PREMIERE CHARGE
Laborieux par boutade et trop insouciant poui* vouloir acheter un bien-être à venir par une servitude présenle, je me lassai promptement du commerce, cl rompant en visière avec ma famille scandalisée, je revins à Paris que j'avais habité quelques années. J'y retrouvai un ancien camarade de plaisirs auquel une conformité d'aversion pour le négoce m'attacha davantage; comme on le pense, nous étions légers d'argent , mais notre fortune se composait d'une somme prodigieuse d'espérance. Cette somme, cependant, se dépensait tous les' jours, et si bien, que le dernier écu nous vit, en partant, plongés dans le désespoir.... Déjà nous avions pris notre parti , et , en hommes de cœur, nous aurions accéléré le dénouement inévitable de notre triste comédie, si notre bonne étoile ne m'avait suggéré le désir de revoir Ch... c'était un adieu que j'allais donner in petto à un ancien camarade. Autrefois, j'avais presque étudié la peinture, et peut-être le dégoût du commerce m'avait-il été inoculé dans l'atelier de M. Gros où il régnait épidémïquement.
Ch , trop pénétrant pour ne pas deviner ma position, eut trop
de délicatesse pour m'offrir des secours que je n'eusse point acceptés , il m'engagea vivement à faire des bons-hommes, et comme j'objectais mon peu de savoir, il m'offrit de corriger mes dessins, et parvint si bien à ranimer mon courage, que je résolus de me mettre aussitôt au travail.
Combien ma main tremblait en traçant mon informe croquis ! Ma respiration que tous mes efforts tendaient à retenir captive s'échappait brûlante et venait humecter ma pierre. J'étais au supplice ! Mon ami , mon compagnon de bonne et de mauvaise fortune m'encourageait, et je puis dire qu'il partageait ma souffrance, car il posait pour tous mes personnages, femmes, vieillards, enfans, et Dieu sait si le modèle était à son aise avec un artiste aussi habile que moi !
Dirai-je l'émotion que j'éprouvai quand il fallut montrer à Ch.., ce chef-d'œuvre, notre unique espérance? Vingt fois je remontai et descendis l'escalier de sa maison : vingt fois, sur le point de frapper à sa porte, je m'arrêtai croyant entendre une voix étrangère, et je n'osai franchir le seuil que quand je fus persuadé que Ch... était seul. Il me prodigua les encouragemens dont j'avais tant besoin-, sa main opéra un prodige , car après des efforts inouïs, mes bons-hommes eurent presque figure humaine.
11 ne restait plus qu'une difficulté, l'éditeur!... Poètes, auteur» dramatiques, ou romanciers, vous tous, artistes que le sort a mis en contact avec le manufacturier de livres, de partitions ou d'estampes, vous me croirez quand je dis que mon cœur défaillait à l'idée d'aller offrir de boutique en boutique le fruit (je puis dire) de mes sueurs...
Ch , le bon Ch m'épargna encore cette humiliation : quittant pour un camarade malheureux les travaux dont il était accablé, il avait couru chez son propre éditeur, et l'avait engagé à bien accueillir mon essai, l'assurant que je ferai* mieux bientôt, et qu'un jour il
s'applaudirait de m'avoir ouvert la carrière. Aussi fus-je reçu avec bienveillance quand je présentai l'épreuve de ma caricature. Ceux qu'elle a fait rire, si toutefois elle a fait rire quelqu'un, ne soupçonnaient pas dans qu'elles dispositions d'esprit l'auteur se trouvait en exécutant cette plaisanterie, mais il pouvait en juger, l'éditeur qui promenant sur mon œuvre un regard impassible devait entendre les battemens de mon pouls... Monsieur, me dit-il à la fin , vous ferez mieux plus tard! — Nous sommes perdus, pensai-je. — Je n'ose pas vous offrir mon prix. — Nous sommes sauvés! et je faillis le dire tout haut, car mon cœur bondissait de joie. Oh! disais-je, pourvu qu'il nous donne le moyen de faire un autre dessin, je ferai mieux! et comme je restais sans répondre, mais que mes jeux m'avaient sans doute trahi ; il tira de son comptoir quatre pièces de cinq flancs , et me les offrit
Je ne sais comment je sortis de chez lui ; je ne sais comment je fis le trajet du boulevard Italien à la rue Dauphine , mais j'arrivai mourant de lassitude, trempé de sueur, courant, criant, riant, pleurant. Mon ami, effrayé, me regardait, immobile, et ne trouvant aucune suite dans mes paroles, il serait peut-être resté long-temps sans savoir que penser, si je n'eusse jeté au plafond les capitaux immenses dont nous étions possesseurs. Oh ! alors ma joie fut comprise et partagée.
