PARIS IMPRIMERIE NATIONALE
M DCCC XCVIU
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En iGSg, fut gravée à Madrid par Marcos de Orozco une carie qui avait pour titre : Planta de las islas Filipinas dedicada al Rey N^Senor D. Felipe quarto en su realconsilio de Indias, et qui était destinée à l'ouvràgie da P. Colin putdié à Madrid en i663 in-fol., qui a pour titre : Labor evangelico, Ministerias apostolicos de los obreros de la Cornpania de Jésus en Filipinas. Cette carte, qui fut pourtant dressée sur des renseignements et des dessins envoyés des Philippines, n'est pas sensiblement supérieure à celles que nous venons d'énumérer.
Nous savons enGn qu il existe ii !a fin d'un ouvrage dont le titre ne la ferait pas pressentir, une autre carte que nous n'avons pu rencontrer; ce sont les Siete principios de los angeles vaUdos del rey del cieh, livre {mbiié, «n 1 707, à Bruxelles, pur le P. Aadres Serrano.
Comme Unis ces diocuments fort incomplets, à petite édiel^, n'indiqaaient — quand ils le faisaient — remplacement des ports, haTros, rivières^ villages, moatagaes, limites de provinces, dëli* né^tioa des côtes qae dune manière tout è (ait erronée, on est en droit de dire que la carte du P. Veiaide est la première qai soit véritablement une œuvre sérieuse et qui repose sur des données vraiment scientifiques.
A propos de cette carte, void ce que nous dit le P. Murîllo Velârde^^) daYis le fkntir qu'il «ëcrivit pour la très mre chronique Iraiiciscaine du P. Juan de San Antonio, au commencement da («fme l". vfîo 1733, Kiar un ordre du Roi catiiolique, je fus chargé de faire la carte de ces fies et je la publiai en 173&. J'y manquai tou$ ks*viUa^, caps, baies, ports, basses, rédfs, rumbs^ détroits, rivièi^s, fotts>, distances, que je pus, comparativement k l'échelle de la carte et à une tâche aai^si difficile. En peu de lignes et un moyen Aefgures en marge, je relatai ce qu'il y a de plus remarquable, explication aussi étendue que possible relativement h la conîcision du texte et des figures ^^\ rt
seul exempie que iioas veoMis de citer, on peut jo(^' combien sont imI avertis IMS géojpAphes eortpéens; autei ne laiit-'il pas réclamer d^eui une exactitude et des détails qaHfs sont incapable^ de fournir.
(0 Ceci est tiré 4e k brochure dn D' T.-H. Pardo de Tavera : El Mnpa de PUipinai dtî P. Murilio Vdm^, Mainla, impr. de Cbofré, 189a, io-S*" de 90 pages.
(') ff Y en una descripcion de pocos renglonesy en ias figuras del margen, como ea berogUpbicos egipdos hago lelacion de io mas taernoraÛe qne en «lias se centime, le mas extensa que se pnede baœr entai concision de pabibras y figmraa.D
Cetle phrase était trop précise pour n'avoir pas frappé M. Pardo de Tavera qui a étudié avant nous la carte du P. Muriilo Velarde. Si, dans (a brochure qu'il a publiée, il trouve avec raison la description de Tarchipel dans la légende enfermée dans le second cartouche, l^ende qu'il a reproduite intégralement, il se trompe au sujet des figures qu'il croit être celles qui ornent la carte, alors qu'elles sont réellement en marge, ainsi que le dit expressément le P. Velarde.
Aussi, lorsque M. de Tavera. est venu à la Bibliothèque nationale consulter l'exemplaire qui lui a servi pour faire sa description et qui ne contient pas ces figures, n'a-t-il pas réclamé. Ces gravures ajoutent un prix inestimable à la carte, car on y trouve avec les représentations des étrangers qui fréquentaient alors larchipel , avec leurs armes et leurs costumes, avec l'indication des plus curieuses productions du pays, les plus anciens plans qu'on possède de Manille de Cavité et de Samboangan. Ces plans sont infiniment précieux, parce qu'ils sont de toute rareté, — les bandes dont ils font partie et qui entourent la carte manquant le plus souvent, — et parce qu'ils donnent l'état, en 173&, de localités qui ont été maintes fois ravagées par des tremblements de terre et qu'on peut ainsi connaitre l'endroit précis où s'élevaient des monuments dont les historiens nous ont plus d'une fois parié et qui ont aujourd'hui disparu.
L'ordre royal que nous avons relaté plus haut fut adressé au gouverneur des Philippines, le maréchal de camp Valdes Tamon, chevalier de l'ordre de Saint-Jacques, qui avait succédé le 1/1 août 1799 au marquis de Torre-Campo ^^K
On se demandera sans doute pourquoi ce gouverneur chargea de dresser la carte des Philippines le P. Pedro Muriilo Velarde et quel était ce jésuite.
Né à Villa de Laujar (archevêché de Grenade) le 6 août 1696, Muriilo Velarde était entré dans la Compagnie de Jésus le 9 3 oc-
(^) En 1 789 , Vaides Tamon eut lai -même pour succeaaear le brigadier D. Gaspar de la Torre. il avait rédigé pour la nef d*Acapuloo, qui constituait aux xvii* et XTiu* siècles Tunique moyen de communication des Phili|^ines avec TEspagne par le Mexique , des Inêtruccùmu para d mejor rêgifnen y gobierno mt d orden de cargar loê fumoê de la carrera. . . — Impresso en Manila, en la imprenta del collegio y nnivenidad de S. Tomas por Geronimo de Castro, ano de 1789, petit in-fol. de 6 feuOles. On trouvera l'éloge de Vaides Tamon au tome X , p. 199, de Fr. iaan de la Gcmcepcion, Hieteria genend de FUipinas. Manila, 1788-1799, th vol. m-4'.
tobre 1718. Il partit de bonne heure pour les Philippines où il fut successivement professeur de théologie et de droit canon à Mamlle, recteur d' Antipolo et visiteur des missions à Mindanao^^). Gâtait un homme fort instruit, qui s'était appliqué à f étude des langues indi^ gènes et qui avait le goût des études historiques et géographiques, ainsi quen témoignent son Histoire des PhU^ifpmee, suite de celle du P. Colin, et une géographie historique en 10 volumes in'/i"*, publiée de 1769 à 1763 qui manque à la Bibliothèque nationale et où nous aurions peut-être trouvé des informations qui seraient venues compléter celles que nous avons trouvées éparses dans maints ouvrages.
