ACTE 1, SCENE I
Hier je montais, après le couvre-feu, porter mon bloc à Jean-Marie, quand j'aperçus, là-bas, à la fine pointe des échafaudages, le seigneur Réginald.
ALAIN
Tu veux rire ! Le guetteur de nuit sans doute.
LUBIN
Non, Réginald en personne. Perdu dans la pénombre, il contemplait le soir. II rêvait lui aussi.
ALAIN
Etrange... Réginald qui reste à ne rien faire !...
LUBIN
Comment à ne rien faire ! C'est alors qu'il peine.
ALAIN
Allons, Lubin, tu railles î
LUBIN
Mais non, entendez-moi. Pour lui, c'est l'heure du travail, l'heure de la pensée. Quand la vie s'est éteinte, et que déjà nous reposons, il monte sur la
tour, il s'exalte. Et là, plus près du firmament, se noyant, au-dessus de la terre, dans la grande harmonie des choses qui s'apaisent, il voit, lui, le chef, il voit son œuvre et la compose. Et lorsqu'il redescend après la nuit tombée, il ne lui reste plus qu'à transcrire son rêve sur le parcliemin.
ABÉLARD
Ame de trouvère !
LUBIN
C'est là-haut, j'en suis sûr, qu'il a imaginé cette cathédrale de rêve, ces plans merveilleux qu'il ne montre à personne.
ALAIN
A personne ! Il me les a bien montrés l'autre soir, (Aux autres) C'est divin !
LUBIN
N'est-ce pas ?
ABÉLARD (qui s'est approché) Mais... dangereux !