F. LHOSTE
JOSEPH UANOOT
1 4 LA CATASTROPHE DU BALLON « l'aRAGO »
Le nombre grandit, heuieusement chaque jour, de ceux qui rêvent la conquête de Tair, et qui malgré les imperfections des ballons s'obstinent à s'en servir, espérant à force de hardiesse, de coup d'oeil, de dextérité, leur donner tout ce qui leur manque I Mais revenons à l'ascension du j3 novembre.
En dépliant le ballon il arriva un accident. L'étoffe reçut un accroc triangulaire. Le développement de la dcatrice avait au moins 60 centimètres. Beaucoup auraient retardé l'expérience, Lhoste et Mangot se contentèrent de faire exécuter une reprise sommaire, puis on recouvrit la cicatrice d'une bande de diachylum et le tout d'un numéro de journal, sans doute le TempSj dont le papier est sans rival.
Pendant la période émouvante où le sort de nos deux jeunes amis était nour nous une préoccupation poignante^ où nous^ttendions, avec une impatience fébrile, que le télégraphe nous apportât une heureuse nouvelle de quelque terre lointaine, ^'ai bien des fois songé non sans terreur à cette cicatrice ; car je sais par expérience que par un air agité, le ballon est secoué quelquefois d'une façon très violente, que le même effet se produit lorsqu'il descend avec rapidité, ou lorsqu'il bondit avec élan. Je sais, de plus, par la catastrophe du ballon Y Univers et d'autres exemples, que dans ces circonstances exceptionnelles l'étoffe est tiraillée dans tous les sens, de sorte que les blessures mal fermées peuvent se rouvrir. Je me suis bien donné garde de iaire part de mes craintes à ceux qui tremblaient sur le sort des jeunes disparus, mais actuellement il n'y a plus de raison pour cacher cette circonstance qui donne ouverture à de nouvelles suppositions, à de nouvelles hypothèses!
Au départ, les aéronautes avaient cent kilogrammes de lest, poids très suffisant pour bien faire, puisqu'il était décidé qu'ils déposeraient à terre leur compagnon, et qu'ils
LA CATARTROPHE DU BALLON « L^ARAGO » l5
repartiraient pour continuer à deux leur voyage. Les vivres n'étaient pas abondants. Ils ne devaient emporter que deux bouteilles de vin, deux livres de pain et un jambon ; ce programme modeste, trop modeste, ne fut pas même suivi avec ponctualité. Car le jambon resta à tene, sans que les aéronautes s'aperçussent qu'il n'avait pas été embarqué. J'espërp que Taide de manœuvre, qui a commis cette erreur, aura de cruels remords, même dans le cas où cette omission aurait été produite uniquement par la négligence ! I Car à quelque époque qu'ait eu lieu la catastrophe, I Jioste et Mangot, avant d*être engloutis dans l'Atlantique, auront eu le temps de maudire la maladresse de celui qui les aura privés de la joie de l'aéronaute : un repas en pleine atmosphère ! Quelle table garnie des palais somptueux vaut un jambon dégusté dans la région des nuages !
VArago quitta le sol hospitalier de l'usine de La Ville tte à huit heures du matin, et prit immédiatement la direction du N. N. O.y qu'il ne quitta pas, pendant toute la durée du voyage au-dessus de la terre de France, et dans la première partie du voyage sur mer.
Le vent était vif, et le panorama délicieux qu'offre la vallée de la Seine, même lorsque les arbres sont dépouillés de leurs feuilles, se déroulait aux pieds des voyageurs avec une rapidité enchanteresse.
Le ballon tenait bien son gaz; quoique sommsdre, la réparation de la déchirure était jusqu'alors parfaitement suffisante. La consommation du lest était insignifiante et le vent avait une stabilité bien supérieure à celle du commun des brises du sud-sud-est, qui sont réputées à bon droit, nous en verrons bientôt un triste exemple, pour être excessivement capricieuses.
Après avoir traversé Rouen, reconnaissable de loin à sa grande flèche qui fait pâlir celle de Saint- Paul de Londres,
l6 LA CATASTROPHE DU BALLON « LAtlAjO J»
VArago s'engagea dans la basse Seine ; il plana bientôt audessus de la région où le fleuve ressemble à un petit bras de mer.
