CHAPITRE XX, 18 i
oreillers sa tête crépue , qui se couronnait d'un grotesque diadème de pliâmes ; elle montait sur le ciel de lit, et s'y tenait suspendue la tête en has; elle bouleversait les draps, revêtait le traversin du costume de nuit de miss Ophélia, et jouait avec lui diverses scènes comiques qu'elle accompagnait de chants , de sifflements et de grimaces devant la glace.
Un jour que miss Opliélia , par une négligence inusitée , avait laissé la clef de sa commode à la serrure , elle trouva son plus beau châle rouge de crêpe de Chine roulé, en guise de turban, autour du front de Topsy. La négresse, tragiquement drapée, poursuivait devant la glace le cours de ses répétitions.
— Topsy! disait parfois l'institutrice à bout de patience, pourquoi vous conduire ainsi?
— Je ne sais, madame; je suppose que c'est parce que je suis méchante.
— Je ne sais vraiment que faire avec vous , Topsy.
— Ah! madame , il faut me fouetter. Mon ancienne maîtresse me fouettait toujours : je ne travaillais qu'après avoir été battue.
— Mais, Topsy, je n'ai pas envie de vous donner le fouet. Yous faites bien quand vous le voulez; pourquoi ne voulez-vous pas?
— J'étais habituée au fouet, madame ; je présume que ça me faisait du bien.
Miss Ophélia essayait de la recette, et Topsy ne manquait jamais d'entrer en convulsions, de crier, de gémir, de demander grâce; niais une demi-heure après , quand elle était sur le balcon , au milieu des négrillons , elle tournait en dérision son supplice :
— Miss Ophélia m'a donné le fouet!... çani'estbien égal; ses coups ne tueraient pas une mouche. Il fallait voir comment mon ancien maître enlevait la chair ; il s'y entendait.
Topsy aimait à faire parade de ses égarements. — Nègres, disaitelle quelquefois à ses auditeurs, vous savez que vous êtes tous pécheurs; les blancs le sont aussi, à ce que prétend miss Ophélia ; mais personne n'a commis plus de fautes que moi ; je suis intraitable ; mon ancienne maîtresse passait sa vie à jurer après moi. Je crois que je suis la plus méchante créature du monde.
A ces mots, Topsy faisait une gambade, montait sur quelque grillage élevé, et s'y pavanait, fière de ses méfaits comme d'une distinction.
Miss Ophélia s'occupait sérieusement tous les dimanches d'apprendre à Topsy le catéchisme. L'enfant avait une mémoire rare, et récitait ses leçons couramment, ce qui encourageait l'institutrice.
— Quel bien croyez-vous lui faire ? demanda Saint-Gare.
— Le catéchisme, répondit miss Ophélia , a toujours été enseigné aux enfants, et leur a toujours fait du bien.
— Même quand ils ne le comprennent pas.
— Oh! ils ne le comprenne ni jamais tout d'abord, mais ils se le rappellent en grandissant.
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— 31a foi, je ne me le rappelle pas, cl pourtant vous me l'avez appris dans mon enfance.
— Oh! vous aviez de grandes dispositions, Augustin, et j'avais fondé sur vous bien des espérances!
— Est-ce que je ne les ai pas réalisées?
— Plût au ciel que vous fussiez aussi bon que dans vos premières années !
— Je ne crois pas avoir changé, ma cousine. Eh bien, poursuivez votre œuvre, et catéchisez Topsy; peut-être nnirez-vous par lui débrouiller les idées.
Pendant cette discussion, Topsy était restée immobile comme une statue, les mains jointes, et, sur un signe de sa maîtresse, elle continua à réciter : « ]Xos premiers parents, ayant abusé de leur liberté, sortirent de l'état où ils avaient été créés. »
En prononçant ces mots, Topsy parut désirer une explication.
— Qu'y a-t-il, Topsy? demanda miss Ophélia.
— Dites-moi, madame, était-ce l'Etat de Kentucky?
— Quel Etat?
— L'Etat d'où ils sortirent. J'ai entendu mon maître dire que nous venions du Kentucky.
Saint-Clare se mit à rire en disant :
— \ous lui indiquez un sens, et elle en trouve un autre. Il semble qu'elle veuille établir une théorie de l'émigration.
— De grâce, Augustin, gardez le silence ; comment puis-je arriver à bien si vous riez ?
— Soit : je ne troublerai plus vos exercices.
Saint-Clare se mit à lire son journal , tandis que Topsy répéta i I sa leçon; elle la savait à merveille; seulement elle transposait parfois des mots importants, et persistait dans ses erreurs, malgré toute remontrance contraire. Saint-Clare prenait un malin plaisir à ses méprises, et faisait répéter à la négresse les passages qu'elle avait dénaturés.
— Comment voulez-vous que je m'acquitte de ma tâche, Augustin? dit miss Ophélia; vous contrarie/, mes efforts.
— C'est qu'il est vraiment comique de voir celte petite fille s'embarrasser dans ces grands mots!
— M, lis vous la soutenez dans ses écarls; vous devriez vous rappeler qu'elle est douée de raison, et que vous pouvez exercer sur elle une influence.
— Sans doute; mais je su's si méchant! pour me servir de l'expression de Topsy.
L'éducation de la négresse se poursuivit de la sorte pendant plusieurs mois. Miss Opliélia ne se rebuta point; elle s'habitua à son métier de pédagogue eomme d'autres personnes s'accoutument à la névralgie OU à une maladie chronique. L'enfant procurait à Saint- Clare les mêmes ili 11 il t'um i qpiNm perroquet ou un épagneul. Toutes l»s loi-, (pic T09931 était persécutée, elle .-.e réfugiait, auprès de son maître, qui parvenait à conjurer la tempête. Il lui donnait de u-mui