ASCENSION AU-DESSUS DU ZUYDERZÉ
Outre le voyage auquel Lhoste fait allusion à la page 18, nous trouvons dans une lettre écrite à son frère Frédéric, qui exécutait alors des ascensions dans le Sud de la France, quelques détails intéressants sur une aventure aérienne au-dessus du Zuyderzée.
Cette fois encore il s'agissait d'une ascension simultanée, et les deux aéroslals étaient reliés par un fil téléphonique.
J'ai reçu ta lettre au moment où je me disposais à
mettre le pied dans la nacelle, je me suis contenté de la mettre dans ma poche sans la décacheter, afm d'avoir le plaisir de la déguster, quelques instants plus tard, à 3,ooo mètres au-dessus du commun des mortels, et je te réponds en te donnant quelques détails sur les expériences que j*exécute en ce moment en Hollande, où je monte en ballon plutôt deux fois qu'une par semaine. Dimanche dernier j'ai recommencé une ascension double fort intéressante dans le Parc, d'où je suis parti avec le capitaine de Braine (i). Je montais le ballon V Explorateur en compagnie de M. Fritz Kieseuetter, et le Sylphe éia\t montéparM.Julhes. Au moment du départ, la force ascensionelle du Sylphe n'étant pas suffisante, j'ai été obligé, pour éviter im accident, de couper rapidement le fil téléphonique.
Une fois débarrassé de ma remorque, je m'élevai rapide-
ment poussé par un vent d'Ouest-Sud-Ouest; à 800", je lance le parachute, puis nous continuons à monter jusqu'à Taltititude de 1800"; à cette hauteur M. Fritz se trouve pris de bourdonnements d'oreilles très intenses, levant est Sud-
(1) 11 résulte du récit du Eijen Hard, que M. de Brame n'était pas dans le même ballon que Lhoste, mais dans un aérostat conduit par son confrèi*e Julhes, et {mrti en même temps que lui du Parc.
Ouest, et il nous porte au milieu du Zuideraée. La distance qui nous sépare de l'autre ballon est considérable ; malgré cela nous l'apercevons toujours ; et vers 6 h. nous le voyons
tomber à la mer.
Voyant que le même sort nous attend, je prends le parti de ramener l'aérostat au ras des vagues, car le lest est presque épuisé, la nuit approche à grand pas et nous n'avons aucun bateau sur notre route.
Vers 7 h. nous sommes plongés dans l'obscurité; un brouillard froid nous environne -, nous ne distinguons plus rien, aucun bruit ne se fait entendre sauf le clapotement des flots
agités par le vent.
J'ai tout jeté, même les sa«s vides; la corde que nous traînions à la remorque est presque engloutie; la nacelle va l'être à son tour ; alors je sacrifie l'ancre qui pèse environ lo kilos; il était temps, car une minute de plus et nous imitions notre camarade. Ainsi allégé, l'aérostat continue sa course ; mais à sept kures et demie il retombe de nouveau. Je sacrifie cette fois, notre dernière resssource, la corde, qui, étant mouillée, est lourde. Bientôt l'aérostat se relève d'abord doucement; mais, sortant du brouillard, a reçoit les rayons bienfaisants dejla lune. L'étoiîe se sèche, de sorte qu'allégée du poids de l'eau qui s'évapore nous montons avec une grande rapidité.
A sept heures quarante-cinq, nous sommes à 2,000"; l'horizon s'agrandit, et bientôt nous apercevons deux groupes de lumière; nous avons su plus tard que c'étaient les villes de Elbrug et Handerwijk. Je vois avec plaisir que dans CCS hautes régions le vent est Nord-Ouest et nous reporte sur la terre, 0(1 nous ne Urdons pas à descendre, heureux d'échapper au contact de l'eau, qui ne doit pas être chaude, car nos vêtements trempés d'humidité sont recouverts de paillettes de glace...
Imprimerie du Spectateur militaire.
Paris. — H. Noirot, Imprimeur, 22, rue de l'Abbaye.
WILTRIO DE P0MTTE1.1.K
Un Ufttâslropfc ■■■ T^-n- i-... .
LIBRARV OF CONGRESS
t|:PS^