La cause des restes d'Israel
Avec le frère hien-aimé^ trop tôt ravi à votre tendresse^ vous avez étudié les Saintes Ecritures^ dans des dispositions de loyauté et de persévérance ad^nirables. Les patriarches et les prophètes vous ont conduits à rétable de Bethléem^ à râtelier de Nazareth^ aux miracles de Notre-Seigneur Jésus-Christ^ à la Croix du Calvaire. Vos intelligences se sont docilement ouvertes aux lumières de la vérité divine^ vos cœurs se sont laissés doucement pénétrer par la grâce de Dieu^ et^ contemplant^ ravis^ la personnalité surhumaine du Christ jésus^ vous vous êtes écriés^ avec ï Apôtre Pierre : Tu es Ghristus, Filius Dei Vivi !
Mais ce qui est également admirable^ dans Vhistoire de votre conversion et de votre apostolat^ c'est cjue^ ni la vérité avec son éclat^ ni la grâce avec sa puissance^ ne vous ont
fait oiihlier le peuple d'Israël, Appréciant les trésors spirituels qui venaient de vous être confiés^ vous vous êtes sentis pressés^ par la charité de Notre-Seigneur^ de les répandre autour de vous^ et votre amour pour vos freines vous a inspiré^ en vue de leur sa lut ^ une tentative ^ audacieuse en apparence^ mais infiniment touchante et noble : provoquer un témoignage solennel de sympathie de la Sainte Eglise de Jésus-Christ en faveur des restes d'Israël^ et réclamer partout des prières^ pour leur retour à cette vérité intégrale dont la possession a fait votre bonheur.
Le livî^e que vous nous présentez est le résumé du travail qui a été la grande préoccupation de toute votre vie. Il est difficile de le lire sans émotion : il manifeste si éloquem- 7nent votre amour filial pour la Sainte Eglise catholique^ à qui vous seriez si heureux de présenter de nouveaux enfants^ et Vaffectio7i que vous gardez au Peuple Choisi^ qui nous a donné le Rédempteur et sa Divine Mère ! Union admirable de sentiments et de réalités^ si bien exprimés par V Apôtre saint Paul : Vos qui aliqiiando eratis longe, facti estis prope, in Sanguine Christi : ipse enim est pax nostra,qui fecit utraque unum(Ephes.;,ii^l3,14).
Le référendum épiscopal^ publié dans votre livre^ est déjà ancien^ mais il est permis de penser et de dire que si, à l'heure actuelle,
une question semblable était posée de nouveau aux Evoques^ vous pourriez recueillir les mêmes témoignages de charité et d'espérance. Que Varchange Raphaël vous accompagne^ dans le voyage que vous allez entreprendre pour déposer votre œuvre aux pieds du Saint- Père ! Notre pensée^ notre cœur et nos bénédictions vous y suivront.
Recevez^ cher Monseigneur^ la nouvelle assuimnce de 7non respectueux et bien paternel dévouement en Notre-Seigneur,
t Pierre, Gard. COULLIÉ,
Archeç. de Lyon et de Vienne.
Eminence,
Sur le désir qui m'en a été exprimé, j'ai lu le nouvel ouvrage si intéressant de Monseigneur Joseph Lémann, où il raconte en détail les démarches qu'il fit avec son très cher et bien regretté frère Augustin, auprès des Pères du Concile du Vatican, pour obtenir que le Concile adressât un appel miséricordieux à la nation israélite. Ne semble-t-il pas, en effet, que nous approchons du temps de la réconciliation prédite et si longtemps attendue? C'est donc à cette œuvre si belle et si grande de la conversion de leur nation que les frères Lémann ont consacré leur vie tout entière.
Ce livre en est le suprême témoignage.
Les deux frères y ont collaboré, bien qu'un seul ait pu tenir la plume. Les pages ainsi écrites en communion fraternelle respirent un amour filial pour l'Eglise et ses Pontifes, une suave piété, toute parfumée des souvenirs de l'Ancien Testament, le désir ardent de voir les frères de Jésus-Christ par le sang devenir ses frères par la grâce, en confessant qu'il est le Messie promis, le Sauveur incomparable, le Fils de Dieu et de la Vierge Marie. Enfants d'Israël, les frères Lémann font partie de cette élite de convertis qui n'ont jamais désespéré d'entraîner avec eux vers le Christ du suprême pardon leur nation tout entière : le Vénérable Père Libermann, dont la Congrégation de Missionnaires s'est unie à celle des Pères du Saint-Esprit et se trouve répandue aujourd'hui dans une grande partie
du monde ; les deux frères Ratisbonne, dont l'un fut converti miraculeusement, à Rome, dans l'église de Saint-André délie Fratte, et qui se consacrèrent particulièrement aux œuvres de Terre-Sainte ; le Père Hermann, qui se sacrifia au service de nos soldats prisonniers en Allemagne, pendant la guerre franco-allemande; le Père Pie Mortara, l'enfant adoptif de Pie IX. La plupart d'entre eux ont pu connaître les frères Lémann ; ils ont entretenu avec eux les relations d'amitié les plus intimes ; et ces précieux souvenirs, qu'achève d'embellir le sourire si bienveillant et si paternel de Pie IX, le pape du Concile et de l'Immaculée Conception, brillent du commencement à la fin de ce volume comme une rivière de diamants.