A ce moment, il devenait indispensable de desœndre le troisième voyageur, et d'exécuter la seule partie du programme qui fût arrêtée d'un^ façon définitive. On en pro* fita pour faire l'épreuve des^ ballonnets. Il suffit d'ouvrir légèrement la soupape de Tun d'eux pour que YArago obéit avec une docilité merveilleuse, surprenante quand on ne sait pas de quelle précision les mouvements aériens d'un ballon sont susceptibles.
Bientôt VArago planait à quelques mètres du sol. Des paysans s'accrochaient au guîde-rope, pesaient sur ce cordage et amenaient facilement la nacelle à terre.
On était arrivé à Quillebœuf, à 184 lûlomètres de Paris suivant VAbnanach national; il était onze heures du matin. L'aérostat avait filé avec une vitesse moyenne de 60 kilomètres par heure dans la direction de la côte anglaise.
Une fois que M. Archdeacon fut hors de la nacelle^ il pria, il supplia ses compagnons de voyage, d'interrompre leur excursion, afin de déjeuner ensemble.
Si le vent avait soufflé dans toute autre direction, Lhoste et Mangot auraient accepté de grand cœur, ils eussent volontiers renoncé au plaisir de manger les vivres qu'ils croyaient encore posséder dans la nacelle de leur navire aérien et au plaisir de déboucher leurs bouteilles à mille mètres du niveau des repas ordinaires ; mais il leur sembla, que la fortune leur offrait l'occasion d'un nouveau triomphe qui confirmerait et consacrerait tous les résultats obtenus dans la nuit du 2g-3o juillet ; qu'ils reviendraient avec une réponse triomphante pour clore la bouche aux jaloux prétendant qu'ils avaient réussi par hasard.
Ils oubUèrent, hélas ! que s'ils avaient été heureux à Cher
LA CATASTROPHE DU BALLON « l'aRAGO » 17
bourg, ce n'étfidt qu'après avoir consulté le service maritime, et minutieusement suivi les prescriptions indiquées par Giffard lorsqu'il recommandait Texpérience.
Ils ne virent qu'une chose ! Ils avaient parcouru près de la moitié de la route, et le chemin qu'ils avaient encore à faire n^était pas beaucoup plus long que la traversée de Cherbourg en Angleterre.
Ils hésitèrent un instant, il regardèrent Archdeacon, ils regardèrent la direction des nuages, puis il se regardèrent et ils échangèrent un sourire. Leur sort était scellé; c'était dans le fond des gouffres inconnus de T Atlantique que leur dernière étape devait se terminer.
Comme on le fait chaque fois qu'on débarque un voyageur, les deux amis remplirent avec de la terre un certain nombre de sacs de lest, pour emporter le poids équivalent à celui du passager qu'ils laissaient à terre, et, joyeux, ils bondirent dans l'espace.
Les paysans saluèrent de leurs acclamations ces hardis voyageurs. M. Archdeacon se joignit à cette manifestation et sa voix émue fut peut-être la dernière voix humaine que Lhoste et Mangot durent jamaûs entendre !
On vit encore les voyageurs passer au nord de Tancarville et de Barfleur, les habitants de Saint-Jouin crurent qu'ils allaient descendre sur leur rivage hospitalier. En effet, on vit YArago baisser rapidement au moment où il passait au-dessus de la vigie du cap d' Antifer,
C'étaient les satellites dont on faisait l'expérience, et auxquels on enlevait encore une fois une partie de leur gaz.
Il était* midi cinq lorsque VArago commença la partie maritime de sa trajectoire. Le veilleur se mit à sa lunette et suivit l'aérostat pendant près de lo kilomètres, suivant sans broncher la ligne nord-nord-ouest quoique son altitude augmentât progressivement. Le mouvement de la
1 8 LA GATASKrROFHB W «ALLON « l'I^IOO »
<K>k>nne d'air étaîl régulier» uuifarme si;ir une épaisseur considérabte et la direetîM était hoone.
A peu près au momeat où la vigie du cap d^Antifer cessait d'apercevoir ÏArofi^y il était vu par le capitaine de la Georgette^ a^aai^er du port de Dieppe, qui naviguait i. l'ouest du cap d'Ailly, i i& milles par son travers.
