STATUTS DES APPRENTIS
Un maître ne peut prendre en apprentissage un jeune homme, s’il n’est issu d’un mariage légitime. Ne peut être reçu appareilleur dans un atelier , un jeune homme quand il est en apprentissage, ni en sortant de l’apprentissage , s’il n’a pas fait une année de voyages. En cas qu’un apprenti aurait déjà travaillé et acquis des connaissances chez un maçon et voudrait s’appliquer à la taille des pierres , il lui faudrait au moins encore rester trois années en apprentissage , pour lequel le terme ordinaire est de cinq ans. Aucun apprenti qui aurait quitté son maître sans des causes majeures qui seront à apprécier, ne pourra être reçu par un autre maître, et aucun compagnon ne doit le hanter, à moins qu’il n’ait reçu un certificat du maître qui constatera son apprentissage. Aucun apprenti ne peut racheter de son patron un temps d’apprentissage, à moins qu’il ne veuille se marier avec le
grandioses qui lui avaient donné la vie et à qui il devait son immense relief.
Les Ateliers.
C’est du côté méridional de cet édifice qu’étaient établis pendant des siècles les ateliers des tailleurs de pierre , et
consentement de son maître. Un apprenti, qui aurait à se plaindre des mauvais procédés de son patron , a le droit de porter plainte à la corporation qui statuera.
Tout maître , qui tiendra une caisse sous l’obédience de l’atelier principal de Strasbourg, sera obligé de payer dans cette caisse tous les ans un demiflorin , aussi longtemps que seront dues des redevances à cette caisse. Tout maître, qui aurait eu une caisse et un livre de statuts et qui n’aurait plus de travail ou qui n’occuperait plus d’ouvrier, sera obligé de rendre les statuts et la caisse à l’atelier principal de Strasbourg.
11 a été reconnu à la réunion de Ratisbonne , quatre semaines après Pâques 1459, le jour de Saint-Marc, que Jodoque Dotzinger, de Worms, architecte de l’OEuvre-Notre-Dame de Strasbourg , et ses successeurs seraient nommés grands maîtres et juges suprêmes des ateliers architectes-tailleurs de pierre, ce qui a déjà été reconnu auparavant à Spire, à Strasbourg, et une année après, en 1460 et en 1464. Maître Laurent Spenning de Vienne sera grandmaître à Vienne, de même que les grands-maîtres de Strasbourg, ceux de Vienne et de Cologne, seront reconnus comme chefs et juges suprêmes de la corporation.
Au territoire et sous l’obédience de Strasbourg appartient le pays en deçà de la Moselle, la Franconie, la Thuringe, Bamberg jusqu’à l’évêché d’Eichstædt, de là jusqu’à Ulm , Augsbourg, le Vorarlberg et la frontière de l’Italie; la Misnie, la Saxe, Francfort, la Hesse et la Souabe.
A celui de maître Laurent Spenning , architecte de l’OEuvre-de-Saint- Étienne à Vienne, appartiendra Laybach, la Styrie, la Hongrie et les bords du Danube.
Maître Étienne Hurder, architecte de l’OEuvre-de-Saint-Vincent de Berne, aura sous son obédience le pays de la Confédération helvétique.
Maître Conrad , de Cologne , architecte de la cathédrale de Cologne , et ses successeurs auront sous la leur tout le Bas-Rhin et les ateliers qui s’y formeront.
Suivent les signatures de 128 maîtres et compagnons reçus dans la corporation jusqu’en 1468 ; la majeure partie. Allemands et Suisses , un d’Oxfort et un de Pont-à-Mousson.
si nous jetons un regard sur les anciennes gravures qui le représentent1, nous voyons tout à l’entour des constructions en tout genre , des jardinets même , nichés entre les contreforts , qui, après que Jésus-Christ eut chassé les trafiqueurs du temple , s’étaient établis avec leur industrie variée sous sa protection immédiate , même autour "des contreforts de la façade principale. L’incendie , qui consuma la toiture de cet édifice, le 27 juillet 1759 , en faisant fondre le plomb dont elle était couverte2, avait aussi fait des dégâts à ces maisonnettes; en 1772, les directeurs de la fabrique les firent démolir, et, comme leur location était d’un bon rapport pour la caisse de l’Œuvre-Notre- Dame , elles furent reconstruites uniformément avec une façade ogivale , en harmonie avec le style de l’édifice. Maître Gœtz , l’architecte de l’Œuvre à cette époque , eut à se débattre pour empêcher que ces boutiques ne fussent élevées dans le même style grec que la sacristie, dont nous avons déjà parlé ; enfin , le bon sens eut le dessus, ce qui n’arrive pas toujours, et pour se venger des innovateurs français qu’il avait à combattre, il affubla quelques gargouilles, vis-à-vis du Château , de perruques , d’ailes de pigeon et de catogans , dont étaient coiffés ses adversaires (voy. pl. IV, fig. 20 et 21)3. Chacun de ces arcs formait un magasin avec un entresol , et de nos temps des tricoteurs
* La première planche connue , représentant la cathédrale de Strasbourg , fut dessinée par Speclin en 1587.
* Un coup de foudre descendit de la llèche et embrasa la toiture ; en moins d’une heure tout était en flammes , deux des huit pignons gothiques , qui entouraient la voûte de la croisée, furent calcinés et s’écroulèrent. Le feu consuma aussi une partie de la voûte de la nef. Après la reconstruction de la charpente , elle fut couverte de cuivre au lieu de plomb ; on employa 38,534 1/2 livres de tôle de ce métal, ayant coûté 30,000 florins; il fut fourni par un sieur QEsinger, dont un descendant, M. Ch. Œsinger, cultive encore aujourd’hui cette branche de fabrication.
5M. le docteur Eissen a présenté récemment dans la Revue d’Alsace un article au sujet de cette construction.
en laine , des potiers de terre , des ferblantiers , des tailleurs, des loueurs de masques et de costumes de bal , des bouquinistes, des marchands fruitiers y avaient étalé leurs diverses marchandises.
En 1848, sous la direction de M. G. Klotz, dans l’intérêt de la base de l’édifice, on commença à arracher les constructions intérieures avec les toitures, et on n’en laissa subsister que la façade servant de galerie; elle fut fermée de grilles, munies de portes, et dans les ogives on plaça une ossature gothique de divers motifs.
Façade occidentale.
Tournons le bâtiment et jetons un coup d’œil sur la façade occidentale , que nous diviserons en deux parties distinctes : c’est-à-dire son ossature ou sa partie de stricte architecture et la partie décorative, dont les festons, les pinacles, les légères colonnettes, les galeries transparentes, œuvre du sculpteur, masquent si élégamment celte montagne de pierres superposées.
Qu’on se figure un immense parallélogramme, d’à peu près 45 mètres de développement en largeur sur 71 en hauteur, divisé dans sa largeur en trois compartiments par les huit contreforts, de 3 mètres de saillie à leur base, qui se dressent aux quatre angles de la tour contre les piliers de support, et les deux du milieu sur la face orientale et occidentale, en se rétrécissant vers le haut. Il est divisé en hauteur par deux galeries, qui en forment trois étages horizontalement distincts. La hase du compartiment du milieu est percé du portail principal ; les deux autres, des portes latérales en ogive, de moindre dimension, surmontées d’un gable à lobes à jour. Le second étage est de même percé dans ses parties latérales d’une immense haie et au milieu par la grande rose , qui éclaire la nef princi-
pale, tandis que les deux baies sont déjà assises au-dessus
de la voûte des bas-côtés.
Cette rose inscrite, comme nous l’avons vu dans la description de l’intérieur, dans une ogive, devait, dans le plan primitif d’Erwin, être inscrite dans le fronton de la nef principale, surmonté d’un clocheton, et le troisième étage, dans lequel s’élancent, sur les quatre faces , trois hautes baies lancéolées , devait former le commencement des tours. Ces dernières, à la hauteur de la plate-forme actuelle, devaient recevoir une flèche octogone, qui n’aurait pas même atteint la hauteur des quatre tourelles, pour rester dans les proportions qui régnent dans l’édifice d’Erwin de Steinbach. Cette supposition est d’autant moins gratuite que la base ou les premières assises de pierre de la flèche actuelle, qui est octogone, furent posées quelques années après la mort de maître Jean, qui , suivant la tradition, succéda à son père Erwin, et qui était, à sa mort, presque arrivé dans ses travaux à cette hauteur. De plus, la cathédrale de Fribourg, où ce grand maître avait fait son apprentissage, et celle de Thann, dont il laissa le plan , possèdent des flèches pareilles*. Il fallait des causes majeures pour dévier de ce plan, d’autant plus que nous voyons dans les statuts de la corporation des architectestailleurs de pierre , art. 6 et 10, le grand respect qu’avaient ces anciens maîtres pour la conception artistique d’une œuvre et les garanties qu’ils lui en donnaient. Cette cause majeure doit avoir sa source dans l’ébranlement occasionné par le mouvement des cloches dans la tour laté-
1 Voy. Strasbourg illustré, Environs, p. 72.
Kônigshoven nous dit dans sa chronique que le chœur et la nef furent achevés, couverts et inaugurés en 1265, et que deux années après, au jour de Saint-Urbain, on commença la construction de la nouvelle tour, du côté des Dominicains, qui fut achevée jusqu’au cimier, en 1365 (un wart vollbracht unlb un den Helm nach Gotz Gebtirle MCCCLXV) , et que dans la même période on commença et on acheva l’autre tour, appelée la vieille tour.
raie, dans laquelle elles furent suspendues; car nous voyons que les architectes, leurs successeurs, avaient mis, pour l’éviter, tout leur soin possible, en isolant des tours latérales l’immense charpente qui porte les cloches et en l’asseyant uniquement sur les quatre piliers du milieu, et qu’ils laissèrent à droite et à gauche, du haut en bas, un certain vide pour isoler d’autant plus cette construction intermédiaire. 11 serait évident , si même Kônigshoven n’en faisait pas mention , que les constructions latérales existaient déjà quand ce rehaussement de la façade du milieu fut exécuté, puisque les faces intérieures des deux tours sont travaillées avec le même soin , que si elles eussent dû être exposées au plein jour et ornées de statuettes et de gargouilles, cachées aujourd’hui. Il n’est pas à présumer que maître Jean et son successeur eussent déjà dévié du plan d’Erwin, en 1365, comme nous le dit clairement notre chronique; la tour était élevée jusqu’au cimier ou jusqu’à la base de la flèche, qui devait la couvrir; Hültz acheva l’œuvre en 1439; nous fixerions donc la seconde moitié du quatorzième siècle comme l’époque où le chapitre des maîtres réunis, vu la puissance des raisons ci-dessus indiquées, décida que l’on abandonnerait le plan de construction primitive et que l’on exécuterait la construction intermédiaire pour y poser les cloches. Il est encore plus probable que la fabrique de l’Œuvre-Notre-Dame, c’est-àdire le constructeur d’alors , obligea les architectes à changer le plan, car il est à remarquer qu’à cette construction annexée on ne distingue pas de monogrammes des travailleurs de l’atelier, dont sont cependant marquées les pierres dans toutes les autres parties de l’édifice. Nous n’en avons rencontré que quelques-unes à sa base orientale, qui sont évidemment d’une époque postérieure à son élévation, car ils portent le cachet des monogrammes du seizième siècle et des siècles suivants. Ce qui prouverait plutôt que le
sentiment de l’art et le respect pour les plans de l’architecte a dû céder aux exigences des constructeurs et aux besoins du culte et de la ville, et que la corporation a voulu y rester étrangère, quoique les mains de ses membres se soient prêtées à ces travaux , sans y attacher leurs signes équivalents à leurs noms.
Ce rehaussement entre les deux tours, une fois décidé, le fronton au-dessus de la rose, qui se termina en pointe, fut remplacé par la galerie horizontale, dans laquelle stationnent, entre des colonnes, couronnées de pinacles, les statues des douze apôtres, dominées par celle du Christ, et deux larges baies aux faces, moins élevées que celles des côtés, donnaient le jour à la cage des cloches, en facilitant l’extension de leurs voix solennelles.
Ces trois étages, dont la division se montré extérieurement par les galeries, sont de même divisées intérieurement par des voûtes élancées. Telle est la disposition architectonique de cette façade, qui acquit, comme nous venons de le voir, des proportions beaucoup plus grandioses qu’elle ne devait avoir dans le principe.
