‹ La cathédrale Saint-Julien du MansChapitre 73 sur 236 · HAMELIN · texte numérisé non relu

HAMELIN

Quatre mois après la mort de Renault, le lendemain de la fête de l'apôtre saint André (ler décembre 1190), les chanoines élurent pour le remplacer, un personnage du nom d'Hamelin. Celui-ci fut sacré à Rome par le pape Célestin IP, qui, lui-même, avait été consacré le 14 avril (jour de Pâques) 1191. Si nous ignorons le lieu précis d'origine du nouvel évêque du Mans, nous savons au moins que, neveu d'Odon, doyen du chapitre de Saint-Martin de Tours, et frère

de Philippe, qui succéda à leur oncle, il remplissait, en 1186, les fonctions de

maitre des écoles de Saint-Martin de Tour:

Le Corvaisier ‘ affirme avoir vu dans € un ancien cartulaire une figure de cet

» évesque assez mal désignée à la plume et aussi grossièrement enluminée » et

« à costé de la teste un écu d'argent chargé d'un lyon rampant coupé de pourpre

(1) Dom Piolin (É successeur au {er décembre 1190, ne trouve cependant que quatre mois entre ces deux dates.

(2) Actus, p. 48.

(3) Gallia Ghristiana, XIV, col. 389.

(1) Histoire des évesques du Mans, p. 469.

qlise du Mans, IV, pp. 208, 209) qui fait mourir Renault 1 août 1189 et qui place son

LES ÉVÈQUES DU XIII SIÈCLE 219 » el d'orengé ». Ceux qui croient pouvoir s'en rapporter à l'autorité de Le

Corvaisier attribuent ces armes à notre Hamelin !.

Avant de prendre possession de son

cesseurs, prêter serment de assemblé et devant les a

Je ne sais à quelle épo

qu'avaient nos évêques de se

jour de leur intronisation. (

particulièrement dans ce

du XIe siècle, certainement pendant le XIIe *.

du pontife à la porte de

tête nue, venait tenir l'étrier c

Cet office rempli, il restait pro même de l'intronisation, l'évê souvent pieds nus, se rendait certaines cérémonies dans l'é et en mitre, sa crosse devan Huit barons (les seigneurs de

le-Guillaume, de Montdoublea

SN

Parigné-l'Evêque) mettaient chissait le rempart de la vil devant le portail de la cathéc Un dialogue s'engageait alors L'évêc

introibit rex gloriæ.

»bés de Pe

le d’2

‘église ab

iège, Hamelin dut, comme ses prédé-

fidélité à son église. Il le fit devant le chapitre

rseigne el de Clermont ?.

que remonte la coutume consistant dans le droit

faire porter sur les épaules de plusieurs seigneurs le

et usage, qu'on rencontre dans différentes églises, Angers, existait probablement déjà au Mans, à la fin

La veille de la cérémonie, à l'arrivée

aliale de Saint-Vincent, Ie seigneur du Breil,

extre de l'évêque pour lui aider à quitter sa monture.

riétaire de la dite monture et de ses harnais. Le jour que, vêtu d'ornements pontificaux, mitre en tête et

>rocessionnellement au prieuré de Saint-Ouen. Après

lise, il se plaçait sur la chaire épiscopale, en chape

lui et tenant sur ses genoux le livre des Évangiles.

Pirmil, de Belin, de Vaux à Yvré-l'Evêque, de Sillé-

u, de Neuville-sur-Sarthe, de Montfort et du Breil en

e brancard sur leurs épaules, puis le cortège fran-

e par la porte du nord où du château et s'arrétait

rale, derrière lequel se tenait l'archidiacre du Mans.

entre celui-ci et Ie pontife.

ue: Allollite porlas principes vestras el elevamini porlæ œlernales et

L'archidiacre : Esl-ne ingressus luus pacificus ?

L'évêque : Pacificus.

L'archidiacre : Vis lu ser scriplas el non scriplas approl L'évêque : Volo.

L'archidiacre : Jura.

L'évèc

ue: Si Deus me ad

vare jura el consueludines Cenomanensis ecclesiæ

balas ?

juvel el hœ&c sacra verba, slalula vera approbabo el

observabo el pro viribus augebo *

() Cauvin, Armoiries des évêques du Mans. Cet auteur donne des armes, plus ou moins authentiques, aux

évêques Sigefroy, Avesgaud jéchiqueté d'or et d'azur au franc quartier d'herminel, Gervais de Château-du-Loir

ide gueules écartelé d'argent, à la croix ancrée d'argent et de gueules de l'un dans l'autre), Guillaume de Passavant

{de gueules écartelé d'argent à la fasce d'azur, où de gueules écartelé de fasce enté d'argent et d'azur de six pièc XXXIX et

(3) Un arrêt du Parlement du 28 mars 1318 (v.