Que ce témoignage public de ma reconnaissance prouve à mon brave camarade que le temps et une fortune meilleure n'ont pas affaibli ma mémoire; et à ceux qui ne le connaissent que par son talent, qu'il est dans la belle acception du mot un véritable artiste.
Ch. Ph.
IJadjctfre*.
Hier, le spectateur du Théâtre-Français, ayant voulu sortir entre les deux pièces pour se désennuyer, n'a pu obtenir de contremarque de l'obligeance des contrôleurs. Ces messieurs lui ont constamment
refusé dans la crainte qu'il ne rentra pas. — Le succès qu'a obtenu la dernière lithographie de Grandville, publiée par la Caricature, engage ses éditeurs à donner la suite de celte piquante idée. Au prochain numéro, deux nouveaux dessins du même artiste compléteront la grande mascarade politique, morale, etc. — Il y a quelques jours, le feuilleton du Journal de Paris offrait le tableau sanitaire du commerce. On y lisait plus de faillites que de décès. Et cependant, si tout le monde se trouve dans le cas de mourir, chacun ne jouit pas également de la faculté de faire banqueroute. — M. le comte Alexandre de B.... voulant bien ordinairement se charger de fournir à la Caricature l'article Fantaisies, c'est par erreur du prote que la pièce de vers du dernier numéro a été signée de son nom. Elle est de M. Valentin Muller, qui nous l'avait donnée. — Vu le système de générosité adopté à l'égard de l'indigence, tous les théâtres vont donner des représentations au profit les uns des autres. — Un carliste, qui attendait une invitation à dîner du préfet de police, en reçoit une lettre, l'ouvre.... c'était un mandat d'arrêt. — Le centre va attaquer le juste milieu comme attentatoire à la liberté de siéger. — Certain banquier, réputé pour prêter à la petite semaine, frotte ses mains engraissées, en narguant
d'autres moins heureux pour avoir prêté à la grande semaine.
Des amis de la monarchie quand même', ont eu l'heureuse idée de fabriquer, par souscription, un roi qui sera offert à la nation belge.
Un petit carliste a planté un tout petit drapeau blanc sur la petite muraille du petit séminaire d'Arras. Il a été enlevé sans le moindre petit scandale. Cependant, la justice a fait une petite descente sur les lieux ainsi qu'un petit procès-verbal à M. l'Evêque. — Le porte-eroix de Saint-Germain-l'Auxerrois a été tué par la Quotidienne, ensuite il s'est déguisé en polichinelle et a été boire à la Courtille comme un
tronc d'église, après quoi, on l'a reporté chez lui ivre-mort. Sans
reconnaissance aucune pour le gouvernement paternel qui a embelli leurs sbakots d'un superbepanache rouge, vingt-quatre élèves de Saint- Cyr se sont fait renvoyer à leurs parens pour cause de conduite carliste. En apprenant ceci, et pour en finir avec la poule aux œufs d'or de l'Usurpateur, le duc d'Angoulême s'est écrié : « L'École 3) de Saint-Cyr est ma niche à Carlins. »
Le Gbrakt, Cil. PHILIPOiX.
CONDITIONS D'ABONNEMENT
La Caricature donne, par an, cent quatre lithographies exécutées par les Artistes les plus renommés. Chaque numéro , composé d'une feuille de texte et de deux Lithographies , parait très-exactement le jeudi.
L'Administration ne met pas dans le commerce les Lithographies du Journal. Les Marchands ne pourront les obtenir qu'en s' abonnant.
Hota.
Les personnes qui recevraient des exemplaires froisses peuvent, ait moyen de l'action d'une presse à papier, faire disparaître les plis. Il faut avoir soin d'exposer préalablement la feuille à l'humidité.
POUR TROIS MOIS,y>( POUR SIX MOIS POUR UN AN,
anc de port, tient .
idem, .
13 fr.
1 franc de plus par trimestre pour l'étranger.
<Dn Sousrrit :
A Paris, en envoyant, franco , un bon sur la poste ou sur une maison de Paris, au grand magasin de caricatures d'Àubert, passage Ye'ro-Dodat — A Lïom, chez lîarari, libraire, rue Clermont. — A Lor.nr.Es, chez Dctaportc, Eurlîngtcn arcade Piccadilly, corner of! Burlington garden, — A Strasbourg, riiez Alexandre, dépositaire des journaux. — A, BncxETLEs, chez Dero Becker, Montagne de la Cour. n° 17. — A Genève, chez Barbezat et Compagnie, libraires.