Cest sans doute parce qu'il avait réuni sur le pays un grand nombre de renseignements au cours de ses missions que le gouverneur Vaides Tamon lui confia le soin de Oaire la carte de Tarchipel, car il n aurait assurément pas pu la dresser avec tous les détaib qu'il y fit entrer, dans le peu de temps qui se passa entre la réception de Tordre du gouverneur et la publication. Sans aucun doute, ce travail était tout prêt et Ton peut même supposer que le gouverneur n'avait sollicité un ordre de la cour que pour permettre au P. Velarde de publier, avec l'attache officielle, le résultat de ses études et de ses voyages.
Toujours est-il que du jour où parut l'œuvre du savant jésuite, on fut, en Europe, infiniment mieux averti de ce qu'était cet archipel des Philippines, de ses îles innombrables, de ses montagnes et de ses rivières, de ses villes et de ses ports, de ses habitants, de leurs mœurs et de leurs coutumes, des animaux et des productions du pays. Ce fut une véritable révélation, et la meilleure preuve, c'est que nos géographes, et BelUn notamment , s'empressèrent de la copier ou de s'en inspirer.
Par malheur, la carte du P. Murillo Velarde, qui n'avait été sans doute tirée qu'à un petit nombre d'exemplaires, devint rapidement si rare que George Maurice Lowitz, professeur de mathématiques h Nuremberg, en dât faire une réduction qui fut publiée en 1761
U) Il était de retour en Europe avant 175a , car, à cette date, il publiait a Madrid chez les héritiers de Francisco Qerrero, uu Catecùmo instruccûm chrUtiana; il fut Buccessivemeat procureur à Rome et à Madrid et mourut à Thôpital de Port- Sainte-Marie le 3o novembre 1753. Outre les ouvrages que noua avons citéa, on loi doit un cours de droit canon et un certaia nombre de livres religieux dont on trouvera la liste dans Debacker : BihUothètfUâ des écrivainê de la SociéU de Jéêm>
par les hëriliers de Homann ^^. C est celle dernière que Ton trouve quelquefois dans le commerce.
On a dit à tort que la carte originale de Velarde accompagnait son Bistoria de h Piwmda de FUipinas parue en 17^9 à Manille; c'est, ainsi que l'établit M. Pardo deTavera, une seconde édition et plus petite.
L œuvre du P. Velarde se compose, sans les bandes verticales, de deux feuilles ayant chacune m. 355 de largeur sur 1 m. o85 de hauteur. On voit dans la partie supérieure droite un cartouche qui renferme, au-dessous des armes d'Espagne, le titre suivant : Carta hydrografiea y chorografica de las hlas FiUpinas^ dedicada al Rey Nueêtro SeÂar par d mariscal de campo D. Fernando Valdes Taimm, cavaU' del orden de Sanliago, gmT y cap" gênerai de dickas islas. Hecho por el P Pedro Murillo Velarde de la comp" de Jhs, cathf''' de canones, sobre lo$ mapas y reiaciones myores que kan saUdo , y observadones del aulhar. En Manila, aHo detîjSà. De orden de su Mag^. Tout à fait au bas de la même feuille, à droite, on lit: Le esculpio Nicolas de La Cniz Bagay Indio Tagalo en Man^* Ano 178/1.
Quel est cet Indien tagal qui a gravé cette carte? Connatt-on quoique autre de ses œuvres ? Il serait assez difficile de répondre à ces questions, si nous ne possédions un fort érudit travail du D' Pardo de Tavera sur Timprimerie et la gravure aux Philippines (*^).
(rCétait, dit M. Pardo de Tavera, un indien tagal, imprimeur^ graveur et auteur qui paratt avoir été le plus notable graveur et typographe qu*il y ait eu à Manille, n (Test lui qui imprima VHistoire des PkiUppùkes du P. Velarde et plusieurs autres ouvrages cités par M. de Tavera, dont )e premier date de 1 j3k et le dernier de 1769. (cCe dut être, ajoute le même auteur, le dernier qui imprima daus
^'^ Voici le titre de cette reprodvctioQ : «Carta hydrogni)dii^pie et cbnwologiqae des lies Philippines, dédidftà Sa Majesté catholique par h hiigadier doa Ferdinand Valdes Tamon, chevalier de Tordre de Saint- Jacques, gouverneur et capitaine général desdites fies. Dressée par le R. P. Pierre Murillo Velarde de la G. de Gieusu, sur les cartes, hs relations et les navigations les plus exactes, à Manille 1734 , par ordre de S. M. Tirée de l*original et réduite en cette forme par Geoi^ Maurice Lowitz. , .n. «L'original, ajoute Lovvitz, est gravé par Nicolas de la Gruz Bagay, indien de Tagalos, à Manila, Tan 173^^.» Le mathématicien prenait le nom de k race de N. de la Gnu pour celui de son lieu de naissance.
^^ Ndieias $obra hk imprmta y eî grakaàiy en FUipinei ... — Madrid , imp. ée loi hijos de M. 6. Hemandet, iSgS; in-8* de 48 pages, p. 97 et pa$aim.
le collège des jésuites qui furent expulsés des Philippines en 1767, dont les biens furent confisqués et dont rimprimerie passa sous le nom d'imprimerie du séminaire aux mains de Tarchevêque. Outre la carte de Velarde dont nous parlons, La Cruz grava aussi sur cuivre la même carte réduite pour VHisUnre des PhUippinss parue en 17&/1. On lui doit aussi une gravure du «rSanto Crislo del Thesoro)» qui se vénérait dans la Maison de la Miséricorde (aujourd'hui collège de Sainte-Isabelle). Enfin il illustra Tœuvre de Tamiral Cabrera y Bueno : Navigacion egpeeuïatha ypractiea. . . C'était donc, à cette époque, Tartiste le plus en renom qu'il y eût aux Philippines, et il élait tout naturel que Ton s'adressât à lui pour la publication d'un document officiel de cette importance. Nous verrons tout à l'heure qu on lui doit aussi quelques-unes des gravures qui accompagnent la carte de Velarde.
Sur cette même carte sont représentés trois navires de haut bord, au pavillon espagnol et dans le bas quatre galères plus petites à un seul rang- de rameurs. Une double ligne marque l'itinéraire de Magellan en 1691.