Cette observation, recueillie par \^ Petit Journal^ aurait dd rassurer, elle jeta Ti^arme, parce que ce marin déclara qu'il n avait point aperçu de nactdle. Certa^pes personnes s'empressèrent d'en conclure que les s^ronautes de VArago avaient abandonné leur navire aérien en pleine atmosphère.
l\ ne fut pas d«£fidle de démontrer que le capitaine avait été victime d'une erreur très commune lorsque l'on voit à une gemàd distance les ballons flottant dans l'atmosphère. En effet, les dimensions de la nacelle sont tellement petites qu elles disparaissent devant celles de l'aérostat lui-même. La nacelle de VAreffo était d'autaat plus difficile à voir, qu'elle était à jour, disposition qui n'est peutêtre pas défavorable lors des traînages maritimes, parce que la résistance opérée au mouvement des vagues est moindre, qu'avec une nacelle tressée pleine à la manière ordinaire.
Celle de YArago devait se trouver masquée par les satellites, dont l'usage offre un inconvénient dont Lhoste et Mangot n'ont pu s'apercevoir que lorsqu'ils ont plané audessus de la mer. Tant que la force ascensionnelle du ballonnet est suffisante, la petite soupape joue avec une grande facilité. Mais il n'en est pas de même dès qu'elle diminue notablement, alors le satellite obéit à la main que tire la corde de soupape, et il devient impossible que la corde agisse sur les clapets, qui demeurent clos appuyés sur leur siège ; il faut donc retourner les ballonnets et les vider par rappendicOf mais comme ces globes ont J^ kS mètres
LA CATASTROPHE DU BALLON t L^ARAGO 1 19
de diamètre, cette manœuvre nécessaire n^est point sans offrir quelques dangers. Il peut très bien arriver que le ballonnet échappe des mains des aéronautes et tombe à la mer. C'est ainsi que nous expliquons la dernière observation à laquelle VArago a donné lieu, et dont nous allons nous occuper tout i Theure.
Nous serons d'autant plus disposés à adopter cette théorie, que dans une enquête faite par le maire de Saint- Gouin, à la requête des familles, il a été établi qu'un peu après leur passage au zénith de cette station, on a pu voir que les aéronautes étaient montés sur le bord de leur nacelle et se préoccupaient d'arrimer leurs ballonnets qui, allourdis par la fausse descente, flottaient moins franchement qu'au départ et avaient probablement déjà commencé à isurcharger l'aérostat, tout en contenant encore une certaine quantité de gaz.
Lorsque le capitaine de la Georgette perdit de vue le ballon, il montait toujours, ce fut un nuage qui le cacha. Le vent avait tourné d'une façon notable, car, vers deux heures, le ballon ne filait plus que dans le nord-ouest. Il avait donc une tendance à prendre la direction de l'ouest, et par conséquent à filer au large en passant au sud du cap Finistère d'Angleterre.
C'était probablement dans l'intention de lutter contre cette tendance fatale que MM. Lboste et Mangot montaient toujours ; ils cherchaient bravement leur couche d'air ot nous verrons qu'ils la ti-ouvèrent dans la haute atmosphère.
Au coucher du soleil, le steamer Prmcc-L^o/}o/rf faisant route pour Newcastte, , petit port du nord de l'Irlande, était arrivé au large de l'île de Wight, aperçut ce qu'il nomme im grand ballon qui tombait à la mer, arrêta sa marche et mit le cap sur l'épave; mais ne parvint à découvrir ni marin, ni nacelle, quoi qu'il s'en fut approché jusqu'à une vingtaine de mètres. Comme la nuit arrivait
90 LÀ CATASTROPHE DU BALLON « l'aRAGO »
à grand pas, et que ces parages sont semés de rédfs, il s'éloigna dans la direction de l'ouest. Arrivé à Newcastle, en Ulster, il prit un chai^ement pour Lisbonne et toucha à Troon, petit port du sud de TEcosse, sans doute pour faire du charbon. Là, le capitaine Mac Donald lut un avis du Lloyd de Londres, demandant aux navigateurs desnou* velles du ballon VArago^ et communiqua ce qu'il avait vu au correspondant de cette agence. La nouvelle fut immédiatement télégraphiée dans tous les journaux de Londres, et de là dans tous les journaux du monde.
Cette observation du Prince^Léopold donna lieu à une nouvelle alarme qui sembla cette fois bien fondée... mais il ne fut pas difficile de la dissiper.