(2) Livre blane (imprimé), nes 2

nt de cet usage dit qu'il existait « a tempore a quo

» non est memoria ». Archives nationales, X

(4) Bibliothèque du Mans. ms. 2414, fol. 295 verso et 296. Juramentum cpiscopi quod facit ante fores ecclesit.

On ouvrait les portes du temple : l'évêque était conduit dans le chœur, à l'autel des SS. Gervais el Protais el ensuite à son siège épiscopal. Le sire de Belin prenait le parement de la chaire qui avait servi au transport du pontife.

Le Te Deum chanté et la messe dite devant une foule d'abbés, de seigneurs et de peuple, Fintronisé se rendait à son palais pour un grand diner où se trouvaient clergé et noblesse. Le sire de Montfort lui lavait les mains dans un bassin qu'il

ait

gardail: le sire de Pirmil présentait la serviette pour les essuyer et remplis l'office de pannetier, ce qui lui donnait le droit de s'emparer de tout le linge de table après le repas. Le sire de Vaux faisait l'office d'écuyer tranchant et devenait

possesseur de la gaîne et du couteau dont il s'était servi. Le sire de Sillé, échan-

son, réclamait la coupe de l'évêque, et le sire de Neuville, les ustensiles de cuisine !.

l arrivait quelquefois que les barons abandonnaient généreusement ces dépouilles, mais, en tout cas, ils maintenaient loujours rigoureusement leurs droits.

Dès la seconde année de son épiscopal, le lendemain de Pâques (6 avril)

1192, Hamelin réunit ses chanoines dans sa chapelle épiscopale pour confirmer

quelques points de leurs statuts. À cette assemblée assistaient : le préchantre

Guillaume Baritaut”, Benoit", Payen, archidiacres, Foulques, maitre des écoles”,

Geoffroy de Claers", Radulphus, Rogisius, Philippe d'Yvré?, Guillaume Burgault,

Guillaume de Sablé, Hemery Clarel*, Guillaume de Marcé”, procu-

Guy, Patric

reur du doyen (Nicolas) absent, Pierre du Plessis, Abraham ", Hugues de Saint-

Célerin, Jean de Roorte, Roger de Barnazai. Plusieurs autres chanoines, alors

absents, approuvèrent plus tard la délibération. C'étaient: Loonus, chevecier de

Poitiers, Pierre de Maldestor, Guérin, trésorier de l'église d'Angers, l'archidiacre

de la même église, Hemery de Parthenay", Sébastien, Guillaume de Pass

d) La Province du Maine, & NI (1898), pp. 201-210. (2) Probablement Pierre

@) Guillaume Baritaut, fils de Pierre Berlai et de Pétronille des Roches-Baritaut, était vraisemblablement

venu dans le Maine avec l°

que Guillaume de Passavant. Le décès de Pierre Berlai est inscrit dans le Martyrologe, 2, au 2 des calendes de décembre, et celui de Pétronille des Roches-Baritaut, au 9 des calendes

d'octobre

(1) On trouve encore l’archidiac « Benedictu:

e Benoît le 16 novembre 1220 {Livre blanc).

9 vir magno nobilitatis et humilitatis », fit élever

hidiaconus,

grands frais des maisons « juxta ecele Sancti-Michac-

» lis ». Martyrologe, 24, aux calendes de novemb

() En juillet 1213 le maître des écoles était Joscelin. Livre blane (imprimé), p

(6) Geoftroy de Claers ou de Cleers était prêtre. Martyrologe, 2M, 7 des ides d'août (7) Chanoine en 1213, Philippe d'Yvré devint évêque de Béryte. Voir Marlyrologe, 15 des calendes de février.

(8) Il y eut à cette é

oque et plus tard, plusieurs chanoines du Mans du nom de Clarel. Martyrologe, passim. cé qu'on trouve

(9) Guillaume de M: fit de nombreux athédrale. Il donna au Chapitre une maison en pierre «ultra Pontem Ysuardi ». Martyrologe,

244, au 8 des calendes d'août

a fin du XII: siècle et au commencement du XIII

dons à l'église

(10) Abraham fit bâtir des maisons en pierre « in Veteri Roma ». Martyrologe, 16 des calendes de mars. (1) Hemery de Parthenay donna en mourant cent sous manceaux à la fabrique de la cathédrale, Martyrologe, 2 des ides d'avril.