Arrivons à la riche ornementation qui la recouvre comme d’un fîligramme de pierre, et à ses sculptures symboliques. C’est comme un grand poëme épique religieux qui s’inscrit le long de l’édifice depuis sa base jusqu’à la plate-forme.
Dans les cinq voussures, qui forment l’intrados du portail principal, nous trouvons le commencement de toutes choses, l’Ancien Testament et son passage à la nouvelle loi jusqu’aux miracles et paraboles du Christ. Dans la première , nous voyons la Création: Dieu le Père, l’Esprit vivifiant entouré de rayons, le jour et la nuit, la terre et les eaux, les astres, les arbres et les plantes, les oiseaux, les quadrupèdes et les reptiles, et enfin l’homme, ce dernier être de la Création. Puis Dieu le Père conduisant le premier couple humain dans le jardin d’Eden, en lui mon-
trant l’arbre de la vie et celui de la connaissance du bien et du mal; le fruit défendu est mangé et l’ange chasse Adam et Ève du jardin du bonheur ; l’homme est condamné au travail de ses mains, Adam pioche la terre et Eve tient la quenouille; ils enfantent Caïn et Abel, leur sacrifice à Dieu , et après le premier péché de la désobéissance aux préceptes divins suit le premier meurtre; Caïn fugitif sur la terre, tel est le sujet des dix-huit groupes qui entourent la première voussure. Dans la seconde on voit l’arche de Noé, la construction de la taur de Babel, le sacrifice d’ Abraham , le songe de Jacob , Joseph et ses frères, Moïse, l’adoration du serpent, les miracles de Moïse, la baleine de Jonas, Samson terrassant le lion, etc.; cette série du même nombre de groupes finit par l’établissement du temple de Judée et du tabernacle. Dans la troisième sont représentés quatorze scènes de martyrs. Dans la quatrième, au bas, figurent les quatre évangélistes avec leurs attributs et huit apôtres, et la cinquième, comme nous venons de le dire, représente les miracles et les paraboles du Christ. Dans les deux tableaux du portail se trouvent à droite et à gauche les statues de neuf prophètes, parmi lesquels s’est glissé une des vierges, qui devrait avoir sa place au portail de gauche.
Le tympan nous conduit à la vie du Christ; il est divisé en quatre parties horizontales : la partie inférieure représente l’entrée à Jérusalem, la Sainte-Cène, l’arrestation du Christ parmi ses disciples , sa présentation au peuple et la flagellation; la seconde nous montre le chemin de la croix, la crucification , la descente de la croix, la mise au tombeau ; la troisième, sa descente dans l’enfer, peut-être un peu trop crûment représentée ou chargée , l’apparition du Christ à ses disciples, et l’incrédule Thomas qui tâte les plaies de son divin Maître. La pointe de l’ogive du tympan se termine par l’ascension.
Au trumeau de ce portail est fixée la statue de la Sainte- Vierge. Deux gables, l’un dans l’autre, couronnent cette entrée : le premier, plus obtus, se termine en gradins, sur lesquels jouent des lions assis; du second, plus aigu, qui atteint la base de la grande rose , s’élèvent douze pyramides à crochets , à chacune desquelles est placée une statuette, un instrument musical en main; elles célèbrent la gloire de Dieu le Père, dont la face est inscrite dans l’angle supérieur. Dieu le Fils, au-dessus de la porte, assis en roi, portant la couronne, et la Sainte-Vierge, représentée pour la seconde fois au-dessus du premier gable, font la clôture ornée du portail principal.
Dans le tableau de l’intrados de celui de gauche , en face du spectateur, stationnent huit vierges couronnées, tenant le flambeau de la foi ; deux se trouvent encore de chaque côté de la porte. Elles foulent aux pieds le Vice , représenté de même par des femmes accroupies, et forment pendant, en style plastique, aux figures symboliques des femmes terrassant le Vice de leurs lances, que nous avons rencontrées dans les vitraux. Le tympan , divisé horizontalement en trois parties , porte au bas le commencement de la vie du Christ, l’Annonciation de sa naissance, son berceau dans la crypte et l’Adoration des Mages; au-dessus, nous voyons le Massacre des innocents, la Fuite en Égypte et dans la pointe de l’ogive la Présentation au temple. Les vingt-quatre statuettes, qui contournent les quatre voussures de l’intrados, représentent des saints et des saintes, tenant la palme de la paix ou leurs attributs respectifs.
Le tableau de l’intrados de la porte de droite est orné d’une charmante représentation des cinq vierges sages et des cinq vierges folles. Si les statues des prophètes portent le cachet de l’austérité qui caractérise l’époque précédant cette construction et la raideur de pose, ce symbole du régime dur et féodal , sous lequel elles furent élevées, ces
vierges , par la grâce de leurs formes et le mouvement de leurs corps , par la mimique parlante de leurs physionomies, sur lesquelles s’exprime si naïvement la puissance de la vertu et la foi dans la doctrine de leur divin époux et l’entraînement de la séduction , semblent sortir d’une autre main de sculpteur, qui s’était inspiré de son art, sous un climat plus chaud , plus sensuel que le nôtre. Dans la figure du Péché, qui stationne en tête , à gauche, on ne rencontre pas non plus ce diable monstrueux , hideux, dont l’imagination féconde des anciens maîtres a laissé tant d’échantillons à notre monument. C’est une belle figure de jeune homme, qui, sûr de sa proie mondaine, tient la pomme de la séduction en main ; c’est là une Ève mâle, mais aux serpents, aux crapauds, qui grimpent le long de la post-face de son corps, voilée par sa longue tunique, on reconnaît l’impureté, le vice auquel était encore adonnée la moitié de ces vierges , dont les lampes sont renversées, et auxquelles la Madeleine repentante doit servir de symbole et de patronne. Ces dix vierges, le diable humanisé et une statue de prophète, reposent sur les douze mois de l’année, formés par des chapiteaux carrés, dont deux faces en saillie et les deux autres engagées. D’un côté, on voit les douze signes du zodiaque, et de l’autre, douze petits bas-reliefs représentant les travaux en harmonie avec les mois (Nous en donnons un exemple , voy. pl. VI, fig. 7.)
Dans le tympan de cette porte nous voyons la fin de toute chose: le Jugement dernier. Au bas est la résurrection, les morts sortent de leurs tombes terrestres ; sur la seconde ligne on voit à gauche les élus, à droite les damnés et le diable qui les plonge dans le gouffre, vomissant des flammes. Dans la pointe de l’ogive, Jésus-Christ est représenté comme juge suprême; à sa droite et à sa gauche deux anges tiennent, l’un la croix du salut, et l’autre la lance du châtiment, et deux autres dans les angles sonnent la
7 fi LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG.
trompette du réveil des tombes. Les voussures de ce portail sont formées, la première par dix anges, la seconde par dix figures de saints et de saintes, qui composent de même la troisième, et des guerriers de la légion thébéenne, un pape et un évêque forment l’ornementation de la quatrième.
A la hauteur de la galerie horizontale qui coupe le premier étage, au-dessus du gable de la grande porte, les quatre contreforts rentrent en retrait, de même que les murs de la façade. Ce retrait est la base de quatre grandes niches, couronnées de pinacles, dans lesquelles sont placées les statues équestres de Clovis, de Dagobert, de Rodolphe de Habsbourg et de Louis XIV, les bienfaiteurs de cette église. Au-dessus quatre statues d’évêques masquent tout ce massif de pierres , dont les pieds sont ornés de lancéolés aveugles et de pyramides à crochets, et le haut par quatre niches, dans le troisième compartiment, qui doivent encore recevoir leurs statues.
La rose a même extérieurement sa part dans l’ornementation de la façade sous le rapport mystique , comme symbole de l’éternité. Quatre rosaces à jour à cinq lobes remplissent les quatre angles , et trente-deux arcs gothiques en légers festons entourent le cercle.
Nous arrivons à l’annexe intermédiaire du troisième compartiment, que nous connaissons déjà , ornée par la galerie des apôtres, formant douze niches, 'au-dessus desquelles plane la figure du Christ, la bannière de la Rédemption en main. Pour terminer l’inscription plastique de ce grand poème religieux , l’ornementation ajouta sur une échelle plus grandiose, plus étendue, le Jugement dernier sur ces murs. Autour des deux baies et de leurs gables stationnent les figures des anges sonnant de leurs trompes, des diables vengeurs, et au-dessus, pour la troisième fois, le Christ comme juge suprême, tenant le
glaive de la justice, tandis qu’au bas il est roi et rédempteur. Pour représenter la chute de l’homme dans l’abîme de la damnation éternelle, l’artiste a profité du lieu élevé où il se trouvait et orne les lancéolés qui rampent au bas de la galerie dans toute la largeur de la façade, d’une masse de figures naturelles et fabuleuses, symbole du vice, qui, tournant leurs regards vers la terre, semblent être jetées dans l’abîme. (Nous en donnerons quelques exemples, voy. pl. V, fig. 1 à 5.)
Ainsi , nous retrouvons , taillé dans la pierre , sur cette façade , ce que les vitraux nous ont déjà enseigné : l’Ancien Testament avec ses scènes les plus saillantes , les prophètes, la vie de Jésus-Christ, ses miracles, sa passion, sa résurrection et son ascension ; la nouvelle église greffée sur les traditions du judaïsme. Elle est souffrante par ses saints et ses martyrs, elle est militante par son enseignement et sa doctrine , elle est triomphante par la victoire de ses apôtres et de ses disciples ; et comme un hors-d’œuvre nous rencontrons à la droite, au haut du portail principal, un des guerriers à la cotte de maille, une des figures énigmatiques des vitraux sous le nom de Dux sanct Marcus ou Dux Achacius. Aurait-on voulu immortaliser dans cette construction le souvenir encore vivace et pour ainsi dire contemporain des chefs Liebenzeller et Zorn , qui conduisirent les Strasbourgeois à la victoire à la journée de Hausbergen , et auxquels ils avaient élevé trois statues dans les rues de la ville? Le mot Dux ferait allusion à leur dignité comme chefs, conducteurs de l’armée; mais qu’ont-ils de commun avec le sanctus ?
Tous ces produits du sculpteur dans les tympans et dans les voussures, la grande représentation du Jugement dernier , sont de création moderne et remplacent ce que les iconoclastes de la révolution ont détruit; nous ajouterons même que les soins tutélaires que Ton met à l’entretien et
à la conservation de la cathédrale, créent journellement de nouvelles ornementations et de nouvelles statues, soit pour remplacer les anciennes , soit pour compléter celles qui manquent. C’est à la suite d’une de ces restaurations , et en faisant mouler en plâtre les principaux types des statues et des ornementations pour les conserver dans le musée , du plus haut intérêt , que l’architecte actuel de l’Œuvre a formé dans les salles basses de l’Œuvre-Notre-Dame, que l’on découvrit dans l’intrados des trois portails , des traces évidentes de peinture , de couleurs et de dorure. Elles semblent démontrer que ces groupes étaient anciennement peints, comme nous en avons l’assurance par les fragments déterrés dans la crypte, quant à l’ornementation intérieure du jubé, tandis qu’au dehors la couleur a été détrempée par l’action du temps et de la pluie. Le porche de la cathédrale de Fribourg, à l’abri de l’intempérie des saisons, nous montre encore toutes les statues peintes. Cette polychromie est-elle contemporaine, ou est-elle l’œuvre d’une époque postérieure? Nous n’osons décider la question, mais nous avions à cœur de constater ici le fait.
Fondations.
Avant de quitter cette œuvre d’Erwin de Steinbach , commencée en 1277 sous l’évêque Conrad de Lichtenberg, nous avons encore à dire deux mots de ses fondations , cachées dans les profondeurs de la terre. Déjà, dans une autre partie de cet ouvrage, nous avons combattu la fable dont on entourait ces fondations souterraines, peuplées de serpents et de crapauds, et nous ajouterons seulement que dans un coin de la crypte un escalier de pierre conduit à ces fondations , où l’on ne voit rien qu’un puits à 4m,12 au-dessous du sol de la crypte, ainsi à 8m,20 au-dessous du sol de la nef. L’eau qui en remplit le fond monte ou
baisse à la hauteur de la rivière , avec laquelle elle se nivelle toujours. En décembre 1664, pour connaître la profondeur et la disposition des fondements , on mit à jour un des grands piliers d’angle , en creusant une fosse large et profonde jusqu’à ce que l’on arrivât au niveau de l’eau , à 26 pieds au-dessous du niveau du sol de la place de la Cathédrale. On descendit encore de 3 pieds dans le gravier pur. L’inspection d’un dessin que nous en laisse Silber— mann , copié dans la bibliothèque des jésuites , nous en donne l’analyse suivante : au-dessus du gravier, 1 pied de terre glaise et de sable , puis 2 pieds de terrain marneux noir , entremêlé de charbons et de briques pilées , alors vint une couche de mortier d’un pied d’épaisseur, sur lequel se trouvaient les assises de pierres de taille d’une hauteur de 22 pieds et d’autant de saillie à la base, qui se rétrécissaient à l’angle en gradins jusqu’à Heur de sol. Cette analyse ne fait pas mention de pilotis d’aulne fichés en terre, et sur lesquels doivent être assises les fondations suivant ce que nous enseignent nos chroniqueurs. Les potiers de terre firent alors des vases cuits de cette argile, et ils les vendirent aux curieux; il en existe encore des exemplaires.