En effet, même si la déchirure faite pendant le gonflement s'était ouverte dans la haute atmosphère, le capitaine du Prince-Léopold aurait vu passer une nacelle ; n'aurait-il pas distingué les aéronautes, puisqu'il s'est approché d'assez près de l'épave pour apercevoir une casquette ?
Le ballon tombé à la mer n'est donc grand que pour un marin étranger aux choses de l'air. Ce qu'il a vu précipiter d'une hauteur inconnue, n'est qu'un des deux satellites.
La casquette semble prouver que Lhoste et Mangot n'ont pas cherché à s'en débarrasser pour délester leur navire aérien, car pour réussir, ils n'avaient qu'à trancher un cordage tendu. Ils devaient être occupés à une manœuvre plus difficile ; au retournement pour compléter la vidange du gaz par l'appendice : tombant malgré eux, le satellite a entraîné une casquette.
Au moment où l'équipage de YArago manœuvrait pour se rapprocher du niveau de la mer, et préparait sa descente, il faisait déjà sombre. Les ténèbres de la nuit, les brouillards du soir troublaient la transparence de l'air. Un bond inattendu survenant, les aéronautes ont perdu tout à coup leurs repères. Us ont traversé la Péninsule
LA CATASTROPHE DU BALLON « l'aRAGO » 3 1
de Cornouailles sans s'en douter, et passé de la Manche dans le canal de Bristol sans s'en apercevoir.
Tout porte à croire que c'est par suite de ce fatal obstacle, en un moment psychologique, qu'ils se sont ainsi égarés dans l'espace.
^^'Màukménn^
En effet, la trajectoire probable conduit précisément \Arago dans la partie étroite qui sépare la Manche du canal de Bristol, sorte de péninsule très allongée dont le col n'a pas plus de loo kilomètres, distance aisée à franchir .en moins d'une heure. De plus^ comme il fsûsait grand frais à la surface de la mer, le vent supérieur devait filer avec les allures de la franche tempête.
Et tout cas, soient qu'ils aient été dérivés le long de la côte anglaise, soii qu'ils aient bondi impétueusement audessus de la Cornouaille, nos amis ont terminé leur ascension dans la partie de l'Océan Atlantique qui s'étend au sud de l'archipel britannique et au nord de l'archipel des Açores.
Ce dernier groupe d'Iles se prolonge sur une longueur de 6 à 700 kilomètres dans une direction perpendiculaire
2 8 LÀ CATASTROPHE BV BALLOK « l'aRAGO »
à celle du vent qm régnait alors. Outre les sept iljes prindpales qui appartiennent au Portugal depuis que Tinfant don Hennque en a fait faire la découverte, et qui sont un vé«*itable pajadis terrestre, il comprend une multitude de rochers où des épaves peuvent s^accrocher.
Cette circonstance et les raisonnements publiés dans le Times avaient fait courir le bruit que Ton y avait retrouvé le ballon. Comme Tarchipel n'est pas relié télégraphiquement avec TEurope, on pouvait expliquer ainsi le retard mis à la réception des nouvelles.
Aussitôt la famille Maiigot envoya un télégramme à M. Ladevèze, consul de France à Las Palmas, capitale des Canaries, bien à même de faire une enquête sur cet événement. Deux ou trois jours après, ce fonctionnaire répondit par la même voie que ce bruit était dépourvu de fondement. La nouvelle qui avait ramené Tespérance dans bien des cœurs, n'était, hélas ! qu'une vaine rumeur.
Bientôt nous devions trouver dans la Graphie la confir • mation absolue du passage au-dessus de la péninsule de Gomouailles. Car un excellent article dû à M. Le Fevre, président de la Société des ballons de Londres, se termine en apprenant que YArago a été aperçu voguant en plein Alhtntfque, par les habitants de Bideport, ville du Nord- Oevon, fameuse dans les annales maritimes de la Grande- Bretagne. Car, c'est-là qu'un intrépide capitame d'Elisabeth, résista victorieusement à toute une flotte espagnole!
Comment se faît-il que les regards des descendants de ces vaillants défenseurs de la liberté, aient pu suivre nos inrtrépides une heure après l'instant où ils avaient confondu TAngleterre avec les mers orageuses qui Tenvipomimt?
