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HOTEL DU LOUVRE, AU, MANS

LES ÉVÈQUES DU XVIe AU XIXe SIÈCLE 387

d'envoyer le lendemain sept chanoines au-devant de l'évêque. Au jour dit,

octobre, Charles d'Angennes fut solennellement intronisé, chanta la grand'messe et donna le repas ordinaire !.

Déjà chargé de menaces en 1559, l'horizon s'assombrissait de plus en plus au Mans par le fait des protestants qui prenaient une attitude ouvertement hostile aux catholiques. Réunis, dit-on, dans l'hôtel du Louvre, chez le lieutenant particulier de police, Jean de Vignolles ?, les religionnaires résolurent de s'emparer du Mans. Ils y réussirent le vendredi *, 3 avril 1562. Au nombre des multiples méfaits qu'on peut reprocher à ces nouveaux Vandales, il faut signaler le sac des églises

et surtout celui de la cathédrale, sur lequel il serait facile d'écrire tout un volume,

à la honte des sectaires du XVIe siècle. Je me contenterai d'indiquer sommai-

rement ici quelques objets d'art détruits ou détériorés par eux.

Une statue de Notre-Dame, d'argent doré, avec couronne garnie de pierrer

Les statues des

pesant quarante-huit mares d'argent, estimée trois mille liv

SS. Gervais et Protais, à têtes d'argent, e

imées quatre-vingt-douze livres. Un

crucifix d'argent doré, pesant cinquante-cinq marcs, sur une croix d'argent, en partie dorée, pesant cent dix-sept mares, le tout estimé deux mille huit cent

nt

soixante livres tournois. — La grande châsse de saint Julien, partie en ai

doré, partie en cuivre doré, le devant de ladite châsse, d'or fin, pesant en or vingt-huit marcs : il y avait dans celle même châsse soixante-quatre anneaux d'or, de nombreuses pierres fines et deux croix de cristal. — La petite chässe de saint

Julien, d'argent doré, avec les images des SS. Gervais, Protais, Julien, Thuribe et

Domnole, estimée six mille livres. La cloison de cuivre, autour du grand

autel, « faicte en manière d'accoudouer », aux quatre coins de laquelle se trou-

vaient, sur quatre colonnes, quatre anges portant les armes de la passion de

Notre Seigneur. Celle cloison élait encore ornée de six piliers surmontés de s

eliles colonnes chargées d'anges qui tenaient des instruments de musique. Les

dites colonnes étaient unies par un système d'arcalures avec « de beaux grands

» fleurons et chérubins ». Deux portes fermaient la cloison devant l'autel. Derrière, en travers du chœur, s'échelonnaient quatre colonnes de six ou sept pieds de auteur, reliées par un couronnement chargé de chandeliers, de masques et de >elits dauphins: deux de ses colonnes servaient de supports à deux hommes

d'armes. — En travers du chœur, une autre cloison de cuivre très ouvragée, avec

ilastres, chandeliers et autres ornements, au milieu de laquelle s'élevait le

crucifix d'argent cité plus haut. Un ange de cuivre aux ailes étendues pour

() Archives du Chapitre, B/2, fol. 100 vu, 101, 103, 104 vo et 105.

(2) Celui-ci avait épousé Marie Metayer, dont les armes sont sculptées au-dessus de l'une des fenêtres de l'hôtel du Louvre.

(3) Dom Piolin (V, 437), dit mal le vendredi saint. C'était le vendredi avant Quasimodo.

porter les livres. — Un grand griffon de cuivre aussi à ailes étendues et plusieurs lutrins. La chaire épiscopale en pierre de Bernay et en bois sculptés. — Le

grand autel en pierre de taille et, derrière, l'autel de saint Julien sur lequel était la grande châsse. L'autel du roi et le tombeau du comte du Maine. — Le tombeau de Robert de Clinchamp. — Les autels Saint-Fiacre et Saint-Mor, ainsi

que les tombeaux du cardinal Pierre de La Forêt et de lé

êque Geoffroy de La

Chapelle. Le Jubé du cardinal de Luxembourg, avec ses statues des douze apôtres , ses niches, ses tabernacles, ses trois autels, ses tombeaux des Luxembourg. — La statue du cardinal de Luxembourg. — Les petites orgues dorées. — Les grandes orgues. Les fonts baptismaux. — Le sépulere du Christ dans la chapelle Saint-Pierre. La chambre où couchait le sergent de garde, entre

deux piliers du chœur, etc.