QUES DU XIIe SIÈCLE 221

ise de Pari

, Michel de Sablé *

de Ballon, Hervé des Roches, Robert Jourdain, Guérin d'Usag

vant!, Pierre, chancelier de l'ég , Mathieu, Philippe g PI

!, Jean, archi-

diacre de Tours *.

Le chapitre de Saint-Julien se composait alors de trente- chanoines au

moins. Comme parmi eux, beaucoup n'étaient pas prêtres, le diacre Jean de La Chapelle fonda en 1208, une prébende pour un chanoine prêtre chargé de

suppléer ses confrères

notamment pour la messe des morts qui devait se dire

ous les jours après l'office de prime ‘.

Henri IT mort, Philippe-Auguste avait rendu à Richard Cœur-de-Lion le comté du Maine? et les deux monarques étaient partis pour la croisade en 1191. Richard, d'abord fiancé à la sœur du roi de France, épousa à Limeçon, en Chypre, e dimanche 12 mai 1191, Bérengére, fille de Sanche IV, roi de Navarre“. Retenu risonnier par le duc d'Autriche, il trouva à son retour, en 1194, que les Manceaux étaient déclarés pour son frère Jean-sans-Terre. Après la mort du terrible monarque, le 6 avril 1199, Jean-sans-Terre s'empara du trône d'Angleterre, au réjudice de son neveu Arthur, duc de Bretagne, fils de Gcoffroy et de Constance.

Pendant que Philippe-Auguste ravageait notre pays, le jeune Arthur put s'em-

arer du Mans, où il vint avec sa mère rendre foi et hommage au roi de France”.

Afin de se concilier le ele

il fonda à la cathédrale l'anniversaire de son père Geoffroy et la cérémonie s'accomplit solennellement sur l'autel de Saint-Julien ".

C'est peut-être à cette année 1199, où au plus tard entre 1202 et 1203, qu'il faut

rapporter l'incendie de la ville du Mans dont il est fait mention en ces termes,

() Parent de l'évêque de ce nom, il vivait encore en 1213 et devint « magister scolarum ». Martyrologe, 16 des calendes de mars.

@) Vraisemblablement Pierre de Poitiers. Voir p. 116. (3) G () Guérin d'Usages

anoine sous-diacre. Martyrologe, 3

des ides de juillet.

ait en 1200, official de l'évêque Hamelin. B. de Broussillon, Cartulaire de Saint- Victeur, p. 31.

G) Martyrologe, 244, fol. 285. Livre blanc, n° CENIL. r. L

(7) Œuvres de Rigord et de Guillaume Le Breton (Société de l'Histoire de Fr

(6) Martyrologe, 7 des calendes de f re blane, no GLI. On appela ce chanoine le chanoine serve.

ance), I, 97.

(8) Dans L'esloire de la guerre sainte, Ambroise raconte ainsi ce mariage :

estoit une sage pucele gentilz femme e preuz e bele, Non pas fause ne loseng

Si

cit a non Berengicre,

rei de

Qui l'avoit baillée a la mere Le rei Richard, qui s’en pena Tant que jusque la li mena. »

L'esloire de la guerre sainte. Histoire en vers de la troisième croisade (11901192, par Ambroise, publiée el traduite d'après le manuscrit unique du Vatican par ( Y) Œuvres de Rigord et de Guillaume Le Breton (So no 101. Les Grandes Chroniques de France publiées par Paulin Paris, t. IV, p. 115. Q0) Livre blane (imprimé), ne IX. — En juin 1199, Arthur fit un don à l'abbaye de Perseigne. G. Fleury,

ston Paris, Paris, 1897, col. 31

é de l'Histoire de France), & I, p. 145, ne 127; p. 205,

Carlulaire de Perseigne, p. 14.

dans une charte de l'abbaye de Beaulieu : « Tempore incendü hujus civitalis, lem- » pore videlicel regis Johannis ! ».

Les premières années du XIIE siècle, qui virent l'interdit jeté sur le diocèse par l'évêque Hamelin?, la captivité et l'assassinat d'Arthur (1202, 1203), la présence de Jean-sans-Terre au Mans” avec sa femme Isabelle d'Angoulème (1202), celle de Philippe-Auguste (1203), n'apportérent que ruines et misères dans notre province”. Avant 1201, dans la crainte que les reliques de saint Julien ne fussent profanées par les gens de guerre, l'évêque et les chanoines enlevérent

secrètement le précieux dépôt et le firent transporter à Châteaudun où il resta

environ deux ans. Sa réintégration eut lieu le 13 des calendes de juillet (9 juin)°.