Sur la feuille de gauche, un cartouche renferme, en quelques lignes, une description des ressources des Philippines, un abrégé de leur gouvernement, une statistique des villages (1/13) et des habitants (131,379), non compris les Indiens insoumis, ainsi que la répartition des lies et provinces entre les différents ordres établis dans l'archipel. En diverses places sont représentées la tr Nao Victoria n avec ces mots : Esta/ue la primera q. del mundo eorrio toda la e$fera^ une pirogue à balancier, une embarcation à deux mâts avec éperon , une galère aux voiles latines en ciseaux et dont Téquipage manœuvre en même temps les avirons, une pirogue appelée caroeoa, avec des voiles en natte, qui marche vent arrière. Enfin partent de Manille diverses lignes: l'une est le DerroUro delanao fora la Nueva EiparUi par el embocadero de San Bemardmo. C'est la route ordinaire du galion pour le Mexique; une autre est le Derrolero para la costa y Eepanay c'est-à-dire l'itinéraire à suivre pour gagner l'Espagne par le détroit de Malacca et le cap de Bonne-Espérance; enfin, c'est le Derrotero para la Nueva Eêpaûa par el cabo de Baxeadar^^\ autrement
(0 Sur le rôle joué par Andréa de Urdanela dans la découverte de la roule du Mexique aux Philippines; voir Femandex Duro : ùtmo y por que m con^iititaroA Uu itUu Ft/tptfMi. Bull. $oc, g$ogr,, Madrid, 1896, p. 8t et suiv.
dit la route du Mexique en doublant Luçon par le nord et en embouquant le dëtroit qui la sépare des lies Babuyanes. Non loin de cette ligne de navigation flottent un Champan de China et une Patache para CantmyMacan, ce qui indique combien étaient fréquentes les relations entre Tarchipel et le Céleste-Empire.
Le nombre des noms de localités, d'Iles, de caps, de rivières est vraiment considérable, mais, il faut bien le reconnaître, surtout sur les côtes. Le centre de Luçon est encore fort peu connu ; on lit par places : Ygorotes gentiks , Calinga$ gentiles, negros gentSes. Ce sont les Indiens et les negritos rebelles à la civilisation. Mais les provinces de Pampanga, de Bulacan et autres qui entourent la baie de Manille ou la lagune de Bay portent un grand nombre de noms de villages; c'est là que s'est porté tout Teifort de la colonisation, là que se sont établis la plupart des émigrés européens. Au nord de Luçon, sur un fleuve considérable, le Tage, aujourd'hui le Rio Grande, qui prend sa source à peu près au milieu de l'Ile et coule du sud au nord, on retrouve une certaine quantité de noms. A partir de la source du Rio Grande qui se jette dans la baie de Manille, court parallèlement au Tage cette inscription : Aqtd se haUo un camino que entres dias sepasa a la parte de Cagayan.
Dans nie de Mindoro on trouve les Manguianes gentiles; l'Ile de Leyie porte cette curieuse inscription : Esta ysla se Uamo Tandaya (^) dal seSior de esta tierra q. acogio las Espaûoles ano 1 5ù3. Enfin sur Mindanao près de la lagune de ce nom, on lit : Aqui estuoo S^ Fran"" Xavier ^^\
Telle est, à grands traits, la carte que le D' Pardo de Tavera a décrite dans la brochure dont nous avons donné le titre. Or, l'an dernier, je reçus de cet érudit fort épris des productions de son pays et qui cherche à en former une collection, une lettre dans laquelle il me demandait de faire pour lui une vérification sur la carte du P. Murillo Velarde. A cette occasion, j'ai eu connaissance
(*) Notre dessinateur soit ici ia version du P. Colin , qui fait de leyte i*ile de Tandaya ; mais il est bien difficile aujourd'hui de savoir quelle lie portait ce nom. Urdaneta la place très à Test du groupe, par le méridien des Moluques, Mercator à Panay, et certains autres à Ibabao on Samar. Plusieurs auteurs prétendent enfin qu'il n'existait pas d^lle de ce nom , mais un. seigneur ou chef de village dont les Espagnols prirent le nom pour celui d'une lie.
(') La vie de saint FrançoU-Xavier, d'après le P. Bouhours (Lille, i885, a vol. in- 8") est accompagnée d'une carte des voyages de cet apôtre des Indes, prouvant d'après le texte qu'il n'a jamais mis le pied aux Philippines.
d'un .second exemplaire de celte carie, exemplaire que potssède la Section géographique « et qtic n a pas connu M« Pardo de Tavera. Il est encadré à droite et à gauche de deux bandes de o m. 36 de large ^ qui courent dans toute la hauteur de ia carte et représentent des types, des costumes, des scènes de mœurs, des productions et des plans des Philippines.
Ces deux bandes, qui ont été gravées sur cuivre , ajoutent au document une valeur considérable. Il est facile de comprendre que le nombre des exemplaires de la carte auxquels ils viennent s'appliquer est excessivement rare, et je ne serais pas surpris qu il n existât pas un troisième exemplaire qui les possédât.
Prenons la bande collée à gauche , nous allons décrire en descendant les six tableaux qu'elle renferme. Cest d'abord sous une banderole qui porte : Saîigkyeè chinosy quati^e bonshommes ainsi désignés : christiano, gentil principal y pèscador con chanchuy y aalacot, cargador con pinga. On désigne sous le nom de sangleyes les Chinois ou métis de Chinois. Le quartier de Parian était, au xvii^etau xv»!** siècles, celui des marchands chinois qui y étaient établis au nombre de près de 20,000 et entre les maiûs desquels passait tout le commerce des Philippines. Tous les ans venaient de Chine trente ou quarante jonques apportant des marchandises des provinces de Canton, de.Chincheo,d'[Jcheo, etc. Elles parlaient avec la mousson dès la première lune de mars, faisaient le voyage en quinze on vingt jours et repartaient avec les vents du sud-ouest à la fin de mai ou aux premiers jours de juin.
Le chrétien est coiffé d'un chapeau qui parait être en feutre, sans plumes; il porte la moustache, la barbiche et de longs cheveux qui lui tombent sur les épaules. Il est vêtu d'une longue robe qui lui descend au milieu du moUet et d'une sorte de pardessus en forme de douillette; ses jambes sont couvertes de bas et ses pieds sont chaussés de souliers découverts absolument semblables à ceux du gentil avec lequel il cause. Le costume de celui-ci est semblable à celui des chrétiens, mais son pardessus est moins long, il n'a pas de barbe et ses cheveux tressés en natte à la chinoise pendent dans le dos sous un salacot. De ia main gauche il s'évente, de la droite il tient une bourse qui paraît bien garnie. A côté s'avance le pécheur au type chinois bien accusé, à la moustache rare et tombante, aux yeux écartés, aux pommettes saillantes, aux jambes nues. Son salacot bon marché semble fait de bambou et il est couvert d'un
ample manteau à pèlerine (sans doute le chanchuy) qui parait être forme d'e'troîtes bandes de paille qui se recouvrent en partie.
Quant ati portefaix, il a lalèteimié; ses cheveux sont taillés en brosse, sauf une queue qui lui pend dans le dos; il a des mousrtaches et de la barbe au menton. Pour vêtements, une calotte et une blouse ouvrant sur ie côté; une ceinture d'ëtoffe est enroulée autour de ses reins. D'une main, il tient sa perche de bambou {pinga) aux extrémités de laquelle, avec la corde enroulée sur le lH*as, il suspendra les fardeaux quon lui donnera à porter.