Rien n'échappa à la fureur destructive des Huguenots : tombeaux, statues,

autels, vitraux, sculptures, stalles, tableaux, manuscrits, vases sacrés, reliquaires,

objets d'art, peintures, tout subit la rage ou la souillure de ces forcenés. A l'extérieur du monument, ils abattirent des statues en pierre qui étaient sur la grosse

tour et « ès basses galleries du chœur ». Les statues des hautes galeries de la nef

et du chœur furent décapité

Quand les misérables dévastateurs, sous le coup d'une panique inexpliquable, évacuërent Le Mans, le 11 juillet au soir, en la fête de sainte Scholastique, après plus de trois mois d'occupation, les inappréciables trésors de Saint-Julien étaient détruits ou dispersés et le monument lui-même se trouvait à l'état de ruine lamentable *. Le dimanche, 19 juillet, Charles d'Angennes dut réconcilier solennellement son église’, Alors, le Chapitre comptait parmi ses membres, comme archidiacre de Château-du-Loir, le fameux Pierre de Ronsard, qui, le 3 avril 1562, le jour même de l'occupation du Mans par les Huguenots, prit à loyer, par l'intermédiaire de son confrère Jean Godeau, la maison canoniale de la Poterne*.

Dès 1561, Charles d'Angennes ayant manifesté l'intention de se rendre au concile de Trente, le Chapitre avait délibéré, le 20 juillet, de lui proposer de s'adjoindre le scolastique René Le Roy, Le Pelletier, prieur de Châteaux-l'Hermitage, et Fresneau, qui passaient pour très-habiles théologiens". L'évèêque ne se mit

pas en roule de suile, car il n'arriva à deslination que le 13 novembre 1562, avec

() Ce sont peut-être ces douze Apôtres qui ont donné origine à la légende des douze Apôtres d'argent,

cachés par l’évêque Charles d'Angennes, avant le sac de la cathédrale.

(2) Plaintes el doléances du Chapitre du Mans, en 1562, ms. de 144 pages, des Archives du Chapitre.

@) Pour plus de détails, voir H. Chardon, Informations el sentences contre les Calvinisles après la prise du Mans, 1562-1563.

() Ar

(5) Archives du Ci

hives du Chapitre, B/15, p.

apitre, B/2, fol. 334. La maison de la Poterne ait situ i-dessous de celles du

Grabatoire et des Morets, dans l'escalier des Pans-de-Goron. — Dom Piolin (V, 4 ail de M. l'abbé E (6) Archives du Chapitre, B/2, fol. 270 verso.

) nie à tort la prétrise de

Ronsard. Cf. le tra

oger, Ronsard ecclésiastique, dans Revue du Maine, t X, pp. 178 et suiv.

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un théologien de l'ordre des frères précheurs, Pelrus Aridiensis'. I y retourna vers Pâques de l'année suivante?.

Pendant les guerres de cette funeste époque, les chanoïnes, qui faisaient rétablir leurs stalles, durent s'armer pour la défense de la ville et l'évêque lui-même fut nommé, par lettres du roi, du 29 octobre 1567, gouverneur de la province”. Une autre distinction devait bientôt échoir à Charles d'Angennes, celle de cardinal du titre de Sainte-Euphémie, octroyée, le 27 mai 1570, par le pape saint Pie V.

La cathédrale saccagée en 1562, devait encore subir les attaques de l'incendie.

En 1583, le jeudi 5 mai, € par un orage et tonnerre, meslé de foudre, et tremble-

» ment de terre espouvantable dit Lestoile — le comble de la grande église de

» Sainct-Julian du Mans fut brûlé et consommé d'une conflagration merveilleuse * ».

En moins « de demie heure » le feu mit «le clocher * par terre tout ardant, et »

tomba « en sablière et sur la maison de Hierosme Olivier, marchand libraire . . .. » Et après a suivy le feu de telle sorte que toute la croizée de l'églize a esté brülée » el toutes les vitres cassées et abatit presque toutes les couvertures des maisons » d'entour l'église monsieur sainct Julien ». On perdit dans cette circonstance la

cloche d'argent, épargnée par les Huguenots, qui sonnait à l'installation et à la

mort des chanoines. Le 6, l'incendie n'étant pas éleint, les vicaires généraux

emandérent une procession générale pour le dimanche suivant et le Chapitre

écida qu'on y porterait le chef de saint Julien. Le 16, les offices furent transférés

ans la nef landis qu'on restlaurail les voûtes qui menaçaient ruine. Tous s'employérent de leur mieux pour faire disparaitre les traces du sinistre”, excepté le doyen Marguerin de La Bigne qu'il fallut sommer d'avoir à participer aux frais

ae re

tauration. Enfin l'église put être réconciliée au moment où la peste faisait de

tels ravages que les chanoines devaient, par précaution, ordonner la fermeture

des portes du chœur à l'exception de celle € d'en bas », gardée par le sergent en semaine“.