Éléonore de Guyenne étant morte à l'abbaye de Fontevrault le 31 mars 1204, son décès ouvrait les droits qu'avait au douaire des reines la veuve de Richard Cœur-de-Lion. Bérengère quitta alors la cour de sa sœur, la comtesse de Champagne, et se rendit auprès de Philippe-Auguste qui, au mois de mai 1204, s'emparail, en Normandie, de Falaise, Domfront, Bonneville-sur-Touque, lieux compris dans ce douaire. Elle lui en demanda la délivrance. Le roi de France, désireux de garder sa conquête, lui accorda en place la ville du Mans’, et Guillaume des Roches, sénéchal d'Anjou, en échange des titres qu'elle pouvait posséder sur Château-du-Loir, lui promit de ne pas exercer, sa vie durant, son

droit de sénéchal dans la cité mancelle *.

Bérengère s'installa au Mans, dans le palais des comtes du Maine, où elle passait un acte, vers 1217, « in camera regine versus vicum Heraudi” », c'est-à-dire dans sa chambre, sur la rue Héraud, qui longeait alors la cité jusqu'à Saint-Pierrede-la-Cour. Malgré une soi-disant tradition, expression d’une erreur émise dans le

premier quart de ce siècle, il ne faut attacher aucune importance à l'avis de ceux

qui veulent voir, dans une curieuse maison du XVe siécle de la Grande-Rue, le

(1) Archives de la Sarthe. H 384. Inventaire sommaire, L WI, p. 172.

@) Livre blane (imprimé), ne CII et suivants.

(3) L'histoire de Guillaume Le Maréchal, & 1, pp. 90, 91.

(4) L. Delisle, Catalogue des actes de Philippe-Auguste, n° 751. — Dom Piolin dt: «En 1203, Philipp » refusa de se soumettre à celle prétention, avec une constance que ne découragérent ni les

e du Mans, IN, 256), le courageux vieillard

le serment de l'é

Auguste voulut exis

vêque Hamelin ; mai

mauvais traitements, « ni la saisie de son temporel ». À l'appui de ces

aves accusations contre le roi de France le Révérend Père cite la charte XIV du Livre blane, où il n'existe 6) 12 » Britannite ». Chroniques des églises d'Anjou, p. 52. (6) Biblioth miracles qui s'accomplirent sur le parcours des reliques dans le pays chart

ce d'une semblable persécution

tre De die in diem multiplicata est miseri

ie et

a in regionibus Cenomannit, Pictaviæ ct Andeg

que du Mans, ms. 224, fol. 1 à 4. On trouve aux folios 11 vo à 13, le récit des nombreux

in (7) L. Dclis]

Calalogue des actes de Philippe-Auguste, ne 805. Bérengère était dame du Mans ct non comtesse du Maine. Jean, cinquième fils de Louis VIII et de Blanche de Castille, né au mois de septembre 1219 et accordé en mariage à Yolande de Bretagne, par traité passé à Vendôme en 1227, était comte du Maine et d'Anjou. P. Anselme, I, 82.

(8) L. Delisle, Catalogue des Actes de Philippe-Auguste, n° 857.

don, Histoire de la reine Bérengére, pp. 65 et 80.

LES ÉVÈQUES DU XIIe SIÈCLE 293

logis où l'emplacement du logis de la veuve du roi Richard’. Ce logis, qui remplacé l'hôtel d'un bourgeois du Mans, Jehan Bellenger ou Berrenger?, devrait s'appeler la maison Véron, où plus justement, la maison Singher, du nom de son

restaurateur actuel.

La confraternité des Églises du Mans et de Paderborn fut renouvelée en 1205? et l'année suivante l'évêque Hamelin se rendit à l'abbaye de Saint-Denis

en France où, par un acle daté du mois d'août, il reconnut qu'il n'avait pas le

droit de procuration dans le prieuré de Sainte-Gauburge. Sur la fin de son

épiscopal, il put obtenir de lé

ise de Milan. quelques reliques des SS. martyrs Gervais el Protais?.

Chargé d'années, Hamelin se démit de ses fonctions épiscopales après le 28 décembre 1213, époque du passage au Mans du cardinal Robert de Curçon ‘,

actement

et avant le mois de juin 12147,

dans le premier tiers du mois de mars 1213

s.). Il mourut presque centenaire, la veille de la Toussaint 1218. Son corps fut, dit-on, enterré dans le chœur de l'église du prieuré

de Grandmont ou de Berse

. dans la paroisse

e Saint-Mars-d'Outillé”. Son obil est inscrit

au + des calendes de novembre (29 octobre)

dans les Nécrologes de Beaulieu et de Saint-

Vincent el au 2 des mêmes calendes (31 octo-

E-SCEAU D'HAME

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