Si nous nous arrêtons en détail sur les types aiusi représentés, c'est qu'ils sont reproduits avec une naïveté et avec une fidélité qui en font des documents précieux et nous renseignent abondamment sur les races qui peuplaient alors Tarchipel; les tableaux suivants vont nous faire voir combien elles étaient nombreuses.
La seconde planche nous représente sous l'étiquette : cafres^^'^ quatre nègres entourés de pagnes et portant au-dessus de la cheville trois anneaux de grosses boules vraisemblablement en cuivre. Trois de ces nègres dansent, tandis que le quatrième frappe avec une baguette sur le bois d'un arc au milieu duquel est fixée une sorte de sonnette. A côté de ces nègres qui se livrent au plaisir qui leur est si cher, -^et c'est un trait d'observation de la part du dessinateur de les avoir ainsi représentés, — se tiennent le CanarineXXtLasear. Le Ganarin, originaire de la province de Carnate ou Karnatic sur la côte occidentale du Dekkan, avec son bonnet pointu, sa veste qui s'ouvre par devant, sa culotte, ses bas et ses souliers, difière singulièrement non seulement comme costume, mais aussi comme type du Lascar à qui sa figure plus bronzée, son turban et ses cheveux enroulés donnent un air vraiment asiatique. Lui aussi porte une veste, mais elle est d'une forme moins européenne, coupée qu'elle est à la ceinture par une sorte de châle enroulé; ce n'est plus une culotte, mais une espèce de pantalon court qu'il porte sur les jambes et les pieds nus.
Sur la troisième gravure sont dessinés des métis complètement habillés à l'européenne. Par-dessus son haut de chausse et sa veste,
(0 Dans les premiers temps de la conquête, des nègres fiirent introduits, mais i^aboliiion de iWlavage aux Phitippines, sous Philippe II, mit fin a ce commerce. Il est assez intéressant de constater qu'en 173& il restait encore assez de nègres, leur type et leurs mceors avaient assez conservé leur cachet d*origine, pour que le dessinateur jugeât bon de les faire figurer parmi les populations de Tarchipel.
comme on disait alors, Thomme porte un long manteau d'une étoffe à ramages tombant jusqua terre; son cou est entouré d'une épaisse cravate et sa tête est couverte de feutre. La femme, nu-téte, a les cheveux relevés en un épais chignon ; de grosses boucles pendent à ses oreilles, une longue chaîne qui se termine par une croix tombe sur sa poitrine. Sa camisole est garnie de dentelles autour du cou, à la gorge, à Tépaule et en bas des manches. Sa robe, très longue, est drapée et relevée sur le côté. Quant à la fillette qui lui donne la main, elle est coiffée le plus drôlement du monde d'un turban noué sur le devant de la tête et dont les deux pointes relevées par derrière se dressent comme ces ailes que les femmes mettaient hier sur leurs chapeaux.
Sur la même planche figurent deux individus désignés sous les noms de Mardica et de Japon ('). Dans aucun des ouvrages que nous avons consultés, sauf dans Blumenlritl ^^), nous n'avons trouvé l'explication du nom de Mardica. C'était un mercenaire provenant des Moluques ou de Célèbes que les Espagnols entretenaient pour combattre les Hollandais ou les sultans de Soulou et de Mindanao. L'individu qui le porte est coiffé d'un chapeau de forme européenne et parait avoir le type de nos pays. Vêtu d'une jaquette qui lui tombe au-dessus du genou et d'une culotte fermée au-dessus de la jambe dont le reste ainsi que le pied sont nus, d'une main il s'appuie sur une lance, de l'autre sur un bouclier de forme rectangulaire, en bois sans doute et peut-être recouvert de peau. A sa ceinture roulée en corde est passé un sabre court, légèrement recourbé eu forme de yatagan et dont la poignée se termine par une tête d'oiseau. Â cêté de lui se tient le Japonais. Il n'a qu'une couronne
<*) 11 y avait au commencement du xtiii* siècle une assez nombreuse colonie de Japonais qui habitaient le fauboui^ de Dilao. A partir de 1 760, on les voit quitter le pays pour n'y plus revenir, résultat le plus sûr des tentatives faites par les religieux espagnols pour les convertir; Morga (p. 867 de Tëdition de Paris 1896) nous fournit des détails très précis sur leurs mœurs, leur costume, leurs habitations, etc. On trouvait également aux Philippines des Siamois, des Cambodgiens, des gens de Patane ou de Bornéo, mais ils étaient en trop petit nombre pour que notre dessinateur s'arrêtât à les décrire.
(') fiiumentritt (F.). Voeabular einztlner Auêdrûckê und RêêidmzarUH , welehê dem Spamtchen der PhUiffpinûcKen Inteln eingenthmilieh gind. . . Leitmeritx, i88fi , in-8*. Serrano (R.), dans son Diecionario de terminoi comwMê tagalo-coHeHanoê. — ManSa, i85â , petit in-A*, ne fournit Texplication d'aucun des termes qui nous occupent
de cheveux autour de la télé; une sorte de chemise dont les pans sont noues par devant, un sabre facilement reconnaissable à sa poignëe, une culotte et des sandales, tel est ie costume primitif de cet individu, dans lequel on imaginerait avec peine, sans son sabre, un indigène du pays du Soteil-Levant.
Sur le quatrième tableau (celui qui accompagne cette notice), un Espaûol conpayo tihoy avec chapeau lampion, perruque, canne et costume Louis XV, suivi d'un laquais qui lui tient ouvert un parasol au-dessus de la tête, cause avec un individu d'habit plus modeste qui, bien qu'ayant le visage aussi blanc et vêtu à Teuropëenne, est désigné comme étant un negro atezado crioUo de la terra tO, c'est-à-dire rr noir foncé, créoledu pays?). A côté, deux individus également habillés à l'espagnole, sont accroupis et agenouillés; ce sont des Indios pekando gaUos trdes Indiens excitant des coqst» $e donnant, comme on disait, une gallera, en d'autres termes, un combat de coqs. On sait qu'aujourd'hui ou est encore passionné aux Philippines pour ces jeux cruels qui donnedt lieu aux paris les plus insensés et dans lesquels se font et se défont des fortunes. Un aussi topique amusement ne pouvait manquer d'être reproduit sur ces instructifs tableaux.
Enfin, au dernier plan, sont dessinés deux noirs aux cheveux crépus, n'ayant pour vêtement qu'une ceinture de feuilles, dont l'un tire de Tare sur un petit cerf et dont l'autre porte un carquois plein de flèches; ce sont, dit la légende, des Aetas o cimarrones del monte, des ff Aetas ou sauvages de la montagne ?).
