SCÈNE VIII
TANTE ERNESTINE, MARGOT
TANTE ERNESTINE, le livre de fables à la main. Commençons :
J’eus deux soufflets....
Eh bien! mais, va donc!
MaARGUT piteuse.
Non, j'aime mieux ne pas réciter...
TANTE ERNESTINE
Pourquoi ?
MarGorT de même.
Je suis lasse... j'ai mal à la tête...
TANTE ÉRNESTINE.
Allons, allons ! pas de paresse.
MARGOT
Puisqu’il n’y aura pas de fête aujourd’hui.
TanTE ÉRNESTINE tmpatientée.
Ca ne fait rien. Allez toujours. Vous me faites perdre mon temps, mademoiselle. Voyons :
J’eus deux soufflets....
MarGor récitant avec émotion.
J’eus deux soufflets, oui, ce matin, Rien que pour avoir, sans malice, Dans un beau livre fait l’esquisse
(Montrant la longueur sur son doigt)
D'un malheureux petit pantin.
Proprement j'ai mis le bonhomme Pas sur la prière, à côté,
Sans faire le moindre pâté.
Vraiment, est-ce si mal en somme ?
Que mère en soit l’auteur, quel sot S'aviserait d’en croire un mot ?
Du reste, j'ai signé : Margot.
(Avec malice.)
Ce diable dans la litanie
Vous avait un air si moqueur, Qu’une fois ma tâche finie,
J’en ai ri... mais, de tout mon cœur !
(Redevenant sérieuse.)
Maman, pas ; (fuisant le yeste d'être battue) sa main M'applaudit de façon sévère. [au contraire, Innocente Margot, pourquoi
Veut-on pour si peu que tu pleures !
Je ne pensais qu’à rire, moi,
En illustrant le livre d'heures.
(Avec émotion.)
Qui sait, ce qui me tit punir
Sera peut-être un souvenir
Gardé plus tard avec tendresse !..
En ouvrant son livre de messe,
Un jour ma mère pleurera.
Sur la tombe de sa mignonne.
En vain alors elle dira :
‘ Pauvre Margot, je te pardonne ! ”
(Elle finit sa fable avec un sanglot et se jette duns les bras de sa tante.)
Je te dis que je suis malade!
TANTE ERNESTINE la serrant dans ses bras.
Pauvre mignonne, le repentir l’étouffe. (Haut.) Tiens, va te reposer dans ce fauteuil pendant que Paul va dire sa poésie.