Derrière le contrefort de l’angle sud-ouest de la façade principale , nous entrons dans l’escalier à limaçon , qui conduit, en passant devant la loge du concierge , sur une galerie , laquelle nous met en correspondance avec un autre escalier, dans une tourelle latérale, à jour depuis le second étage, et qui conduit jusqu’à la plate-forme. Avant d’arriver à la première galerie , deux portes , percées à travers les contreforts, conduisent à deux passages étroits qui rampent, l’un sur l’autre, comme des sentiers raboteux le long de ces murs de grès. Elles suivent par des marches montantes et descendantes les sinuosités des ogives des trois portes de la façade principale , et n’ont
d’appui au dehors que les légères colonnetles des lancéolés qui les masquent.
Corniches.
Au-dessous des deux galeries que nous traversons, tant au nord qu’au sud, pour nous rendre dans les deux escaliers conduisant à la plate-forme, nous rencontrons deux corniches du plus haut intérêt symbolique ; nous donnons le dessin de celle du sud (voy. pl. III). Si les hommes de l’Église commandaient aux sculpteurs et aux verriers l’ordonnance mystique des sujets religieux , ceux-ci en revanche puisaient souvent, dans l’actualité des mœurs ou dans les événements politiques et historiques contemporains, des sujets d’amère critique, et ils se vengeaient en les couvrant du masque de la caricature. La haine contre les juifs , marquée en actes féroces dans nos annales , a sa large part dans ces impressions lapidaires. Ce bas-relief en est une représentation parlante dans le diable , qui entraîne un juif, attaché à la jambe par une corde , et dans l’autre qui lui fait flairer la partie charnue de son corps hideux ; plus loin, sur un contrefort de la nef méridionale un autre juif est représenté comme cul-de-lampe , chargé du fardeau de la pierr.e , symbole de leur position abjecte dans ces temps (voy. pl. IV, fig. 1).
Le second groupe fait allusion à la guerre désastreuse de 1262 , provoquée par l’orgueil et la ténacité à ses anciens droits de l’évêque Walter de Geroldseck, car sous l’un des deux combattants à tête de moine, mi-agneau, muni d’ailes, armé de la lance et du bouclier rond , l’artiste a voulu représenter un guerrier épiscopal, tandis que son adversaire, le casque sur le front, à grosses moustaches, d’un air plus martial, taillant fort de l’épée, micheval , est plutôt le guerrier de l’année opposée; l’évêque, qui leur tourne le dos, les laisse se battre avec acharne-
ment; il s’appuie sur sa puissance spirituelle et temporelle; au bas, il est lion; mais l’artiste, qui est bourgeois de la ville, ne se fie pas trop à la réalité de sa puissance temporelle , et fait marcher sur des pattes d’oie le lion, qui, dans la partie supérieure, porte la toison de l’agneau et la massue du pasteur en guise de crosse, comme nous voyons les pasteurs au milieu de la ménagerie fantastique, qui couvre la toiture des bas-côtés.
A côté de ce groupe, l’artiste jette la pierre à l’amour impur d’un chevalier et d’une dame; on reconnaît leur noble race au lion , symbole de la puissance et de la force, et l’impureté ressort de la queue de sirène de la femme ; elle réside encore dans la nudité du corps, car la vertu est toujours vêtue décemment dans ces anciens bas-reliefs, comme nous le verrons dans les autres groupes qui suivent. L’homme est un chevalier; il porte l’éperon à son pied nu et le cimier sur sa tête barbue à longue chevelure. Cupidon d’un autre genre, il décoche la flèche contre l’objet de son amour, qui en tient le fruit entre ses bras : un poupon mi-lion, mi-sirène. Puis viennent deux groupes de figures à queue de serpent, depuis l’antiquité le symbole delà séduction, aux pattes de bouc, de loup et d’oie, qui désignent le Vice. L’Amour, sous la forme juvénile d’un bel enfant , jouant du violon, entraîne à la danse une jeune personne, et deux autres figures à la mandoline et à la flûte, entre lesquelles est couché un paon, symbolisent l’entrainement frivole du luxe , suivi du Vice ou de la Passion du jeu indiquée par les dés. Le mauvais joueur est nu; il se débat avec le joueur de bonne foi qui est vêtu. L’artiste n’a-t-il pas voulu représenter par les deux figures suivantes la force d’attraction du péché , en lui donnant la queue du serpent et les pieds solides et nerveux du taureau , sur lesquels est assis un homme d’une physionomie énergique et imposante qui bal du tambour, et que suit
docilement le chien attaché à la corde qu’il entraîne? A la figure suivante, nue, à cheveux nattés et coiffés avec soin, tenant en main un bouquet, on reconnaît facilement le séducteur; la Vertu , décemment vêtue, se défend assez cavalièrement contre lui. Le calme d’une conscience nette, le bonheur dans les deux autres figures d’homme et de femme se donnant la main et se bénissant, est le symbole de deux âmes vertueuses, honnêtes, liées par la sympathie d’un amour pur, d’une douce amitié, tandis que dans le groupe suivant le sculpteur a voulu représenter sous les formes les plus saisissantes l’action du remords , le déchirement d’une mauvaise conscience dans un homme nu, se battant le sein, souffrant les douleurs les plus atroces, exprimées sur sa physionomie, quand les deux monstres l’attaquent de leurs dents et de leurs griffes. Les deux groupes combattants , qui terminent le bas-relief de celle corniche , font autant allusion aux combats moraux, que l’homme vertueux a incessamment à livrer aux passions et aux vices qui dégradent l’espèce humaine, qu’aux guerres politiques et religieuses , qui mettaient tout à feu et à sang à l’époque du moyen âge, quand ces cathédrales furent construites. Ce n’est pas dans ce bas-relief seul que les maîtres, travaillant à leur élévation, voulurent se venger de la désolation , semée partout par ces luttes continuelles, dont ils étaient les paisibles spectateurs, mais nous trouvons en beaucoup d’endroits inaperçus de notre monument l’expression de leur haine, de leur aversion contre les guerriers. Nous en donnerons quelques spécimens, extraits des angles d’ornementation ogivale aveugle des contreforts à la base des galeries, où les guerriers sont représentés sous les formes les plus abjectes de dragons, de bêtes féroces; de même que les vices qui souillent l’homme, ont leur large part dans leur langue plastique et symbolique (voy. pi. IV, fig. 2, 3 et 4).
La corniche , qui forme pendant à celle-là , du côté nord , représente plutôt un sens religieux dans les figures qui la composent : Premièrement, nous y voyons un combat de deux lions avec deux hommes. Là, le roi des animaux, fort, énergique, généreux, est la figure allégorique du christianisme, livrant combat au paganisme, représenté sous la figure de deux hommes mi-nus. En second lieu , un autre lion, regardant ses petits, symbolise, suivant l’antique tradition, la résurrection du Christ, le troisième jour après sa mort, comme les lionceaux après avoir été mis au monde par la lionne restent trois jours sans mouvement jusqu’à ce que le mâle les rappelle à la vie par son souffle. Le troisième groupe est formé d’un chasseur poursuivant une licorne, qui cherche son refuge dans le sein d’une vierge. C’est le symbole du pécheur qui se réfugie dans le sein de l’Eglise pour trouver miséricorde devant Dieu. Le quatrième fait encore allusion à la résurrection du Christ, en représentant Jonas, avalé par la baleine , jeté sur terre et sauvé devant Ninive , après avoir séjourné pendant trois jours dans le ventre du monstre marin. Puis nous voyons Moïse devant la croix avec le serpent d’airain, adoré par le peuple d’Israël, portant le chaperon pointu du juif au moyen âge. Ce groupe rappelle les paroles de saint Jean , IV, 14 : « Moïse éleva le serpent dans le désert, de même il faut que le fils de Dieu soit élevé pour préserver de la mort éternelle. »
L’aigle, les aiglons et le phénix dans les flammes, qui forment le sixième groupe , font de même allusion à la renaissance à une vie éternelle, car, suivant l’ancienne tradition, le roi des oiseaux, ayant perdu par l’âge la vigueur de ses ailes et la force de son regard, s’élève vers le soleil pour se nourrir de son ardeur et se plonge dans la mer pour en sortir rajeuni , de même que le phénix renaît dans les flammes.
Le septième groupe représente le sacrifice d’ Abraham , et le huitième un homme décemment vêtu , faisant la chasse à l’immonde sanglier. En déchiffrant ces divers symboles, nous croyons être resté fidèle aux anciennes traditions de l’Eglise, tout comme nous croyons trouver dans la première de ces corniches des inspirations de l’époque où les anciens maîtres les ont taillées dans la pierre.
Contreforts et arcs-boutants.
Continuons notre ascension aérienne. En descendant de quelques marches dans la tourelle, dans laquelle nous entrons, nous arrivons à une porte qui nous conduit dans la galerie contournant la toiture des bas-côtés. Nous sommes ici à la hauteur des gables qui ornent les six contreforts, auxquels s’appuient d’un côté les arcs-boutants, qui ont une envergure de 9 mètres jusqu’à la claire-voie de la nef principale entre les hautes haies. C’est par les chaperons rampants , creusés en canniveaux , que se fait l’écoulement des eaux pluviales de la toiture de la grande nef. Elles se versent sur les galeries qui la longent et se déversent ensuite dans les colonnes creuses servant de dosserets , pour être conduites par cet aqueduc en pierres de taille, d’où elles s’échappent par des gargouilles au pied des clochetons qui couronnent les contreforts. Ils sont percés d’ouvertures ou de portes étroites , et permettent la circulation le long des nefs latérales. Toutes ces gargouilles et les acrotères qui surmontent les gables, forment une ménagerie fantastique; car si, à la façade principale le bien et le mal sont représentés en figures humaines, sur les côtés ils sont symbolisés par des figures animales. Ici nous voyons le houe, le singe, l’âne, le cerf, Tours, la lionne, Tunicornc, le porc, le crocodile, le chien, le dragon, etc., qui crachent de leurs gueules béantes les
eaux pluviales, ou qui font faction depuis des siècles sur ces pyramides, gardés par leurs bergers de pierre (voy. pl. IV, fig. 5 à 19, et pl. V, fig. 6 et 7). La cigogne et la grue sont assises sur les quatre acrotères qui surmontent les pinacles des quatre statues équestres de la façade principale; quoique animaux immondes* se nourrissant de reptiles , de crapauds et de grenouilles , les anciens maîtres n’ont donné qu’à elles seules droit de résidence sur cette façade. C’est le respect dont les cigognes sont encore entourées aujourd’hui chez nous, où elles croquent , comme l’Ibis en Égypte , les nombreux reptiles de nos marécages, qui leur a donné cette place d’honneur.
Souvent, en nous promenant sur ces greniers, dans ces combles et galeries désertes, nous avons pu observer les mœurs et les instincts d’une autre ménagerie vivante qui habile ce monument, car la martre, le rat, la chauvesouris, le hibou, la chouette, le corbeau, la corneille, l’épervier, le ramier et enfin la colombe domestique y ont choisi leur séjour.
Bïef romane.