Hélas, Tœil des terriens plongés dans la nuit, aperçoit toQgtemps les objets éclairés dans la haute atmosphère par ufi dernier reflet du jour minirant ! Nais, depuis long-
LA CÀTASTRÛPHE &U BULLOK « L'aRAÛO » 2^
temps, l'œil du voy^g^ aéfrfen «core hn^régaé ée lumière, ne discerne rien dans les obscurités de la lerre î
Que de poésie aiBère, msàs gt*ancHi!>se, dêfus «ttte 'étutrratiotn dermèfre faîte an setâ 'de la nirifti lugtdn-e ! Qu^e scëcfe digne 'tomtme l^etogkmti£»eiiiem<â^ Sdidly*, de trou^ ve?r tin Bytôte ou ut Tttfiiér pour ftiire couler de noUas larmes'! ! Quelle fm et '^eUé tombe grandiose! ! Mm la mort, B^e^ pas la mort, c^ésft «me autre vie qtà «omfneooe et qui doit être glorieuse pour les émules d'ieare ! !
La vérité suprême fie se ^omaft fioint enocve, mais, quoiqu'il reste miverte à Tesp^afl^ une porte 'cpie Boua devons noiis garder de clore, le Téswlta/t, l^rop (M-obable, le voiei : Après avoir 4Htté plus ou moins kmgtemps arvec vaillance -comme de véi^ables aéP€ma«!tes français doivent (e faire dans toutes tes rïrconstaMces ; affaiblis peut-être par le froié, la faim et la 6oif, mai» soutenus jusqu'au demi^ moment par Tespéir que la fortune, qui leur avait souri trop de fois ne les ai)andonnerait pas, iiboste et Mangot ont trouvé dans Tocéan la tombe de Lacaae, de Prince, d'El^, de Powel et de Qower!
Comme tes héros dont parle un de nos obante nationaux^ on petit dire de ces deux jeunes hommes : « Dis sont nuHrts mais ils ont vaincu )>. Oui, ils ont vaincu, pnaisqu'ils ont traversé l'Angleterre. Us auraient pu descendre, et gotuer la satisfaction d'un nouveau triomphe « s'ils n'aivaient été trahis par la lumière » .
Gardons-nous de les blâmer, et surtout de les plaindre ! Ceux qui meurent pour une idée, ceux qui succombent sur les champs de bataille sont à glorifier. Réservons notre pitié pour les êtres chéris qulls laissent toujours sur la terre lorsqu'ils se sont envolés dans l'espace ! Ayons ausiû des regrets pour la patrie, qm a perdu deux cœurs ardents, deux braves. Certes, ceux-là n'auraient point hésité à courir d'autres périls, s'il s'était agi de faire ser-
vir les ballons à frapper les ennemis de la République française I
Heureusement la race des grands imprudents n'est pas près de s'éteindre, et le trépas prématuré de l'équipage àeVArago, n'empêchera pas d'autres ardents, amis delà navigation aérienne de braver l'océan courroucé, de faire flotter notre drapeau national au plus haut des airs, de faire retentir nos refrains patriotiques au-dessus des abîmes océaniques.
Le 5 juin i883 nous nous trouvions chez Lemardelay, assis à une table somptueuse. Nous célébrions par un banquet, que présidait Tissandier, le centième anniversaire du premier acte de la conquête de l'air. M. Sadi-Carnot qui était assis à la gauche de Paéronaute du Zénith^ et dans lequel^ malgré son mérite, personne alors ne devinait le futur président de la République, venait de rappeler les glorieux souvenirs des vieux aérostats de Meudon, loi*squ'on nous apporta un télégramme arrivant de Boulogne. L'éclair nous apprenait que deux des nôtres, MM. Eloy et Lhoste, s'étaient associés pour célébrer la ndssance de la Qavigation aérienne, en franchissant la Manche comme Pilatre avait tenté de le faire. Nous applaudîmes^ espérant qu'ils réussiraient. De ces deux amis, un a été englouti, pour ne pas avoir atteint le but de ses efforts, et l'autre sans doute, pour l'avoir atteint trop de foisi 'Qu'ajouterais-je à de pareils souvenirs I !
Imprimerie du Spectateur militaire.
Faite. ^ Typ. H. Noirot, rue de TAbbaye, 22.
LE