Morga(^) raconte qu'il existe dans certaines parties de Luçon des naturels à peau noire, aux cheveux crépus et emmêlés, cabellos de pazasy dit ie texte, hommes et femmes de stature médiocre, quoique forts et bien membres. Ces individus sont barbares et peu intelligents, ils n'ont ni maisons ni habitations fixes, ils vont en troupe et vivent dans h montagne, changeant de canton suivant la saison, se nourrissant d'une misérable récolte de riz qu'ils sèment chaque
(*) On désigne aux Philippines sous ie nom de crioUo celui qui est né d'un blanc et d'une Indienne ou cl*une blanche et d*un Indien.
(*) SueeiOê de Iom iiUu Filipmaë fMV el 1/ AnUmio de Morga ohra jndftieada en ano î 6og , nuevamentê iocada aluzy anotada por Joté Rizal . . . Paris , Garoier bermaoos, 1890, in-8^ Cet excellent et rarissime ouvrage avait été réédité en i8€8 pour la Société Haklnyt par Thon. Henry E.-J. Stanley. P. 969 de la réimpression espagnole.
fois dans un endroit différent et du gibier qu^ils tuent à coups de (lèches, — ils sont très habiles tireurs, — ainsi que du miel des forêts et des racines qu'ils déterrent.
«r C'est un peuple sauvage, avec lequel il n'y a pas de sécurité. Enclins au meurtre, ils attaquent les villages des autres indigènes et causent des ravages considérables, sans qu'on puisse prendre des mesures préventives, les réduire par la force ou les amener à se tenir tranquilles, bien que cela ait été tenté par des moyens doux ou violents, suivant que les circonstances ou la nécessité les commandait. i)
Une relation publiée dans Tbévenot^^^ dit que ces sauvages se servent de «czampites ou sarbacanes avec lesquelles ils soufflent de petites flèches empoisonnées?). Puis il ajoute : «dis avaient accoutumé dans quelques-unes de ces lies de mettl*e entre deux ais la tète de leurs enfants qu'ils venaient de mettre au monde et la pressaient ainsi afin qu'elle ne demeurât pas ronde , mais quelle s'étendit en long; ils lui aplatissaient aussi le front, croyant que c'était un trait de beauté que de l'avoir ainsi. ?>
Il ne faut prendre ici l'expression Aeias dont se sert le graveur que dans une acception générale et sous laquelle il désigne, quelle que soit leur race, les populations sauvages et non chrétiennes. Les Tagals étaient, h cette époque, presque tous convertis, mais les Bicôls, les Bisayas, les Igorrotes,ete., sont tous pour lui desÂetas. Il n'était d'ailleurs pas très facile de débrouiller ces alluvions successives de populations qui sont venues repousser dans l'intérieur les négritos, premiers habitants de l'archipel. MM. de Quatrefages et Ernest T. Hamy ont apporté pour la solution de ce problème, qui a été élucidé sur place par le docteur Montano^^^ leurs connaissances anthropologiques et ethnographiques doublées d'un sens critique très aiguisé. On peut résumer la question en disant que les Malais (Tagals), franchissant les détroits, ont cheminé le loog des c6tes enfermant dans une ceinture presque continue les populations indonésiennes qui enclosent elles-mêmes les tribus négritos.
(^) Relation deê (U» PhUippineâ par tm religieux ^tit y a demtwré iû>hmU mu, dans M. Thévenol, RdtUionê de dùten wyaget eurmue qui n'ont paiiU MfMik, . . Paris, 1696, 3 vol. in-foi., t. II.
(*) D"" J. Montano, Rapport à M. le MmûirB do PmtfmeliMWi pùhUfu aur wm miiiion aux (!$• Philippines et en MdamB (1879-1681). Paris, Tnip. nat., 1886, gr. in-8*.
Sur ia cinquième gravure, ou voit représentes trois personnages assis cl causant, que Tauteur a sans doute plus d'une fois rencontrés dans les nies de Manille, c'est un Armetio o Perêa ehupando tahaco. Est-ce un Arménien^ est-ce un Persan? Le dessinateur n*est pas bien flxé et nous non plus, car le type et ie costume ne sont pas pour nous éclairer. Le chapeau relevé à la chinoise, la lévite serrée à la taille par une ceinture^ les babouches, cela nous parait manquer un peu d unité, à moins que le costume traditionnel n ait été, par le porteur, adapté aux nécessités de la vie et du climat. Ce Persan fume béatement un narghilé qui repose sur un petit tabouret.
Un véritable Turc au fez enroulé d*un énorme turban lui fait face, c'est un Mogol, dit la légende; tandis qu'un Malabar, à Tair non moins turc que le précédent, mais au turban moins ample et aux oreilles ornées de grosses boucles, lui fait face et paraît causer avec volubilité.
Le dernier tableau de la bande collée à gauche présente un caractère plus national. Dans une rue, circulent des Indio con lambon e India con cobija para ir à la Igksia. A juger d'après la gravure, le lambon devait être une sorte d'étoffe flottante comme un châle, car l'Indien le porte relevé sur le bras^^); quant à la cobija, c'est une sorte de mante qui, de la tête, vous enveloppait jusqu'aux pieds. On serait le plus souvent fort embarrassé de démêler le sens précis de ces expressions qui ne sont pas espagnoles , mais tagales, qu'on retrouve bien pour la plupart dans les vieux auteurs tels que Colin, Morga, Juan de ia Concepcion et autres, si Blumentritt n'avait pas pris soin de les réunir dans un vocabulaire spécial qui rend les plus grands services.
Les deux personnages dont nous venons de parler sont croisés par une India con chinma y tapis que trae guayabas, frUta siheêtrB.
Tout le monde connaît la goyave (pridium aronuuicum) qu'on mange fraîche et dont on fait une excellente confiture.
Avant l'arrivée des Espagnols, les hommes portaient des sortes de chemises, pour mieux dire, des cottes sans col, fermées par devant et avec de courtes manches; oe vêtement descendait un peu
W Ceci ne cadre nullement avec TcxplicatioD de Blumentritt qui en fait une mantille en usage dans les Beatorios de Manille. Le mot cobija n^existe pas dans le vocabulaire de Blumentritt.
au-dessous de la ceinture; il ëtait bleu, noir ou de couleur pour les chefs, c'était la chirUna; un fichu de couleur, serre h la ceinture passant entre les cuisses et les couvrant à moitié, c'était le boyaque. Les jambes et les pieds étaient nus, un linge étroit serrant le front et les tempes appelé potatig, mais ne couvrant pas les cheveux, complétait leur costume.