En arrivant, dans notre exploration, vers le transept méridional, nous y voyons, contre le mur, des traces d’une bâtisse qui y était adossée ainsi que du côté nord. Cette trace indiquerait-elle l’existence d’une nef antérieure à celle construite en style ogival au commencement du treizième siècle et qui aurait été démolie pour faire place à une construction plus gigantesque? Nos annales se taisent absolument à ce sujet; mais cependant nous aurions de la peine à croire qu’il ne dût avoir existé pendant deux siècles que le chœur et les transepts , sans que les croyants qui affluaient aux églises dans ces temps de ferveur religieuse eussent eu de place pour s’assembler. Ces traces d’anciennes constructions , adossées à ce qui existe encore de
la même époque, semblent prouver l’existence d’une nef romane en harmonie avec le chœur et les transepts , et qui fut démolie pour faire place à ce que nous voyons aujourd’hui. Ce qui viendrait à l’appui de cette opinion , ce sont les nombreuses verrières faites pour être placées dans des baies à plein cintre*et qui furent ajustées plus tard dans leur armature en fer, pour être fixées dans des haies ogivales. En outre, Raoul Glauher, moine bénédictin du treizième siècle , dit que l’on détruisit des églises pour les reconstruire dans la façon nouvelle de bâtir, si bien que la terre semblait de son temps avoir dépouillé son vieux vêtement païen, pour revêtir la blanche tunique de l’église.
Triforium. Partie supérieure des transepts.
Montons dans l’escalier de la tourelle qui se dresse dans l’angle du transept; il nous conduit sur le triforium de la grande nef, étroite galerie longeant ses deux flancs. C’est dans les chapiteaux qui ornent les colonnettes de cette galerie et des bas-côtés, que nous trouvons de véritables chefs-d’œuvre de sculpture et une richesse d’ornementation empruntée à notre végétation indigène. La vigne vierge, la feuille et la grappe de vigne, le lierre, le chêne, la ronce, le houx et bien d’autres plantes y sont disposées en style lapidaire d’une manière délicate et gracieuse (voy. pl. VI, fig. 1 à 6).
Avant la réformalion, les armoiries des familles nobles, jouissant du droit de bourgeoisie en notre cité, peintes sur des écussons, étaient suspendues tout le long de ces galeries; de même que les drapeaux , trophées de nos ancêtres, conquis en mainte bataille, en ornaient l’intérieur; une ordonnance du Magistrat de 1531 les relégua dans l’arsenal, de même qu’une autre du 29 mars 1527 défendit aux femmes de stationner pendant les cérémonies du culte
sur cette galerie, d’où l’on domine tout, l’intérieur de l’église. Au dehors et au-dessus, un sentier étroit longe la base des baies de la claire-voie.
En sortant du triforium, nous arrivons à la galerie qui tourne la toiture des deux transepts que nous voyons sur notre pl. I du panorama. C’est surtout vers le soir que l’œil embrasse de ce point un ensemble de grandeur saisissante dans les proportions de cet édifice. Les six contreforts avec leurs élégants pinacles , qui se dressent en perspective, en étendant leurs bras vers la nef pour la soutenir; derrière, la tour colossale, percée des deux hautes baies, à travers lesquelles se dessinent dans le lointain le temple de Saint-Thomas et la ligne bleuâtre des Vosges, éclairés par une lumière brillante, forment un contraste ravissant dans ce tableau avec les masses noires et austères du monument plongé dans une ombre violâtre. La nature et l’art se donnent la main dans cet ensemble du plus bel effet que l’on quitte avec regret pour entrer dans l’intérieur des deux greniers. Là aussi on distingue des traces d’un changement de construction sur le mur de la croisée ; elles nous prouvent que ces toitures ne devaient arriver que jusqu’à la corniche de la colonnade qui contourne la croisée. Depuis le plancher du comble jusqu’au faîte du toit primitif, il n’y avait que 7m,60 de hauteur, mais il fut rehaussé, peut-être pour la raison indiquée ci-dessus , de 5m,T0 du côté du chœur et de 4m,10 du côté du fronton, il avait donc une pente d’un mètre vers les extrémités. Ce rehaussement, avec celui de la toiture de la nef principale, masqua en grande partie cette colonnade.
Sur ce même grenier du nord, on circule sur des planches , posées sur les quatre voûtes , auxquelles la grande colonne-pilier, dont nous avons fait mention dans la description de l’intérieur, sert d’appui au milieu , tandis que dans celui du sud, les concavités entre les voûtes sont
remplies de mortier et présentent une surface plane et unie. Elle sert à tracer, en grandeur naturelle, les gigantesques proportions de la bâtisse , pour les cartons des tailleurs de pierre : c’est pour cette raison que ce grenier reçut le nom de Rissboden, qui fait allusion à son emploi graphique.
Du temps des grandes foires strasbourgeoises, alors qu’un nombreux concours d’étrangers affluait dans notre ville , l’entrée et la circulation sur la cathédrale étaient libres aux curieux le jour de Saint-Jean-Baptiste. Toutes les portes et passages étaient ouverts aux visiteurs, et si sur la plate-forme les uns jouissaient de la vue ravissante d’une grande étendue de pays, si d’autres fêtaient, le ver en main , l’anniversaire de l’achèvement de ce monument, la jeunesse s’amusait sur le Rissboden , où des escarpolettes étaient fixées à la charpente de la toiture, et se livrait à de joyeux ébats.
Quelques pas de faits dans la tourelle gothique de l’angle nous conduisent sur la galerie supérieure du fronton méridional du transept. La balustrade, comme celle au-dessus du cadran, est un chef-d’œuvre de finesse en sculpture. Ce ne sont pas des lobes tracés au compas ou entrelacés, comme le style gothique nous en donne tant de motifs divers, ce sont des branches d’arbre agencées de toute façon et liées de cordages de pierre ; il est seulement dommage qu’à leur élévation, l’œil du spectateur, placé au bas, ne puisse pas saisir la finesse de ce travail de la renaissance. Sur le fronton, le millésime 157CJ, de même que le style des balustrades, nous met sur la voie de l’époque du rehaussement de la toiture des transepts, car elle est correspondante avec celle de la construction de l’horloge, à laquelle le méridien et le cadran solaire, qu’on traça sur ce fronton, servent de corollaire. La date de 1069 semble indiquer l’année de la rénovation en couleur, dont on voit
encore les traces. Une inscription lapidaire que nous découvrîmes sur ce fronton, a trop de valeur philosophique pour ne pas être citée ici :
VERITAS TEMPORIS FILIA. | TEMPVS EDAX RERVM.
La vérité est la fille du temps. | Le temps est le rong'eur de toute chose.
En passant au côté oriental du chœur, nous retournons en architecture de quelques siècles en arrière, et nous nous voyons entouré de 1? élément roman pur de construction 1 ; le plein-cintre, les billettes, les palmettes, les arcadures , dominent partout , et nous donnons sur la pl. II , fig. 8, un spécimen de ces dernières ornementations. Cependant, deux escaliers à jour, qui mettent les galeries des transepts en correspondance avec celle qui contourne le chœur au bas de la toiture, en sont un hors-d’œuvre, et nous font renouer connaissance avec Thoman Uhlbergcr, l’auteur du bel escalier dans l’Œuvre-Notre-Dame et de la cage de l’horloge astronomique. Celui du côté de la rue du Dôme, dont nous donnons le dessin sur la pl. V, fig. 14, et qui porte sur un écusson le millésime 1571, est un travail léger et élégant de composition, et nous pensons pouvoir attribuer au même maître les lucarnes de la toiture de la nef principale, les balustrades, dont nous venons de parler, et les divinités mythologiques, rangées en statuettes sur les pinacles contournant la base septentrionale de la tour, et tenant sur leurs boucliers les monogrammes de leurs auteurs (voy. pl. V, fig. 8 et 9). Si ces divers travaux prouvent le talent de leur exécuteur, nous regrettons néanmoins qu’il ne soit pas resté fidèle au style de construction du monument sur lequel il devait les placer.
La façade du transept septentrional est, comme son inté-
1 Voy. Strasbourg illustré , Ville , planche des costumes du douzième siècle , où le chœur de la cathédrale est représenté comme il était alors.
rieur, plus ancienne que le côté opposé. Les arcadures et la rosace du fronton , la galerie à colonnettes qui le longe au bas, les deux roses en forme de roue, inscrites audessus des deux baies ogivales, forment de même un potpourri de roman et de gothique primitif d’un cachet plus antique. En y ajoutant la bâtisse sur le parvis, que nous avons déjà signalée en faisant la description de l’intérieur, ornée à la façade de statues et du groupe représentant saint Laurent souffrant le martyre, étendu sur le gril, audessus du portail, nous arrivons aux transformations qu’a subies le style d’architecture jusqu’à la fin du quinzième siècle. Les deux tourelles carrées , massives, dont est flanquée cette façade, en forment de solides piliers d’appui; ce n’est que la partie supérieure, percée d’étroites meurtrières et formant des clochetons , dans lesquels on entre par des ouvertures au grenier, qui est munie d’une espèce d’échelle ou de gradins en pierres de taille pour y monter.
Coupole du Chœur.
Nous passons sur le grenier du transept nord , pour nous rendre à la galerie qui nous fait face- sur le panorama , et nous montons dans la tourelle à l’angle de jonction de la nef, pour arriver sous la colonnade qui contourne la voûte de la croisée. Cette voûte, en forme de mitre, devait sans doute dans le principe former coupole, recouverte de métal, dorée sur les nervures, ou brillant de tuiles glacées en couleur, comme nous voyons les coupoles et les minarets de l’église de Saint-Marc de Venise et d’autres temples du môme style. Elle aurait dominé tout le bâtiment avant que l’architecture ogivale vînt l’écraser par ses formes élancées et gigantesques.
La différence dans l’appareillage de la pierre, les formes variées des colonnettes, tantôt rondes, tantôt à facettes
octogones, à chapiteaux et à piédestaux ronds, cubiques, évasés, composant cette colonnade qui dessine un octogone en plan, semblent être des débris d’une autre construction antérieure que l’on aurait employés à celle-là. En en faisant le tour, on est étonné de trouver à cette hauteur la trace d’un boulet qui vint frapper jadis le mur, du côté du Rhin. Une inscription lapidaire nous apprend qu’un boulet de six fut lancé le 17 octobre 1678 , à une heure et demie de l’après-midi, par les Français de la redoute du Péage (. Zollscliantz ). Il frappa contre ce mur et ricocha de six pieds; il fut porté par maître Heckler, architecte de l’Œuvre, à l’Ammeister Dominique Dietrich, avec le vœu que Dieu préservât ce temple et la ville aussi longtemps que dureront les jours du ciel.
Pour couper nos inspections architectoniques et pour laisser un peu de trêve à nos jambes, après avoir escaladé notre montagne à cette hauteur, reposons-nous sous cette colonnade et mettons la tête à une de ces petites fenêtres qui nous permettent de plonger nos regards dans l’intérieur de ce temple. C’est dans cet isolement, le matin d’un grand jour de fête d’Église, au son de toutes les cloches, quand les orgues et le chant choral retentissent sous ces voûtes, ou bien le soir, quand l’intérieur est déjà plongé dans les ténèbres et qu’un trio de voix mélodieuses de femmes arrive jusqu’à nous, comme un chant angélique, que l’on croit être plus rapproché de Dieu. Les bruits du monde n’arrivent pas à cette hauteur; ce qui est humain reste dans la poussière et la suave religion nous entoure comme d’un nimbe de bonheur, de consolation. Instituée pour rendre les hommes meilleurs , elle crée des saints au milieu d’eux; mais on regrette aussi qu’elle laisse dans la société ce qu’il y a de plus abject. Vertu et vice se combattent, et de ce point de vue de hauteur physique et morale, l’homme prend les proportions d’un pygmée. On se
rappelle alors les paroles inscrites sur une banderole que tenait en main le prophète Isaïe, peint anciennement silices voûtes : « Le seignenr dit : ce peuple s’approche de moi de sa bouche et il m’honore de ses lèvres, mais son cœur est éloigné de moi ! » De ce point de vue élevé , passons un peu en revue cette société humaine, telle qu’elle se présente dans ce temple sous ses diverses phases et dans les grandes fêtes de l’Eglise.
Les Évêques.