Charles d'Angennes”, cardinal de Rambouillet, mourut le 23 mars 1587, à

Corneto en Italie, empoisonné, croit-on, par son valet de chambre, Claudio Lupi,

(1) Catalogus legalorum, patrum, oralorum, theologorum qui, « principio usque ad hodiernum diem, ad sacroimenicam Tridentinam synodum convenerunt, quorum nomina, cognomina, paria el dignitates in hoc el dies, quibus ad gradus et dignitates uniusquisque es eleclus, ii, apud Christophorum Gryphium, M. D. LXIIT, XV mensis

sanclam æ

libello reperiuntur. Nunc denuo additi sunt mens

necnon quo die ad ipsam synodum fuit. — Pate

novemb. Cabinet de M. le due de I rémoille.

€) Archives du Chapitre, B15, p. 131.

(3) Archives du Chapitre, B/15. p. 144.

(4) Registre-Journal de Henri III.

a croisée.

G) Le clocher central sur (6) Copie d'une lettre missive envoyée du Mans, sur les désastres qui sont advenus le cinquième jour du mois de mai, veille de saint Jean-L'Évangéliste, 1583. Brochure imprimée à Lyon par Benoist Rigaull, rééditée par M. JC) L (7) Charles d'Angennes donna à cet effet la somme de 1000 écus. Archives du Chapitre, B/15, p. 185. (8) Ibid., pp. 183-185.

(9) Son portrait a été donné par M. R. T

val.

appée, chez À. Goupil,

er, dans sa Sainte Scholastique, p. 192.

et fut enterré dans l'église des Cordeliers observantins de la même ville’. Il portait les armes de sa famille ; de sable au sauloir d'argent ?, CLAUDE D'ANGENNES DE RAMBOUILLET

Claude d'Angennes, frère du précédent, né au château de Rambouillet, le

26 août 1538, devint évèque de Noyon, en 1578, puis, en 1587, évèque du Mans,

où il fit son entrée le 3 avril 1588 *. Il avait prèté serment de fidélité au roi, le 15 mars de la même année‘. Pendant la vacance du siège, le 23 novembre 1587, le Chapitre céda aux échevins de la ville € une aille de la nef (de la cathédrale )

» pour en faire leur magasin de bled” ». Durant l'épiscopat de Claude, les gue

es de religion firent rage dans la province, et le Mans, occupé par le ligueur Urbain de Laval-Bois-Dauphin, fut pris par Henri IV le 2 décembre 1589.

Dans ce lemps on enterra à la cathédrale madame de la Davière (juin 1587), René Le Maire, lieulenant-général en la sénéchaussée, dans la chapelle de Saint-Jean-Baptiste (novembre 1592), les entrailles de madame de la Bourdaisière, femme du maréchal d'Aumont (septembre 1592), et le cœur de monsieur des Moulins, lieutenant du gouverneur, dans la nef, devant le Crucifix (juin 1596)".

Malgré de multiples préoccupations causées par les événements extérieurs, le

. Dès 15

clergé de Saint-Julien songeait à faire disparaitre les ruines de son églis

les chanoines projettent de r D

‘onstruire le Jubé dont l'évêque se propose de p:

la moitié”. Plus tard, on fait exécuter différents plans qui sont soigneusement ramassés € cum antiqua modella pulpiti® ». Le 15 mai 1598, intervient un marché avec Jean, Julien et Bertin Les Dieuxivois, fondeurs, pour le rétablissement de l'enceinte de cuivre autour du grand autel”. Les travaux suivaient leur cours ",

quand Claude d'Angennes mourut le mardi 15 mai 1601, après quelques jours de

maladie. Il fut enterré dans le chœur de sa cathédrale, près de la chaire épisco-

(1) Le testament de Charles d'Angennes a été publié par dom Piolin, Revue historique du Maine, &. XN, p. 135.

(2) P. Anselme, & I, p. 421.

(3) Extrait des registres de l'hôtel de ville du Mans, depuis 1553 jusqu'à 1784 Annuaire de la Sarthe, pour 1835, p. 14.

(1) Archives nationales, P :

{) Archives du Chapitre, B/15, p. 193.

(6) Zbid., B/15, pp. 191 () Ibid, BA5, p. 21 (8) Zbid., B/5, fol. 141 ve, 149, 151 (9) Zbi ë de la chapelle de la $

, fol, 62 verso.

fol. 166 ve et 167. Le 13 seplembre 1602, on doit placer le crucilix de l'entrée lea chori ». B/6, fol, 29, — Le 11 octobre 1604, Jean

3/7, fol. 62.

> « super clausura aurici

Dieuxivois, fondeur, reçoit 220 livres 8 sous « pro reliquo clausuræ eneæ chori ecclesie (0) 1bid., B/6, fol. 27 verso.

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pale, le mercredi, 27 juin, par l'archevêque de Tours’, sous une tombe en cuivre,

dont Gaignières nous a conservé le dessin?,

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