D'APRÈS UNE AQUARELLE D'ARSÈNE LE FEUVRE. — COLLECTION DE M. SINGHER
les füls des deux grosses colonnes cylindriques sont complètement dégagés tout en ne supportant qu'une archivolte unique; les abaques seuls de leurs chapileaux sont en pénétration. De quelque côté qu'on les regarde, les colonnes absidales
du chœur du Mans sont légères, sans maigreur et sans disproportion avec les
grosses piles du chœur. En somme elles réunissent à la fois les trois qualités
res : légèreté, solidité et harmonie.
Qu'on se figure ces élégants piliers surmontés de chapiteaux aux crosselles végétales largement épanouies el aux abaques circulaires profondément fouillés:
qu'on se représente au-dessus de ces chapiteaux admirablement sculptés, des ogives élancées avec nombreuses moulures : qu'on veuille considérer immédiatement au-dessus sans autre séparation qu'une corniche à crosses végélales el une légère galerie — de longues fenêtres, à deux, trois, quatre et six lan-
celtes, qui ont conservé leurs
vitraux ; qu'on s'imagine enfin la Ye
voûte absidale, pavillon à sept , s . BASE D’UNE GROSSE COLONNE DU CHŒUR
pans, abritant ce sanctuaire si richement fermé, on aura alors une idée de la plus magnifique abside que le XIIe siècle nous ait léguée.
Le clerestory du chœur du Mans est formé par d'immenses baies, garnies de leurs vitraux anciens, remplissant l'espace compris entre les voûtes, les colonnettes qui reçoivent leurs nervures et le cordon qui se développe au-dessus
de la pointe des archivolles. Les plus grandes, d'environ cinquante-cinq mètres de
superficie, sont divisées en six compartiments. Toutes ont des Lympans ornés de tréfles et de quatrefeuilles. Cette partie, qui ne possède pas de triforium, parcequ'à l'extérieur on a établi sur le premier déambulatoire un toit à double égout?, a pro-
bablement été achevée après la consécration faite en 1254, par l'évêque Geoffroy de
() Cette galerie qui devait régner tout autour du chœur, au bas des grandes fenêtres, n'existe que dans six travées de la partie absidale.
(2) Cette disposition n'existant pas à la cathédrale de Bourges, l'architecte a du construire un triforium, sous les fenêtres, dans le chœur et dans la nef.
Loudun. En effet, l'intérieur des grandes fenêtres, avec meneaux surmontés de
semble être de l'extrème fin du XIIe siècle.
trèfles et de quatrefeuille Ainsi que je l'ai déjà dit, les deux collatéraux, qui tournent complètement
autour du chœur, sont divisés entre eux par des colonnes monocylindriques, rappelant, par leurs proportions, celles de la cathédrale de Coutances et par leur décoration celles du réfectoire et de la salle des Chevaliers au Mont-Saint-Michel. Ces colonnes, établies dans de bonnes proportions, mais assez massives! pour soutenir l'énorme poids d'une partie des arcs boulants extérieurs, possèdent des bases oclogones évidées par d'élégantes petites arcatures ogivales. Leurs chapiteaux à tailloirs ronds avec moulures composées comme celles des chapiteaux du chœur, sont ornés de crosses
MTUN
végélales et de feuillag d'eux, le premier, auprès du transept nord, se distingue des autres par des animaux fantastiques, dont quelques-uns à têle
humaine, sont gracieusement en-
trelacés et circulent au milieu BASE DE COLONNE DU DÉAMBULATOIRE PTE des feuillages.
Des colonnettes groupées trois par trois prennent naissance sur le tailloir des chapiteaux du pourtour. Elles encadrent l'arcature ogivale des travées avec ses nombreuses moulures, le triforium lui-même, et reçoivent sur leurs chapiteaux, à
res et forme-
la naissance des-fenêtres du second clerestory, les ares doubleaux, ogi
rels du premier déambulatoire. Ce même système de colonnettes existe également
à la partie absidale du chœur, avec cette différence, qu'à cet endroit, la colonnette
st unique n'ayant à soutenir qu'une seule nervure de la voûte.
Le triforium qui s'élève au-dessus des arcatures du déambulatoire, doit être
considéré comme un chef d'œuvre d'élégance. Chacune de ses travées est divisée
nt les fûts entourés de colon-
(1) On à quelquefois taxé de lourdeur ces fûts cylindriques, en leur préf
nettes, d'autres monuments. J'avoue que ce reproche me semble absolument déraisonnable, car les colonnes du pourtour du chœur du Mans sont en parfaite harmonie avec le reste de l'édifice et surtout en rapport avec l'énorme charge qu'elles ont à porter. L'architecte devait éviter une trop grande maigreur pour ne pas tres ainsi que les
compromettre la stabilité du monument. Les piles des déambulatoires de Bourges et de colonnes monocylindriques de Notre-Dame de Paris, où elles sont plus nombreuses que celles entourées de
colonnettes, offrent un démenti à cette attaque erronée.
en deux arcatures ogivales principales s'appuyant sur des groupes de légères colonnettes aux chapiteaux délicats couronnés de tailloirs oclogones et carrés. Mais, comme l'ouverture de ces arcatures eût été trop grande el qu'elle eût laissé trop voir le nu du mur de fond, l'architecte les a subdivisées en deux ou trois compartiments dont les archivoltes, formées d'ogives ai-
guës, sont supportées par des
colonnettes uniques semblables à celles des groupes.
Les lympans de ces ogives sont ornés de sculptures délicieusement fouillées qui rappellent dans leur ensem-
le, les écoinçons du cloitre
du Mont Saint-Michel et les
roses du {riforium de la nef
de Coutances, où les pampres, es feuilles et les fleurs affec-
ent les formes et les contours
plus variés. Derrière ce riforium s'ouvre une galerie
qui permet une libre cireu-
alion.
Au-dessus du triforium s'ouvrent de larges fenêtres, complétement encadrées par
les voûtes, divisées en trois el
cinq lancettes, formées par
des meneaux sans moulures .