Nous avons déjà eu occasion, en donnant l’historique du Bruderhof, de développer l’institution du canonicat et de la desservance de la cathédrale. Dans le cours de nos promenades , nous avons mainte fois trouvé l’histoire des évêques intimement liée à celle des événements politiques de notre province ; nous ne nous arrêterons donc que succinctement aux chefs de cette Eglise et à la dignité épiscopale. Cette dignité était dans les temps primitifs le fruit d’une vie passée dévotement au fond d’un cloître ; on élisait, comme chef de l’Église, un homme vieilli à l’ombre des autels, ayant donné l’exemple de la pratique de toutes vertus , ou bien c’étaient des anachorètes que la réputation de leurs mœurs austères, de la science qu’ils cultivaient, venait enlever de leurs sombres forêts, de leur sauvage retraite. Sous la seconde race de nos rois, l’épiscopat acquit plus de relief, l’Église s’était formée, des diacres et des chanoines se groupaient autour 'd’elle et l’élection faisait sortir de leur sein les évêques, sous l’influence néanmoins des chefs politiques de l’Etat. Charlemagne exigea dans le nouvel élu toutes les vertus qui pouvaient former un bon pasteur : sage et régulier dans sa conduite, pur dans ses mœurs, modeste dans ses discours, doux et tranquille dans son caractère, estimable
par ses talents et sa doctrine, réservé dans ses démarches, prudent et réfléchi dans son gouvernement, zélé pour la loi de Dieu et ferme à soutenir les droits de l’Église. Ces élections furent confirmées par l’archevêque de Mayence, sous l’obédience duquel se trouvait l’épiscopat de Strasbourg, temporairement aussi sous celui de Trêves, pendant que notre ville et notre province appartenaient à l’empire germanique, et par l’archevêque de Besançon sous le gouvernement français. Plus tard, lors des guerres que se livraient le pouvoir temporel des empereurs germaniques et le pouvoir spirituel des papes , ces derniers se réservaient la nomination directe, profitant des partis qui s’étaient formés dans le sein du chapitre même. Ce dernier protesta toujours contre le droit que s’arrogeait le Saint- Siège, en se basant sur les anciens us et coutumes du chapitre, jusqu’à ce que l’élection lui fût de nouveau assurée par le concordat germanique. Du temps de la féodalité , quand la puissance temporelle se maria, entre les mains des évêques, au pouvoir spirituel , ils prirent siège dans les diètes impériales et devinrent princes de l’empire, et la haute noblesse du pays s’assit sur le trône épiscopal jusqu’à ce que cette dignité se suivît dans une série de familles régnantes, appartenant aux plus illustres de l’Allemagne et de la France , ainsi que nous l’indiquera le catalogue des évêques extrait de Y Histoire de l’Église de Strasbourg de l’abbé Grandidier *. Cet ordre de choses dura
1 1 Amandus, -j- après 359.
2 Justus.
3 Maximianus Ier.
4 Valentinus.
5 Solartus , commencement du cin¬
quième siècle.
6 Biulphe.
7 Magnus.
8 Garovinus.
9 Landbert.
10 Radobalde.
11 Magnebert.
12 Labiol, Luybold.
13 Gundoald.
14 Gandor.
15 Uthon Ier.
16 Aide, f en 628.
17 Âmand II, quitta en 616.
jusqu’à la révolution, qui en changea complètement la
face.
18 Rothaire, Rothard, -}• en 673.
19 Arbogast, -f en 678.
20 Florent, en 693.
21 Ansoalde, Anshald, f en 710.
22 Juste II , f en 712.
23 Maximin II, f en 720.
21 Widegerne, f en 729.
23 Gondefroi, Wandelfried , fen 729.
26 Ailidulphe, llildolphe, quitta en
27 Hetto, Eddon, Ethicon, f en 772'.
28 Remi, f en 783*.
29 Rachion, Ratlion, -f en 815.
30 Uthon 1! , f en 817.
31 Erleharde, f en 817.
32 Adeloche, ■f en 821.
33 Rernald , -f en 810.
34 Ratold, f en 874.
33 Reginhard, f en 888.
36 Baldram, Waldram, f en 905 un
37 Olbert , f en 913.
38 Godefroid, en 913.
39 Richvinus, f en 933.
40 Ruthard , f en 930.
41 Uthon 111, f en 965.
42 Erkenbald , f en 991 .
43 Baldus, incertain.
44 Wilderolf, f en 992.
4 5 Aldowich, f en 1003.
46 Werner Ier, f en 1028.
47 Guillaume Ier, duc de Franconie,
quitta l’évêché en 1047 , f en
48 llelzel , Hetzilo, f en 1065.
49 Werner II, f en 1078.
50 Tbeobalde, f en 1084.
51 Othon , f en 1100.
52 Balduin , ■}• en 1100.
53 Cuno, en 1123.
54 Bruno, quitta en 1125.
55 Eberhard, 1125.
56 Gebhardt, 1135.
54 Bruno, rentré, f en 1148.
57 Rourcard, f en 1161.
58 Rodolphe, -f en 1179.
59 Conrad 1er, de Geroldseck, "f en
60 Henri I«r de Hasenbourg , f en
61 Conrad II de Hunebourg , f en
62 Henri II deVeringen, f en 1223.
63 Berthold I" de Teck, f en 1239.
64 Henri 111 de Stahleck, f en 1260.
65 Walter de Geroldseck, f en 1263.
66 Henri IV de Geroldseck , f en
67 Conrad III de Lichtenberg , "f en
68 Frédéric Ier de Lichtenberg, f en
69 Jean 1er, f en 1328.
70 Berthold II de Bucbeck , f en
71 Jean II de Lichtenberg , -J- en
72 Jean 111 de Liitzclbourg , f en
73 Lambert de Buren , f en 1375.
74 Frédéric II de Blankenheim, •{■ en
75 Bourcard II de Liitzelstcin , •}■ en
76 Guillaume II de Diest, f eu 1439.
77 Conrad IV de Busnang, f en 1440.
78 Robert le Palatin, -J- en 1 478.
79 Albert , f en 1506.
' Cc6 deux évêques étaient petits-fils d'Attic, père de sainte Odile.
Les titres que portèrent ces dignitaires ecclésiastiques étaient en rapport avec l’accroissement de leur puissance ; en 661, ils s’appelaient hommes apostoliques; en 700, par la grâce de Dieu et de l’Eglise mère à Strasbourg, évêques, ou plus modestement encore, pécheurs et indignes. Charlemagne les appelait hommes vénérables. Plus tard, ils portèrent le titre d’évêques par la grâce de Dieu ou par la permission et la miséricorde divine; l’empereur Henri V les qualifia de princes-évêques, titre qui leur fut conservé par ses successeurs. Sous la nomination directe des papes, ils furent intitulés , par la grâce de Dieu et du Saint-Siège apostolique, et jusqu’à la révolution, ils furent qualifiés de princes de l’empire et landgraves d’Alsace , pour prendre depuis le litre plus modeste de monseigneur.
L’élection épiscopale sanctionnée par l’archevêque, le titulaire faisait son entrée solennelle en cette ville. Nous avons déjà décrit l’entrée d’Egon de Fürslenberg en 1681, sous la domination française1 ; disons deux mots de celle
80 Guillaume III de Hohenstein , f
eu 1541.
81 Erasme de Limbourg, f en 1569.
82 Jean IV de Mandercheid , f en
83 Jean-George de Brandebourg, ad¬
ministrateur luthérien , 1593-
84 Charles de Lorraine, 1593-1607.
85 Léopold d’Autriche, en 1625.
86 Léopold-Guillaume d’Autriche , f
en 1662.
87 Egon de Fürstenberg, en 1682.
88 Guillaume IV de Fürstenberg , f
en 1704.
89 Armand -Gaston de Rohan , f en
90 Armand de Rohan, f en 1756.
1 Voy. Strasbourg illustré, Faubourgs, p. 36.
91 Louis-Constantin de Rohan , f en
92 Louis-René-Edouard de Rohan ,
Guémené, jusqu’à la révolution, f en 1802.
93 L’évêque constitutionnel Brendel.
94 Jean-Pierre Saurine , du 17 prai¬
rial au X , f en 1813.
95 Gustave -Maximilien , prince de
Croy, 1820-1823.
96 Claude-Marie-Paul Tarin , f eu
97 Jean-François -Marie Lepappe de
Trcvern , 1827. L’abbé Affre , plus lard archevêque de Paris , mort sur les barricades, fut son coadjuteur.
de Guillaume de Hohenstein, le -4 octobre 1507, à une époque brillante et chevaleresque de notre histoire. Ilertzog nous raconte dans sa chronique que ce jour-là, par un temps magnifique, tous les membres des divers chapitres, avec leur clergé, allaient à sa rencontre jusqu’à la porte de Spire ; les chanoines de la cathédrale stationnaient près du pont, à l’entrée de la rue du Dôme; la population armée était rangée sous ses bannières respectives , quand Olhon Sturm, Henri Bœcklin, André Drachenfels et Conrad de Duntzenheim, au nom du sénat, avec cinquante hommes d’armes à cheval, allèrent recevoir le prélat sur le chemin de Hausbergcn. Il fit son entrée à cheval, accompagné d’une longue suite, de dix-huit comtes, deux députations de l’empire, de Mayence et des comtes palatins du Rhin, treize chevaliers avec soixante-seize chevaux , députation de la Lorraine, un chevalier avec seize chevaux, députation du Wurtemberg, le margrave Philippe de Bade avec quatorze chevaliers et soixante-seize chevaux. D’un côté, le comte Philippe de Hanau, avoyer et grand-maréchal, porta la bannière de l’évêché; de l’autre, le comte de Bilclie, celle du landgraviat d’Alsace, et en tête, le comte Guillaume de Fürslenberg, l’écusson des Hohenstein. Arrivé devant la cathédrale, le grand-maréchal fit descendre le prélat de sa monture et lui présenta la mitre, la crosse et l’aumuse; puis le doyen et l’écolâtre, à la tête du grandchapitre, le conduisirent dans le chœur, où commença la cérémonie de l’élévation au siège épiscopal. Après la cérémonie, l’évêque se rendit au Château, où il reçut son nombreux clergé, la noblesse feudataire cl les députations du sénat de la ville, et la journée se passa en banquets et en bals, dont nous avons déjà décrit les principaux traits en parlant de l’CEuvre-Notre-Dame *.
Voy. Strasbourg illustré, Ville, p. 132.
Processions.
A ce tableau du moyen âge se rangent les grandes processions, dont nous connaissons déjà un épisode à l’occasion des tremblements de terre du quatorzième siècle , que nous avons rattaché à la chapelle de Saint-Luc1.
En 1401, quand la peste lit ses ravages dans le pays, le Magistrat, pour combattre ce iléau, ordonna à chaque bourgeois de la ville de se rendre chaque jeudi , à sept heures du matin , pieds nus , à son église paroissiale ; il était défendu de circuler autrement dans les rues et de se montrer à la fenêtre, sous peine d’une amende de 30 florins. Après un service religieux et la procession faite autour de l’église, tous les paroissiens , le clergé, les moines des diverses églises et couvents se rendaient processionnellement à la cathédrale, où commençait de nouveau la procession autour de ce temple. En tête du cortège, chantant et psalmodiant, se trouvaient les écoliers et les clercs avec leurs bannières; ils étaient suivis des vicaires et des desservants des diverses églises, puis venaient les vingtquatre comtes, chanoines de la cathédrale, les moines Cordeliers, après lesquels marchaient l’évêque et son coadjuteur sous le dais, le sénat et la noblesse, et plus loin tous les hommes de la commune, suivis par les moines dominicains et les autres moines des couvents, auxquels se rattachaient les religieuses de tous les ordres, les femmes de la noblesse et. les femmes bourgeoises. Cette cérémonie durait toujours plus de trois heures.
Le rituel de la cathédrale prescrivit la marche de la grande procession à la Fête-Dieu, depuis 1364, de la manière suivante : Elle débouchait, par la rue Mercière, sur la place Saint-Martin, où se trouvait le premier reposuir
' Voy. Strasbourg illustré, Ville, p. 30.
établi par le Magistrat; de là, elle traversait la rue des Serruriers et s’arrêtait devant l’église Saint-Thomas, où était le second reposoir dressé par les chanoines de ce chapitre. Prenant ensuite la rue du Bouclier, la procession entrait dans la Grand'rue jusqu’au pont de pierre du fossé des Tanneurs, où elle s’arrêtait pour la troisième fois au reposoir élevé par la bourgeoisie. Passant ensuite devant l’église de Saint-Pierre-le-Vieux, elle s’arrêtait pour la quatrième fois devant celui élevé par les chanoines de ce chapitre, et enfin, au cinquième établi devant l’église de Saint-Pierre-le-Jeune. De là, elle traversait la rue de la Nuée-Bleue jusqu’à l’entrée de la rue du Dôme, où le grand-chœur de la cathédrale avait décoré le sixième reposoir devant le Gürllerliof , aujourd’hui maison Coulaux ; traversant ensuite celte rue, elle s’arrêtait au puits attenant à la chapelle Saint-Laurent, près de laquelle était dressé le septième reposoir par les soins du grand-chapitre, et, tournant ensuite le Bruderhof, elle débouchait vis-à-vis le Château épiscopal, où était construit, aux frais de l’évêque, le huitième et dernier reposoir.