Ici, c'est une femme qui porte la chinina, je ne saurais dire si elle a été allongée, mais tout le bas du corps de celle Indienne est enveloppée dans le tapis, «r C'est, dit Mallat^^), une pièce d'étoffe de soie ou de coton rayé, de fabrique indigène et dont les raies qui ont un pouce de large sont toujours de couleurs foncées. Elles s'en enveloppent le corps et la ceinture de manière à dessiner leurs formes. ^
A côté de deux enfants peu ou pas vêtus du tout, dont l'un tient un crabe et l'autre une sorte de rouleau de bois qui ressemble à un fragment de canne à sucre, est debout un Bisaya con balarao. Le balarao ou bararao était l'arme favorite des Bisayas. «rlls portent à la ceinture, dit Morga, une dague de quatre pouces de large dont la lame se termine en pointe; la poignée est en or ou en ivoire. Le pommeau n'a que deux traverses sans aucune autre garde; ils l'appellent balarao. Ces sabres sont à deux tranchants, enfermés dans des fourreaux de bois ou de corne de buffle élégamment travaillés. S'ils s'en servent aussi pour frapper de la pointe, ils usent le plus souvent de la lame et avec une merveilleuse dextérité. S'ils peuvent saisir leur adversaire, d'une main, ils l'empoignent par les cheveux et d'un seul coup de balarao ils lui coupent la tête. Us emportent ces sanglants trophées dans leurs cases où ils les rangent en bonne place afin de passer pour des vaillants et des gens habiles à venger leurs injures.)» Ajoutons que cette pratique, en honneur chez les Bisayas, se retrouve chez les Dayaks et les Battas. Quant à l'annotateur de Morga, il ajoute en parlant du balarao : «r cette arme est aujourd'hui hors d'usage et son nom même est perdu, t»
Au dernier plan de cette même gravure, on aperçoit un Indien et une Indienne qui dansent aux accords d'une guitare pincée par un de leurs compatriotes; c'était sans doute la n^gueïa à douze cordes ou le bandolon qui en avait trente.
<*) Le9 PhUippinei. . . Paris, A. Bertrand (6. d,), a vol. in- 8* et atlas, t. 11,
On lit au-dessous : lîulios bailando el comiiang.
trLe comitang, dit Mallat, que nous avons cité comme chant national, est aussi une danse. Pendant que des musiciens le jouent et le chantent, un Indien et une Indienne exécutent une pantomime qui s*accorde avec les paroles. Cest un amant qui cherche à enflammer le cœur d'une jeune fille autour de laquelle il fait mille gestes amoureux et des salutations à la mode du pays, accompagnées de mouvements des bras et du corps qui ne sont pas des plus' décents mais qui font éclater chez les spectateurs des rires bruyants et joyeux; enfin Tamoureux ne pouvant réussir, feint de se trouver mal et tombe sur une chaise préparée à Tavance. La jeune fille effrayée vole à son secours, mais lui se relève aussitôt guéri et se met à danser et à tourner avec elle en la suivant partout aux grands applaudissements des assistants, y)
Au-dessous de cette dernière planche, dans le coin droit, nous retrouvons la signature Nie* de la Cruz Bagay, Fauteur de la gravure de la carte, ce qui nous montre qu'il faut aussi voir en lui le graveur de ces dessins. Cest donc un nouveau numéro à ajouter par le docteur Pardo de Tavera à la liste des œuvres de cet Indien tagal.
En commençant par le* haut, le premier des dessins collés à droite de la carte représente un cayman o cocodrUo de que e$tan Uenoê lo8 nos de esta» yslas. Nous n'avons rien à dire sur les caïmans, qui sont tout aussi nombreux aujourd'hui qu'au temps du Père Velarde. Le n° a représente le Sava, culebra muy grande. Il existe aux Philippines un assez grand nombre de serpents dangereux. Pariant du sava, Morga dit qu'il est mince, ayant moins d'une aune de grosseur, et qu*il se lance de l'arbre sur lequel il s'est hissé sur les gens ou les animaux qui passent au-dessous. Leur venin est si actif, ajoute-t-il, que la personne mordue meurt dans les vingt-quatre heures. Quant au religieux dont la relation a été publiée par Thévenot il raconte qu'il a tué r^une couleuvre de cette espèce qui avait deux brasses et demie de long et l'on porta , ditr-il , à notre colley de Manille la peau d'une autre qui avait trente-deux pieds de long (I). Les savas se pendent aux branches des arbres qui sont sur le chemin; ils se lancent de là sur les hommes, sur les bétes fauves ou sur quelque autre proie, leur font trois ou quatre tours à l'entour du corps et, après leur avoir broyé les os, les dévorent. Mais Dieu a pourvu ces tles de quantité d'herbes qui servent de contrepoison
à CCS différents veuins. L'on trouve daos les montagnes des racines et des herbes qui sont autant de remèdes spécifiques contre la morsure des couleuvres. i>
Le n"" 3 représente un Indio m bayaque aratido con un carahao o bufah. Ici, le bayaque est bien conforme à la description que nous en avons donnée plus haut. Carabao est le nom qu*on donne communément aux bu(Bes qui sont excessivement nombreux dans le pays. «r Quant à lu charrue, elle se compose, dit MaHat, d*un tronc d*arbre recourbé et terminé par une pointe de fer. Elle est dirigée par un homme avec la main et traînée par un bulBe. Pour niveler le terrain avant de h labourer, on y fait monter un buffle attelé à un carré de trois palmes fait de bambou, avec des pointes garnies de clous, un fort poids par-dessus^.
Sous une maison de bois montée sur pilotis, on aperçoit une femme debout qui enfonce le pilon dans le luzon (on dit aujourd'hui hsong) en quê se pila 0I arroz y de donde se llamo Lutùn esta ysla. Ainsi, ce serait du mortier h riz appelé luzon, mortier qyi parait être en métal, que serait venu le nom de cette ile, étymoiogie que BOUS ne connaissions pas et qui nous parait rationnelle, étant admis que, de tout temps, le riz a fait le fond delà nourriture nationale. On aperçoit au dernier plan deu'x arbres qui sont deux des principales ressources du pays : le cacao et le planUmo ou bananier, et un eorbeau blanc qui parait avoir frappé le dessinateur.
La gravure immédiatement inférieure représente la plus grande des Mariannes, Ttle Guaham ou Guajan à une assez grande échelle, avec deux vaisseaux espagnols et deux jonques. Huit villages, y compris Agana, y sont dénommés; Apurguan, Ajan, Tipongan, P^ de Orote, Umatag, Merizo, Ynarajan, Pago. Mais rinlâ-ieur de Tile ne renferme que quelques montagnes évidemment placées là pour le remplissage, ce qui prouve combien cette grande tle, sauf les côtes, était inconnue au moins de notre dessinateur.