Ce qui n'enchante pas moins et y règne d'un bout à l'autre, c'est la charité apostolique, infiniment variée dans ses formes, mais toujours identique au fond, avec laquelle les Pères du Concile signent le Postulatum pro Hebrœis. Cinq cent dix signatures épiscopales furent ainsi recueillies ; et tous les Pères du Concile auraient signé sans exception, si les deux frères, obéissant à un délicat sentiment de déférence, n'avaient voulu céder l'honneur du plus grand nombre de signatures au Postulatum pro infallibilitate. Rien ne pourra mieux toucher le cœur des Israélites que cette manifestation unanime de Fépiscopat catholique. Nulle part ils ne sont attendus avec plus d'estime et de charité, nulle part ils ne seront plus aimés que dans le sein de l'Eglise. Et quelle magnifique preuve leur en est donnée dans cette imposante et auguste « nuée de témoins » ! N'estce pas l'expression même de saint Paul, qui s'adressait lui aussi à ses frères les Hébreux?
Un autre sentiment très vif naît de la lecture de ces pages, qui, bien qu'écrites d'une manière très person-
nelle, gardent toute la valeur d'un témoignage sans apprêt et très fidèle. Ce sentiment, aussi profond qu'il est vif, est celui de l'unité de l'Eglise.
A l'époque où nous reporte l'histoire du Postulatum, Rome réunissait dans ses murs les évêques de toute la catholicité ; et nous les visitons, pour ainsi dire, successivement, en suivant les deux frères, qui sont accueillis par tous et consignent pieusement leurs paroles. Or, c'est bien le même esprit de foi et de charité, l'esprit de l'Evangile, qui vit sans défaillance, après dix-neuf siècles, chez tous ces pasteurs des peuples, venus de tous les points de l'univers et parlant toutes les langues. Ce sont bien là les successeurs authentiques des apôtres. Sans doute, cette unité s'affirme avec plus d'éclat au concile, où les frères Lémann nous font également pénétrer avec eux, le jour de la proclamation du dogme de l'infaillibilité ; mais j'ose dire qu'à certains égards cette unité apparaît mieux encore ici dans l'intimité de ces visites ; car elle n'y est pas plus ou moins voilée par aucun dissentiment, aucune controverse. Aussi, il n'y a pas d'exagération à dire que ce volume apporte quelque lumière nouvelle à l'histoire du Concile du Vatican. Il est semé de souvenirs charmants, parfois très significatifs et qui méritent de passer dans l'histoire. Par exemple ce trait d'humilité de Mgr Dupanloup, qui voulut expressément apposer sa signature au bas de celle de Mgr Pie, son contradicteur victorieux au Concile. Par exemple encore la soumission parfaite de Mgr Maret, qui, de retour à Paris, loin de prêter l'oreille aux récriminations d'un ancien et malheureux ami, Hyacinthe Loyson, l'engagea vivement à se soumettre comme lui de cœur et d'esprit aux enseignements de l'Eglise.
Dieu veuille que le vénérable auteur de cet ouvrage
voie ses plus chers désirs se réaliser : le Concile du Vatican reprendre ses sessions, achever l'œuvre commencée et adresser à la nation israélite un appel miséricordieux et efficace ! Ce serait l'un des plus beaux triomphes de l'Eglise.
En lui présentant ce compte rendu, j'aime à me redire
de Votre Eminence,
le très humble et obéissant serviteur.
Elie Blanc,
Prélat de la Maison de S. S.
Professeur à la Faculté de théologie de Lyon.
Lyon, le 19 mars 1912.
Sainte Face de Jésus- Christ D'après le Voile d'Abgar, roi d'Edesse
Eusèbe et Nicéphore de Chorène racontent que le roi d'Edesse en Mésopotamie, Abgar, atteint de la lèpre et instruit des miracles que Jésus accomplissait en Judée, lui écrivit une lettre pour le prier de venir le guérir. Le messager du roi essaya, sans succès, de faire le portrait du Sauveur, Jésus prit un linge de lin, l'appliqua sur son visage, y imprima la splendeur de ses traits et l'envoya au prince. Le fait se passa le Mardi Saint. Saint Jérôme et Saint Jean Damascène confirment le récit des deux historiens.