Cette cérémonie religieuse attirait toujours un grand nombre de gens de la campagne de tout l’évêché dans la métropole; elle cessa lors de la réformation, reprit en 1682, cessa de nouveau à la révolution, et reprit sous la restauration jusqu’en 1830, mais avec un tracé de chemin beaucoup moins étendu. Depuis cette époque, la procession de la Fête-Dieu se lient dans l’intérieur de la cathédrale , sage mesure dans une ville où la population est divisée en tant de cultes, et qui a pour but de ne froisser les convictions religieuses de personne.
Fêtes de l’Église.
A côté de ces imposantes cérémonies que l’Eglise catholique célébrait dans la cathédrale, il y en avait d’autres
qui portaient le cachet du plus abject dévergondage de mœurs. Wimpheling et Pierre Schott, qui ont été spectateurs de ces scènes , en font une critique sévère dans leurs écrits, et l’abbé Grandidier en parle de la manière suivante dans ses Essais sur la Cathédrale: «Les fidèles dans les « premiers siècles avaient coutume de veiller dans les tem- « pies près des tombeaux des martyrs. Mais cette sainte « pratique était dégénérée en un affreux libertinage. Le « peuple de Strasbourg et d’une partie du diocèse s’assem- « blait à la cathédrale le jour de la dédicace de cette église, «le 29 août, fête de Saint-Adelphe. Les hommes et les « femmes y passaient la nuit, non à chanter les louanges « du Seigneur, mais à boire et à manger. Dans ces repas « on se livrait aux excès les plus criminels : on ne connais- « sait plus le respect dû au saint lieu. On y chantait des «chansons profanes, on sautait, on dansait dans l’église « avec toutes les postures indécentes dont les bateleurs se « servent pour amuser la populace. Le grand autel servait « de buffet, où il restait à peine de la place pour célébrer « le sacrifice qui ne s’interrompait pas au milieu de ces « abominations. On plaçait dans la chapelle de Sainte- « Catherine un grand tonneau où l’on distribuait du vin à « tous les étrangers, on y forçait même à boire, jusqu’à « réveiller par des instruments pointus ceux que la lassi- « tude ou l’ivresse avaient endormis. Les ténèbres cachaient « encore souvent de plus honteux désordres. »
Un autre usage, pratiqué dans les temps passés, n’était pas moins dégradant et était fait pour tourner en ridicule les usages de l’Eglise : la fête des Innocents était célébrée par les enfants de chœur. En ce jour, ces derniers tenaient l’office, et l’écolàtre chantait la grand’messe. La veille des Innocents , les enfants de chœur s’assemblaient et choisissaient parmi eux un évêque. Lorsqu’on chantait aux vêpres le verset du magnificat, qui commence au déposait poten-
tes, l’évêque des enfants de chœur, nommé Episcopus puerorum , en ornements pontificaux, montait au trône épiscopal, y disait les oraisons et donnait la bénédiction. Les autres se plaçaient également dans les hautes stalles du chœur et chantaient les antiennes et les répons. La même chose se répétait le jour de la fête. Les enfants de chœur, masqués, conduisaient leur évêque en pompe dans toute la ville, et entraient en dansant et en chantant dant toutes les églises et les monastères , où ils se comportaient avec autant d’insolence que de scandale. Ces cérémonies, déjà réprouvées par le concile de Bâle, avaient encore lieu dans la cathédrale de Strasbourg vers la fin du quinzième siècle, et il fallut toutes les peines et la fermeté de Geiler de Kaysersberg, prédicateur, pour les faire supprimer.
Phases du temps de l’intérim.
Dans le siècle suivant , la cathédrale subit encore de plus grandes profanations. La majeure partie de la population strasbourgeoise avait adopté la doctrine de Luther, et, comme nous l’avons déjà vu, beaucoup de membres du haut et du bas clergé avaient suivi la même doctrine, et la cathédrale passa au service du culte luthérien jusqu’en 1549. A cette époque, que nous connaissons déjà sous le nom de l 'intérim, une transaction fut signée entre le Magistral et l’évêque Erasme de Limbourg, par laquelle elle fut rendue pour dix ans au culte catholique. Le 2 février -1550, la première cérémonie religieuse y fut célébrée; mais la population protestante y fit tant de bruit, qu’elle ne put être continuée. Les chanoines s’en plaignirent à Charles-Quint, qui ordonna au sénat de veiller à l’ordre et de protéger le culte; sur quoi le Magistrat eut soin de déléguer quelques sénateurs , accompagnés d’hommes d’armes, pour être présents au service divin et pour cm
pocher (ont désordre qui pourrait naître. L’ordre et le calme se rétablirent et les chanoines reprirent tranquillement le service religieux le 7 mai, jour de la Pentecôte. A l’expiration de ce délai de dix ans, le 19 novembre 1560, des gamins, jouant sur les parvis de la cathédrale, se poursuivirent jusque dans l’intérieur de ce temple, en se jetant des pelotes de neige; ils atteignirent quelques prêtres desservant les autels; ce scandale provoqua des disputes de part et d’autre et finit par des coups de poingdonnés réciproquement.
La cathédrale fut alors abandonnée par les uns, et les autres n’osaient s’en emparer, de manière qu’ouvert jour et nuit, cet édifice resta abandonné et désert, et comme dit un chroniqueur contemporain, tout vagabond et tout ivrogne put s’y réfugier et y déposer ses ordures. Ce triste étal de choses dura jusqu’au 17 mai de l’année suivante, où, pour y remédier, le Magistrat s’en empara pour le culte protestant , en abandonnant l’église des Dominicains jusqu’à ce que cette première revint de nouveau au culte catholique par la capitulation de la ville. Après l’entrée solennelle et la prise de possession de l’évêché de Strasbourg par Egon de Fürstenberg, le premier qui prêcha dans la cathédrale fut le vicaire général Lambert de Lær, prévôt du chapitre de Neuwiller, homme de hautes capacités et de beaucoup de talent oratoire, et le premier prédicateur français fut Martin de Ratabor, grand-vicaire et docteur en philosophie de Paris; le dernier sermon du culte catholique fut prononcé par Joachim Delphin, de Delpht, en Flandre.
La dévolution.
La révolution vint, après un siècle passé dans la tranquille possession de la cathédrale, interrompre de nouveau
le culte; elle lui donna le nom de Temple décadaire ou Temple de la Raison , et à la place de l’autel on posa un monument en rochers symbolisant la nature*. Nous avons déjà dit que le vandalisme de l’an II abattit un grand nombre de figures qui ornaient la partie basse de cet édifice, parmi lesquelles se trouvaient aussi les statues de Clovis, de Dagobert, de Rodolphe de Habsbourg, remplacées depuis, et auxquelles on ajouta celle de Louis XIV.
On poussa même la fureur au point de faire dans les clubs la proposition d’en abattre la flèche, afin de mettre l’édifice à la hauteur d’autres clochers. Cette proposition était même sur le point d’être exécutée, quand un citoyen généreux, dont nous regrettons de ne pouvoir citer le nom, qui n’osait pas braver ouvertement cette fièvre de nivellement, eut l’ingénieuse idée de la sauver des mains de la destruction en proposant de coiffer la flèche d’un bonnet gigantesque de la liberté. Dans sa chaleureuse péroraison il disait : « Que c’était le seul point sur toute « la république où les couleurs nationales fussent portées «aussi haut près du ciel, protecteur des hommes libres. « L’étranger peut les apercevoir de dessus la rive opposée ; «puisse cette vue être bientôt celle du serpent d’airain, « contre les souffrances de l’esclavage!» Ces paroles furent reçues avec un applaudissement unanime; elles sauvèrent ce chef-d’œuvre d’une sauvage destruction, et le bonnet de la liberté en fer-blanc, dont il fut coiffé, existe encore dans une salle retirée de la bibliothèque publique. C’est au mois de fructidor an X (1800), que la cathédrale fut rendue de nouveau au culte catholique, après que Jean- Pierre Saurine eut été nommé évêque de Strasbourg.
' La première fêle qui eut lieu dans le temple décadaire , fut celle qu’on célébra , le 30 frimaire an VI (1797) , en l’honneur de la paix de Campo- Formio.
Le Télégraphe.
Après avoir erré dans le domaine des phases principales auxquelles l’intérieur de ce temple fut soumis, achevons notre ascension jusqu’à la plate-forme. Au-dessus de la colonnade, une large galerie contourne la base de la toiture de la coupole, sur laquelle est assise la maisonnette surmontée par le télégraphe. Cette invention de Chappe , détrônée aujourd’hui par l’électricité, date de 1790. La première expérience officielle, sur la ligne de Paris à Strasbourg, par 44 télégraphes, fut faite le 12 juillet 1793, et une dépêche arriva en 6 1/2 minutes. Cet instrument fut enlevé le 26 août 1852; il avait donc fonctionné avec activité pendant 59 ans, à une époque de notre histoire sans aucun doute la plus riche et la plus variée en événements politiques , et cependant., il faut le dire avec regret , l’antique axiome , experienlia docet, n’a porté que de trèsfaibles fruits dans la société. Les idées changent avec chaque génération, et avec elles de nouvelles erreurs viennent surgir et de nouveaux besoins naissent, et le modeste télégraphier solitaire, assis dans sa cassine, s’il était tant soit peu philosophe , a dû bien souvent se moquer de l’inconstance de fortune des douze gouvernements qui, dans ce laps de temps, dirigèrent les hiéroglyphes de son docile instrument.
Nous avons déjà parlé de la coupole telle qu’elle a dû être construite dans le temps de son élévation; l’architecture gothique assit sur chacune des huit faces, au-dessus de la colonnade, un pignon ou gable, orné de lobes aveugles, tels que le dessin de la cathédrale, pi. VII, nous les représente encore. Alors la coupole était couronnée de la statue colossale de la Sainte-Vierge tenant l’enfant Jésus sur les bras , ciselée en tôle et peinte ; une note d’un
chroniqueur que rapporte Schadæus, nous enseigne, en parlant d’un incendie qui exerça ses ravages en notre ville, en 1397, que le feu éclata par un vent tellement violent qu’il abattit le campanile, assis sur le chœur de la cathédrale; il était donc alors surmonté d’un clocheton, muni de sa cloche, et nous sommes dans l’attente d’une nouvelle coiffure que va lui donner l’architecte en place de cette cassine. On y jouit d’une vue charmante, et nous y avons souvent vu l’employé , l’œil au guet, d’un côté à son télescope, de l’autre au petit télégraphe du directeur, transmettre les signes à l’instrument en miniature établi dans sa chambre, lequel les transmettait par communication à celui qui dominait la maisonnette.
Toit de la nef.
En descendant de cette coupole, nous prenons la galerie méridionale longeant la toiture de la nef principale pour nous diriger vers la tour. La porte à accolade, qui entre dans l’escalier en spirale au sud-ouest, nous montre encore une intéressante sculpture sous le point de vue symbolique : c’est l’enfant Jésus , couché sur la palme de la paix , entouré de monstres affreux, qui font allusion aux péchés et aux vices de l’humanité. Nous en donnons le dessin sur la pl. V, fig. 15, et nous représentons quelques motifs de corniches longeant la toiture de la nef et les pinacles des contreforts, pl. Y, fig. 10 à 13, de même que la pl. VI contient un choix d’ornements courants, de rosaces et de fleurons gothiques dans les fig. 8 à 13.
Un beau coup d’œil nous attend à notre entrée dans le grenier de la nef; en fermant les deux volets des lucarnes, on est dans une obscurité complète, et en ouvrant un autre volet, on se trouve en face et à la hauteur de la grande rose de la façade principale; le soir surtout, quand elle est éclairée par les rayons du soleil, la richesse des
couleurs tic l’arc-en-ciel, dont elle est composée, forme un contraste ravissant avec la profonde obscurité dans laquelle se trouve le spectateur : c’est un transparent gigantesque comme jamais main d’homme n’en a taillé dans la pierre et vivifié du charme des couleurs.
Le plancher de ce grenier recouvre les voûtes à nu sur la pl. VII, que nous devons à un dessin qu’en fit Silbermann, quand la toiture fut devenue la proie des flammes, en 1759. Ce dessin nous donne une idée de l’assiette des contreforts et des arcs-boutants servant à réagir à la poussée des voûtes.
De la galerie septentrionale, un escalier droit nous conduit à celle qui tourne la tour, au-dessus des douze apôtres, de la façade principale, et nous fait entrer dans la cage des cloches.