La légende s'exprime ainsi : Corren las yslas Martanas de los ladrou^ de î3 a ^1 grados norte swt. En AgaM esta el gavemadar y h mOici^. Solo en Guajan y Rota ay gente y seran como très nul aimas. La situation de Tarchipel est exactement indiquée. Agaâa, oit résidait au xv!»"" siècle le gouverneur avec la milice, fut longtemps un port assez florissant, bien que n'étant praticable que pour les hfttiments d'un faible tCHinage. Guaham comple aujourd'hui environ 6,000 habitants, nous disons environ, car les statistiques sont fort sujettes
à caution. Au momeal où Tarchipel de» Mariaooes fui découvert par les Espagnols, la population y était très dense. C'étaient les Ghamorros de race indonésienne, mélange de papouns et de négritos, dit Vivien de Saint-Martin; on 1 évaluait communément a /io,ooo ou &o,ooo individus, mais on n'en comptait plus que 3,&39 en 1710, chiffre qui cadre tout à fait avec celui que donne notre auteur.
Vient ensuite un plan de Manille gravé sur euivre (celui que nous reproduisons) ainsi signé : Fran'''' Suarez Indio Tagah la hizo. Cest un artiste que n*a pas connu M. Pardo de Tavera; il semble que la spécialité de ce dessinateur, car le mot hizo indique plutôt un dessinateur qu'un graveur, soit le dessin des plans de villes, car nous retrouvons son nom au-dessous du plan de Cavité.
Ce plan, qui donne une bonne idée de ce qu'était la ville européenne avec sa ceinture de murailles, son château, ses nombreux bastions garnis d'artillerie et son front muni de redans du côté de Bagombaya, avec la ville indienne qui s'étendait sur les deux rives du Pasig reliées par un pont de bois sur culées en pierre, est infiniment précieux et par sa rareté et par les indications qu'il fournit, la légende qui l'accompagne ne comprenant pas moins de vingtsix numéros.
(tLa ville de Manille, dit le religieux dont la relation a été publiée par Thévenot, est petite, mais elle est belle et bien fortîGée. Les maisons sont toutes bâties de pierre, sont spacieuses, bien aérées, ses mes larges et droites, et l'on s'y peut promener à l'ombre à toutes les heures du jour. . . H y a dans Manille 9,000 Espagnols, en comptant les soldats et les habitants, une fois autant d'Indiens et do,ooo sangleyes ou Chinois qui exercent tous les arts nécessaires dans une république, payent chacun tous les ans neuf écus et six réaux de tribut. On bâtit à Manille des galions beaucoup plus grands que ceux qui naviguent dans k Méditerranée, car il y a une grande abondance de bois, de goudron et d'abaca qui ressemble au chanvre d'Europe et dont on fvt de fort bons cordages pour les vaisseaux. T> Encore aujourd'hui, Manille est défendue sur les trois quarts de son enceinte par les hautes murailles dont il a été parlé plus haut; c'est la ManiUa tmtradaf ayec de larges fossés remplis d'eau par la marée montante, fossés qui ne furent creusés qu'après l'invasion anglaise en 1763, et de l'autre côté par le Pasig qiû n'est, conmie on sait, que le déversoir de la grande lagune de Bay. Mais
ces défenses tant de fois disloquées par les iremblements de terre ne résisteraient pas dix minutes à Tartillerie moderne.
tr Manille, dit Marche, tire son nom de la corruption de deux mots de la langue tagale : mayrouy c'est-à-dire «ril y a?), et nila qui signifie du nila, plante arborescente autrefois très commune sur les petits ilôts à Tembouchure du Pasig^')?». Je n'y contredis pas, mais je nai pas confiance, connaissant quantité d'étymologies su* jeltes à caution, notamment celle du Canada.
Suarez, en nous donnant à une échelle sufiisante le plan de Manille, a eu soin d'y joindre une légende qui nous indique remplacement des principaux établissements de cette ville [qui fut fondée par Miguel de Legazpi en 1870. L'église cathédrale, qui avait été bâtie en pierre de taille à trois nefs avec sanctuaire et chœur entouré de grilles, garni de stalles, dun orgue, d'un lutrin, etc., fut ruinée par le grand tremblement de terre de i863, et Ton en trouve une vue dans l'ouvrage de Marche que nous avons cité.
Le couvent de Saint-Augustin (19) était un vaste bâtiment qui pouvait contenir cinquante moines et qui avait, avec de vastes dortoirs, réfectoires, offices, une chapelle qui passait pour un des plus somptueux édifices qu'il y eût dans le pays: c'est là que fut enterré Legazpi, le premier gouverneur des Philippines en 157&.
Le monastère de Saint-Dominique (13) qui était dans les murs et comptait quarante moines brûla dans le grand incendie de la ville en i6o3 et fut alors rebâti avec beaucoup plus de luxe et de confortable qu'il n'en avait auparavant. Le collège de la Compagnie de Jésus (16) ne fut vraiment fondé qu'en 1601 , bien que la cedule en ait été accordée depuis 1 585 , et était situé près de N* Senora de Guia, c'est aujourd'hui le collège de pharmacie. Il y avait là vingt moines qui enseignaient, avec les arts, le latin et les cas de conscience. Outre l'é^e, il y avait une bonne maison de pierre où, avec les jésuites, logeaient les étudiants avec leur recteur.
Le fort de Santiago (7) était une citadelle en pierre de taille à l'extrémité de la pointe de terre qui s'avançait dans la mer. Il défendait la barre et la rivière avec un rivelin plein d'eau. Quelques grosses pièces d'artillerie étaient en batterie du côté de la mer et de la rivière , tandis que d'autres qui étaient situées sur la partie la plus
(*) LuçoD et PalawtD, Six an» de voyage iem» lee PkiUpptMê. Paris, Hachette, 1887, iii-16.
ëlevëe du cbàteau iiattaient la terre. Il y avait la avec un magasin à pondre, des quartiers pour les soldats et les artilleurs, un logement pour le commandant. La garnison de cellu citadelle se composait au temps de Morga d'un détachement de trente soldats avec leurs officiers et huit artilleurs. Cela n était pas formidable.
IjC 19 mai, jour où les Espagnols s'^emparèrent de Manille sur Rajah Mora, se cëlébrait la fdte de Sauta Poleuciana. Pour commémorer il jamais une date aussi importante dans Tbistoire de la colonie, fut fonde en 1589, sous le gouvernement de Das Marinas, une maison conventuelle, Santa Potcnciana (aS), avec son ëglise sous le vocable de San Andres; c'était, sous Tadministraiiou d'une supérieure, une sorte de maison de refuge et d'assistance pour les femmes dans la détresse et les pauvres filles. €es dernières, quand elles n'en sortaient pas pour se marier, y restaient d'une façon permanente; elles y trouvaient moyen de s'employer dans les ouvroirs. Le Roi fournissait en partie è leur eutretien; le reste provenait du produit de leurs travaux et de dons particuliers. Démoli |K)r le tremblement de terre de i6&5, cet établissement est aujourd'hui disparu après mainte vicissitude.
L'Hôpital royal (n^'ç) pour les Espagnols était un énorme bâtiment en pierre, avec une chapelle et de vastes dortoirs. Malgré sa grandeur, il était généralement plein. Sous le patronage du Roi , qui foumisaait en grande partie à tous ses besoins, il avait pour surintendants trois moines franciscains déchanJL qui rendaient aux malades les plus grands services, aussi bien au point de vue spirituel que temporel. Cet établissement fut brûlé dans l'incendie deiGotil, mais rebâti plus tard.
Près du monastère de Saint-François (n°i&) se trouvait, sous l'invocation de san Juan de Dios (n'^iS), un hôpital pour les indigènes. Il avait été fondé, au moyen d'aumônes, par un frère lai franciscain nommé Juan Clémente. C'est là qu'étaient soignés pour toutes les maladies qui pouvaient les atteindre un grand nombre d'indigènes. Il était administré par des Franciscains déchaussés.
Citons enfin l'hôpital delà Merci, fondé en i5^k par la confrérie de la Merci de Lisbonne dans un but charitable. On y secourait les pauvres honteux, dotait les filles orphelines, secourait tous les malheureux; en même temps qu'on y logeait un certain nombre de pauvres femmes, on y bospitalisait les esclaves malades de la ville et l'on y pourvoyait à l'enterrement des morts.
Le collège de San «fosé (n° 17) avait été fonde en 1601; celui de Saint-Jean-de-Latran (n^ qS) en Tan i63o comme ëcole primaire pour les orphelins par un homme charitable dont le nom méritait d^étre conservé, Juan Geronimo Guerrero. Enfin, TUniversité de Manille, qu'on appelait (rReal y Pontificia Universidad de Santo Tomasn (n*" 11), avait été fondée dès Taube du xvii^ siècle; elle fut en 161g confiée aux Dominicains comme collège et érigée en université en 16 AS.
Qu on nous pardonne ces détails peut-être un peu longs sur les principaux monuments de Manille au milieu du xvu* siècle; pour quelques-uns d'entre eux ce sont des détails rétrospectifs, car on n'en trouve même plus des ruines de ruines; ce n'est plus qu'un souvenir et cependant l'aspect général de la ville, si l'on compare les plans de Suarez et de Coello, n'a pas trop considérablement changé.
Sur le bord du Pasig, en face Manille, on trouvait au xvii* siècle Tondo, Binondoc, l'hôpital pour les Chinois, et, au delà du pont, Santa Gruz et plus loin dans l'intérieur Quiapo. La Puerta del Parian qui regardait ce faubourg donnait, au moyen d'une chaussée, accès sur des terrains marécageux qui étaient inondés par le Pasig.
Le dessin qui suit le plan de Manille nous montre des arbres, des animaux, des hommes tirant parti des uns ou des autres. C'est dans le coin gauche, un indigène qui, monté sur une échelle, coupe, à coups d'un sabre d'abatis qui doit être le boh, d'énormes bambous, vraisemblablement la cana bajo, quatre fois plus grosse que les bambous d'Europe; on trouve aux Philippines plusieurs espèces de bambou, notamment la cana fstola. La légende a bien raison quand elle dit : Canas muy largas y grue$a$ de que se hacen andamios, casas, etc. Sous le n** 9 sont représentés des palmiers que le dessinateur appelle Bongos, et il ajoute con que se trae el buyo de que uso todo genero de génies mascandolo como tabaco. Le bongo est le palmier aréquier d'où se tire le bétel dont tout le monde se sert en le mâchant comme du tabac. Le bétel est aujourd'hui trop connu pour que nous nous arrêtions. Au pied des aréquiers est assis un de ces singes blancs, machin blanco, qu'on trouve particulièrement à Mindanao. Sous le n"* 3 , un enfant tient par une aile une chauvesouris à tête de chien, murcielago muy grande am cabeza como perro; c'est vraisemblablement le vespertiUo borbonkus. Sous le n^ & est représenté un cocotier qu'escalade un singe, tandis qu'un autre en abat
les fruits, et qu'un troisième les mange au pied de larbre. La légende nous <lii : cocos de que se aaca agua, vino, aceùe, tuba, etc. Le cocotier est, en effet, un arbre providentiel dont on tire, comme on le sait si bien aujourd'hui, les produits les plus variés. Deux autres arbres, Tun le papaya, le papayer ail fruit en forme de courge sucrée; laulre, le nanca, qui est te pterocarpus palUdus Bl. A travers ce paysage fantaisiste circulent un individu dans un hamac porté par deux serviteurs et un Tagal coiffé du salacot et monté sur un buiSe qu'il dirige au moyen d'une bride attenant h un bâton pointu qui traverse la cloison du nez de l'animaL
La cinquième gravure est le plan de Samboangan, le plus ancien, et je n'ose dire le seul que l'on possède à une aussi grande échelle. Je ne connais pour ma part, dans l'hydrographie française, que le plan de la rade levé par MM. Coupvent-Desbois, plus tard viceamiral, et Gervaize, sous les ordres de Dumont-d'Urville, qui rdâcha à Samboangan en 1889 au cours de son voyage au pdleSud^^^.
Je doute que la marine espagnole, qui a pourtant publié quantité de cartes des Philippines, ait un plan aussi important; il n'aurait pas du moins l'intérêt que nous offre une pièce datée de 1 73/1.
Zamboanga, comme on dit aujourd'hui, fut fondée par les Espagnols en 1 635 dans le but, à la fois, de dominer le pays et de s'opposer aux incursions des pirates soulouans. Ce fut à proprement parler la plus grande place de guerre et le port d'attache d'une flottille assez importante qu'y entretint le gouvernement espagnol. Située dans le détroit de Bassilan, cette rade est assez mal abritée, et le mouillage est très difficile a atteindre à cause des courants irréguliers de marée d'une extrême rapidité. Dumont d'Urville, en essayant de gagner ce port, fut drossé par ces courants et dut jeter l'ancre sur un banc où il passa la nuit en attendant le renversement du couranL Samboangan était devenu un jirenîe&o, lieu de déportation pour les crimineb indiens des colonies espagnoles. C'est aujourd'hui la capitale de Mindanao, la résidence du gouYemeur, et l'on y compte environ 6,000 habitants.
Située à l'embouchure d'une petite rivière , Samboangan , telle que nous la montre le plan de Suarez, car bien que la gravure ne soit
(*> Voir, sur le séjour fort agréable que fit Dumont d*Urviile à Samboangan en quittant Soulu : Voyagé au pâle Sud et dam VOeéanie dam hg eorvelim f Astrolabe tt la Zélée. . . HUtoire du voyage, t. VU, p. 9o3 et suir.
'Biilktin de Géographie Historique et Descriptive, iS^j.