Les Cloches.
Dans cette cage nous rencontrons quatre cloches servant à la sonnerie du service religieux. La première, le gros bourdon , fut fondue en 1428 par maître Gremp : elle pèse 9,000 kilog. ; ce n’est qu’en cas d’un fort incendie que les gardiens de la tour en font un second usage, en fixant une bride au battant pour sonner le tocsin. La cloche de Y angélus pesant 2,088 kilog. ; les deux autres cloches d’appel à l’église, pesant l’une 972 et l’autre 556 kilog., datent de 1 806 , et sortent de la fonderie Edel à Strasbourg * . A propos des cloches, nous citerons encore les cinq autres suspendues dans la tour, au-dessus de l’horloge et à la façade nord. La plus grande pèse 5,000 kilog. , elle sert à répéter l’heure et à sonner le tocsin. Cette cloche date de 1695, et
1 Une de ces cloches reçut au baptême le nom de Napoléon ; elle se fendit la même année que le héros de ce siècle fut relégué à l’ile d’Elbe, et refondue depuis, elle a cessé de porter sou nom.
lut fondue par maître Jean Müller, comme nous l’indique l’inscription :
MIT MEINEM NACHSCHLAG THV ICH KVND DER WÆCHTER SORG, TAG VND NACHT RVND ,
ZV STRASBVRG HAT GEGOSSEN MICH HANS JACOB MVLLER MEISTERLICH IM JVLIO FVNF VND NEVNTZIG JAHR.
La seconde, du poids de 2,100 kilog. , sert à sonner l’heure et fut fondue à Dorlisheim, à la même époque que la précédente; la troisième et la quatrième sonnent les quarts d’heure, et pèsent, l’une 775 et l’autre 420 kilog'. , et la cinquième, la cloche de retraite et des portes, est du poids de 2,206 kilog. Ces dernières datent de 1786 et 1787, et sortent également de la fonderie de Mathieu Edel.
La Plate-Forme.
Enfin, à peu près à 26 mètres d’élévation de cette galerie , en montant dans une des deux tourelles , on débouche sur la vaste plate-forme qui s’étend entre la tour existante et la maisonnette des gardiens , occupant la place sur laquelle devait probablement s’élever jadis une seconde tour de moindre hauteur. La construction de la maisonnette actuelle date du siècle passé ; elle a remplacé celle que nous voyons représentée sur notre planche de la place des Grandes-Boucheries1. Munie à sa façade extérieure de vingt-deux portes et fenêtres, elle est assez vaste et contient dans sa distribution intérieure, outre le couloir qui la contourne de trois côtés, une grande chambre servant de corps-de-garde aux deux gardiens de service; six chambres à coucher pour les six gardiens, une septième servant de décharge, une cheminée pour faire la cuisine, et la grande roue, dans laquelle marchent deux hommes, pour
’Voy. Strasbourg illustré , Ville, p. 135.
faire monter du bas les pierres employées à la construction ou à la réparation de l’édifice. La corde, d’une longueur prodigieuse, qui sert à monter ces fardeaux, se roule sur le tambour de la roue; elle sert en même temps à monter les matériaux de construction, dans la tour ou sur la plate-forme, et l’eau contenue dans les nombreux réservoirs disséminés dans toutes les parties du bâtiment et toujours remplis pour le cas d’incendie. A cet effet, les voûtes intermédiaires entre le sol de la nef, et jusqu’à la partie la plus élevée de la tour, sont percées , dans les trois compartiments qui divisent la façade en largeur, d’ouvertures rondes, correspondantes, qui sont d’ordinaire recouvertes d’un couvercle en cuivre. Ces employés sont au nombre de six et se trouvent, comme le concierge, sous les ordres de l’administration municipale. Leurs fonctions consistent, pendant les douze heures durant lesquelles deux d’entre eux montent la garde ensemble, à sonner les quarts et l’heure pour la seconde fois à l’horloge de la tour1, et, après avoir sonné, à faire jour et nuit le tour de la plateforme, afin de s’assurer s’il n’y a pas d’incendie dans la ville ou à proximité au dehors. Si le feu éclate en ville, ils donnent l’éveil en sonnant le tocsin et en désignant la direction, le jour, par l’exposition d’un drapeau rouge, la nuit, par celle d’une lanterne. Si un incendie éclate dans les environs, ils sont obligés de descendre, afin de faire l’annonce du sinistre à la police et au dépôt des pompiers , pour que secours soit porté. Pendant la nuit le nombre présent des gardiens doit toujours être de quatre, dont les deux qui prennent le service à minuit, montent le soir et se couchent, tandis que les deux autres, s’étant
1 Ce bel instrument est l’œuvre de l’horloger Maybaum , construite en 1786 , et n’est pas à confondre avec l’horloge astronomique de M. Schwilgué dans l’intérieur de l’église. Elle fut restaurée en 1833 par l’horloger Kampmann, et munie d’un balancier compensateur.
couchés à minuit, ne quittent leur poste que le matin. Outre ce service de surveillance, les gardiens sont encore chargés de sonner la cloche annonçant l’ouverture et la fermeture des portes , la cloche de dix heures, et d’exécuter en général toutes les sonneries indépendantes du service du culte , qui se font dans l’intérieur de ce temple. Ce service, assez pénible, surtout en hiver, n’empêche pas ces hommes d’atteindre un âge très-avancé, et nous avons connu dans ce demi -siècle des gardiens, appartenant à plusieurs générations, qui atteignirent l’âge de soixante-dix jusqu’à quatre-vingts ans. Le mouvement qu’ils se donnent et l’air pur qu’ils respirent à cette hauteur, doivent contribuer beaucoup à leur état sanitaire.
Dégâts occasionnés par la foudre.
Un des dangers auxquels ils semblent être exposés, c’est la foudre ; car les nombreux exemples que nous en laissent nos annales, ont prouvé que de tout temps celte immense montagne de pierre avait attiré le courroux des orages , dont les nuages chargés d’électricité se heurtent dans leur marche rapide contre ce colosse. Mais cependant il n’y a pas d’exemple que la maisonnette en ait été frappée. 11 serait trop long de donner ici l’énumération des immenses dégâts que la foudre a déjà faits à cet édifice : Grandidier, dans son Essai sur la Cathédrale de Strasbourg, en cite cinquante cas majeurs jusqu’en 1780, parmi lesquels le plus terrible à la date du 16 juin 1654. Heckler, qui était à cette époque architecte de l’Œuvre, nous donne luimême, dans une description de la cathédrale, en manuscrit à la bibliothèque publique, une notice sur les travaux qu’avaient occasionnés à lui et à son fils ce terrible phénomène. La foudre abattit et fendit le bouton de la flèche, jeta en bas des fragments de pierre de la croix et de la
couronne, ruina et lança au loin quelques-uns des huit escaliers de la flèche et avait même fendu la pierre d’un des principaux piliers, de manière que l’architecte fut obligé de démolir la flèche entière jusqu’à une hauteur de 58 pieds et de la rebâtir à neuf, sans la restauration d’une grande partie d’ornementations adhérentes à l’édifice que la foudre avait attaqué1.
On jugera par ces travaux, par l’incendie qui consuma la toiture en juillet 1759 et par un nouveau coup de foudre qui endommagea horriblement la flèche le 15 septembre de la même année, et qui imposa des réparations pour plus de 400,000 livres à la caisse de l’Œuvre-Notre-Dame, des immenses frais qu’entraînèrent les désastres occasionnés par le feu du ciel.
Quand Franklin eut découvert le paratonnerre, M. Barbier de Tinant, commissaire des guerres, traducteur des Mémoires de Foaldo sur les conducteurs de la foudre, adressa un mémoire à l’Académie royale des sciences pour l’établissement d’un paratonnerre sur la flèche de la cathédrale de Strasbourg. Franklin lui-même en fut le rapporteur, et la conclusion est favorable au projet2.
1 On était obligé de monter pour ces travaux neuf échafaudages étagés l’un sur l’autre, et on employa des pierres de 20 à 36 quintaux. En souvenir de cette rééducation, l’architecte Heckler fils laissa les inscriptions et les armoiries suivantes sur les huit bouquets en pierre qui surmontent la lanterne à la hauteur où l’on sort pour atteindre le bouton en grimpant extérieurement. Les armes de la ville, le monogramme de l’Œuvre Notre-Dame, celui de l’architecte avec son nom, les armes de Ph. J. de Wurmser, stædtmeister, celles de J. M. Stemmler, ammeister, avec le millésime 1657, celles de M. A. Kœnig et de J. J. Kips, membres de la Commission de l’Œuvre Notre-Dame, et les armes de J. Ch. Stœr, receveur de l’Œuvre. (Voy. Revue d’Alsace, t. VI, année 1855.)
* Nous concluons de tout ce que nous venons de dire que la manière dont M. Barbier a dessein de construire le conducteur dont il se propose d’armer la tour de la cathédrale de Strasbourg , est bien entendue et entièrement conforme aux principes qui résultent de ce que les expériences , les obser-
Il ne fut pas donné suite à ce plan, surtout à cause des préjugés qui existaient alors contre les paratonnerres, dont on croyait plus généralement qu’ils attiraient la foudre sur un édifice au lieu de l’en préserver. Le savant physicien Gay Lussac, lorsqu’il vint en notre ville en 1826, s’étonna beaucoup de ce que la flèche, qui avait si souvent souffert par la foudre, n’était pas armée d’un conducteur, et communiqua ses idées aux savants qui l’entouraient; il fut même consulté lorsque M. de Kentzinger, maire de notre ville, fit établir en 1828 un paratonnerre sur la salle de spectacle.
Il devait arriver encore bien des désastres et en dernier lieu un coup terrible avant qu’on songeât d’une manière sérieuse à donner à notre monument ce préservatif, dont l’établissement aurait cependant épargné bien des frais et des dépenses de peines. Ce coup arriva en 1883, le 14 août; la foudre tomba sur la pointe du côté du nord , fracassa quelques marches d’un des huit escaliers de la flèche, de même que de l’escalier du nord-est de la tour; elle la tourna, tomba sur la grande cloche qui sonne l’heure, souda contre elle le marteau, suivit la tringle qui le met en communication avec l’horloge, en démolissant la carcasse en planches qui la contourne, en entrant dans la cage de l’horloge sans faire le moindre dégât à l’instrument. De là, le fluide électrique suivit la tringle qui met l’horloge en communication avec les aiguilles du cadran, les
vations et la théorie ont appris de plus constant sur ce sujet , qu’il est fort à souhaiter en conséquence que son projet soit exécuté et qu’un édifice aussi élevé et aussi curieux que la tour de Strasbourg soit désormais préservée des ravages de la foudre, que l’histoire de cet édifice prouve qu’il a plusieurs fois essuyés; enfin que cette tour, ornée d’un conducteur, deviendra un exemple pour tout le royaume, qui encouragera peut-être un usage dont toutes les observations qu’on a pu recueillir jusqu’ici, paraissent assurer les avantages, etc.
(Séance du 12 mai 1780. Signé le roi, Franklin et Condorcet.)
jeta au loin sur la plate-forme, cassa quelques pierres, en descendant le long de la porte d’entrée, dans la tour1, brisa la table et le banc en pierre d’un côté de la porte en mille morceaux, jeta la seconde au loin, souleva les dalles comme une taupe soulève la terre, en se dirigeant vers la balustrade orientale, la fracassa en pièces et descendit le long du tuyau en fer-blanc, servant à l’écoulement des eaux de la plate-forme, dans le réservoir sur la galerie au dehors de la cage des cloches et vint s’y éteindre.
Nous décrivons ce capricieux itinéraire d’un clin d’œil , parce que nous en avons suivi la trace avec attention , et partout sur la pierre, outre le dégât occasionné, la foudre laissa à son passage une trace bleuâtre comme à la lumière d’un fusil après sa décharge. Par la force du coup, les pierres furent lancées au loin jusque sur barrière-maison du coin de la rue du Sanglier et des Hallebardes, la maison Kirstein dans la rue des Orfèvres. La place de la Cathédrale en était jonchée et les toitures de plusieurs maisons furent percées de trous.
Le Paratonnerre.
Cette terrible catastrophe occasionna encore de grands frais à la caisse de l’Œuvre, et sur les instances de M. Meunier, professeur à la faculté de médecine, M. de Türckheim, alors maire, réunit une commission, composée de MM. Voltz, ingénieur en chef des mines; les professeurs Meunier, Herrenschneider et Fargeot; Lacombe, receveur de l’Œuvre-Notre-Dame ; Spindler et Fries, architectes, pour étudier la question à fond et lui en faire un rapport. Ce rapport, qui contient tous les documents historiques
1 Les caractères en or du tableau au-dessus de la porte , constatant l’action du tremblement de terre du 2 août 1728 , lurent attaqués par le pas-^ sage de la foudre.
el scientifiques , et qui donne des renseignements précis sur l’établissement du paratonnerre, en l’appuyant beaucoup, fut présenté le 15 décembre de la même année. M. Fi des fut chargé de l'avau t-métrage des travaux en serrurerie et du devis, qu’il présenta le 15 octobre de l’année suivante. La longueur des tiges à employer était, d’après ce travail, de 762m,255 et le poids de 7,927kil,48, montant à 11,891 fr. 22 c. ; total avec plomb, cuivre, etc., évalué à 15,091 fr. 22 c., sans les frais de posage, d’échafaudage et de creusement des puits. L’exécution du paratonnerre fut donc sérieusement projetée et adoptée par le gouvernement. Le sieur Wagner, serrurier en cette ville, se rendit adjudicataire de l’entreprise par soumission, à condition expresse de l’achever avant l’époque des orages de l’année suivante, 1836.
L’établissement du paratonnerre consiste en une tige de 1 mètre de haut, dont la pointe est en platine; de la base partent quatre conducteurs, qui descendent, après avoir été liés par un cercle, dans la partie supérieure, le long des huit tourelles jusqu’aux quatre tourelles, où un nouveau cercle, adapté sur la balustrade, les reçoit et les lie comme communicateur et conducteur des quatre branches qui viennent d’en haut. Des quatre tourelles, il n’v a plus que deux conducteurs, dont l’un descend le long de la tourelle septentrionale, passe par dessus la galerie, et se continue le long de la cathédrale jusque dans un puits creusé au bas, entre la tour et le premier contrefort de la nef latérale de gauche. L’autre descend le long de la tourelle sud-est, passe aussi par dessus la balustrade, et se dirige sur la crête du toit de la nef vers le télégraphe, où il se met en communication avec un autre conducteur, qui descend de la lige au-dessus de cet instrument et se perd dans un puits creusé derrière la sacristie. Un troisième conducteur descend de la tige qui forme girouette sur la
maison des gardiens, et, en passant par dessus la balustrade, se dirige du côté sud dans un puits creusé au bas du logement du concierge. Ce paratonnerre fut exécuté dans le délai convenu, mais la foudre voulut encore montrer sa puissance dans l’intervalle de l’achèvement. A peine le dégât de 1833 fut-il réparé, qu’en juillet 1835 un nouveau coup frappa le monument et prit à peu près le même chemin, en faisant autant de mal; mais, depuis cette époque, si la foudre le frappa encore à plusieurs reprises, et alla même jusqu’à fondre en une larme la pointe en platine de la tige élevée sur la flèche, ce fut toujours sans endommager l’édifice, et les frais de construction du paratonnerre ont été depuis longtemps couverts par les désastres qu’il a évités. La masse de fer employée dans l’édification de la tour, et qu’on n’aperçoit qu’en en faisant une visite intime, car l’architecte a su la dissimuler sous la pierre, a dû faire douter de la puissance protectrice du paratonnerre dans ce cas donné , et cependant l’expérience a prouvé que la continuité des tiges est trop efficace comme conducteur pour laisser dévier le fluide électrique.
Toutes ces légères colonnettes des lancéolés sont soutenues par des barres de ffir, et les assises de pierre de taille, reliées avec du plomb, sont en outre fixées par des crampons de fer; on aperçoit même dans l’intérieur des deux tours, au-dessous de la maison des gardiens et d’une décharge voûtée située sous l’horloge , et qui sert de bûcher, des barres de ce métal de plus d’un décimètre d’équarrissage; elles sont couchées dans des entailles faites dans les pierres et les relient en se croisant en octogone. Beaucoup d’autres exemples que nous pourrions citer prouvent que les anciens maîtres ne méprisaient pas l’emploi du fer dans leurs constructions, pour les lier et les rendre plus solides, comme bien des auteurs qui ont écrit sur l’architecture ogivale semblent le croire, mais qu’ils savaient le masquer
el ne laisser apparaître que la pierre avec la richesse de
la sculpture.
Noms gravés sur la pierre.
En se promenant sur cette plate-forme si riche en impressions , on pourrait écrire un livre rien qu’à recueillir les milliers de noms que les passants ont fait tailler, depuis des siècles, sur ces murs. On en trouve de toutes nationalités, de tout rang social : noms illustres, noms vulgaires, noms blasonnés, noms roturiers, princes français, allemands, russes, italiens; architectes de tous les pays avec leurs monogrammes; le savant Herder, Gay-Lussac, le physionomiste Lavater, Voltaire, dont la foudre a emporté les deux premières lettres de son nom, etGœlhe, sur le nom duquel elle a également laissé des traces de son passage ; les peintres Johannot, le poète Uhland; touristes anglais et américains, tous ont laissé acte de présence sur cet album de pierre, sans compter les nombreux volumes de livres d’étrangers dans lesquels on aime à glaner el où parfois, à côté de sottes balivernes, des idées poétiques viennent fixer notre attention. Si de ce point élevé toute l’histoire du passé se retrace à notre imagination, on y rencontre des noms d’acteurs dans ce grand drame qui s’est déroulé sous les yeux de nos ancêtres, depuis la guerre de trente ans jusqu’à nos jours, depuis les temps où les musiciens de la ville ( Stadlpfeifer ) 1 y laissaient retentir leurs instruments jusqu’à nos jours, où des chœurs sont souvent chantés en été, le soir, par la Société chorale.
' A diverses époques il était imposé aux musiciens de la ville d’exécuter , en été, une musique religieuse au lever et au coucher du soleil. Les ordonnances du Magistrat de 1627 jusqu’en 1654 fixent le jour de la célébration des noces au jeudi do chaque semaine; les gardiens de la tour ou les musiciens de la ville étaient autorisés ce jour à jouer une fanfare au moment où le cortège nuptial sortait de l’église.
Statues.
L’art statuaire semble avoir laissé les richesses de son imagination dans la partie inférieure du monument , mais nous trouvons cependant encore dans ces régions élevées quelques-unes de ses productions qui attirent l’attention de l’ami des arts : ce sont deux magnifiques statues, placées au-dessus de la cage de l’horloge , à droite et à gauche de la haute baie occidentale de la tour. Sur la tète de celle de droite, à longue barbe, on lit la dignité, le courage, la colère , qui se marie toutefois à un triste abattement ; celle de gauche porte sur ses traits l’empreinte d’une résignation religieuse, d’un douloureux abandon et d’un noble dévouement. On reconnaît la dignité impériale de l’nne, au globe qu’elle tient d’une main, au sceptre qu’elle porte de l’autre et au large manteau dont elle est drapée. Dans l’autre, la modeste position du moine se révèle au froc à vastes plis dont elle est vêtue ; mais il y a une telle sympathie entre ces deux figures qu’on sent que le maître qui les a taillées dans la pierre, inspiré de son sujet, les a conçues d’un seul jet. La tradition nous apprend que l’une doit représenter l’empereur Henri IV ou le Vieux, qui, ayant donné tant de preuves de son courage personnel en plus de cinquante batailles, excommunié parle pape Grégoire VII, arriva comme pénitent, à Rome, le jour de Noël, pour faire amende honorable, pieds nus, devant l’altier prélat, et l’autre, le moine, son confesseur, la seule âme fidèle qui lui prodigua encore les consolations de la religion. Toutes ces profondes angoisses de l’orgueil, de l’humiliation, de la résignation, sont empreintes sur ces deux physionomies.
A droite et à gauche de la porte d’entrée dans la tour, nous voyons encore quatre statues. Dans l’une des deux, à droite, on reconnaît l’architecte au tablier dont il est
revêtu et au plan qu’il tient en main ; il y a beaucoup de ressemblance entre cette figure et celle qui est appuyée sur la balustrade, à côté de l’horloge astronomique, dans l’intérieur de l’église. L’autre tient un compas en main et semble mesurer du regard une hauteur, en garantissant l’œil avec la main contre les rayons du soleil. Est-ce le portrait du maître qui arriva dans sa construction jusqu’à cette hauteur, et celui de son successeur qui mesure de l’œil la tâche qui lui reste à accomplir pour achever son œuvre? C’est au moins ce que le caractère de ces deux figures semble nous enseigner, mais il nous serait impossible de dire avec certitude qui elles représentent.
La Flèche.
En faisant la description de la façade principale et en parlant de l’adjonction de la partie du milieu, au-dessus de la rose, nous avons dit qu’elle donna à cette façade des proportions plus gigantesques qu’elle ne devait avoir dans le principe. A la vérité, elle forme un parallélogramme beaucoup plus vaste, qui permettait par ses proportions l’édification d’une tour plus élevée, pour la mettre en harmonie avec l’ensemble. Aussi les successeurs d’Erwiu, inspirés de ces proportions, ont-ils voulu monter avec leur pyramide de pierre aussi près du ciel que possible. Quand on se trouve dans l’intérieur de la tour, on est saisi d’étonnement à la vue de cette voûte hardie suspendue sur les huit piliers élancés qui prennent naissance là où jadis devait monter la flèche octogone1. Les quatre escaliers tournants, à jour, vulgairement appelés les quatre tourelles, qui
1 Ces piliers en assises de pierres de taille ont lm,60 de largeur et 3 mètres avec les saillies formant contreforts dont ils sont armés, et qui se rétrécissent vers le haut, surmontés de pyramides. On distingue parfaitement bien dans l’intérieur de la tour, à la hauteur du couronnement des huit baies, par les pierres saillantes, que la clôture de la voûte devait commencer à cette par-
conduisent à la base de la tlèclie, reliés avec elle par une galerie, transforment la tour octogone en une tour carrée. Ils sont armés jusqu’à mi-hauteur de trois contreforts, terminés en pyramides, qui réagissent eux-mêmes sur la poussée de la voûte de la tour. L’un de ces quatre escaliers , celui à l’angle nord-est, est double jusqu’à moitié de sa hauteur: c’est un chef-d’œuvre de coupe de pierre, deux escargots qui se tordent l’un dans l’autre, et dans lesquels deux personnes , entrées chacune par une porte particulière, montent ensemble sans se voir.
Au delà des quatre tourelles, sur lesquelles est planté le drapeau national les jours de fêtes politiques, huit escaliers tournants rampent aux huit angles du cimier, entre des lancéolés, pour arriver dans l’intérieur, étroit réduit d’un diamètre de 2 mètres, formant de loin sept gradins de géant. L’ascension jusqu’aux quatre tourelles n’est entourée d’aucun danger et d’aucune peine, si les jarrets et la poitrine sont bien constitués; depuis ce point jusqu’au sortir des huit escaliers, il n’en est pas non plus, si la personne qui monte n’a pas trop d’embonpoint et surtout si elle n’est pas sujette au vertige; mais pour arriver de la couronne à la lanterne et de là au bouton, il n’y a plus que des barres de fer, les saillies de la pierre comme appui pour les mains et les pieds; il faut grimper sur ce point culminant. Aussi, celte ascension périlleuse n’est-elle entreprise que par des ouvriers de la cathédrale, qui en ont l’habitude, ou par quelque téméraire, comme celui qui salua de ses gestes et de ses acclamations le ballon naviguant dans les airs le jour de l’inauguration du chemin ferré de Paris à Strasbourg, le 18 juillet 1852 \
tie de la tour, mais que sans doute Hiiltz, qui la couronna du cimier, croyant pouvoir monter plus haut, y ajouta la partie s’élevant depuis ces baies jusqu’à la galerie qui contourne la base de la flèche.
1 C’était le capitaine du génie Parmentier.
Le bouton sur lequel est plantée la tige du paratonnerre a 7 pouces de diamètre; il est, suivant les ingénieurs géographes, qui l’ont mesuré sous les ordres du colonel Henri, à 487 pieds 50 lignes ou 142 mètres 133 millim. au-dessus du niveau du sol de la place de la Cathédrale1.
Cette cime était surmontée dans le principe de la statue de la Sainte-Vierge; mais, labourée par le feu du ciel, on fut obligé de l’enlever; néanmoins la foi chrétienne, dont cet édifice est une inspiration des plus sublimes, a laissé dans ces régions élevées des inscriptions qui en proclament la divinité dans les paroles de Y angélus: